Saelemaekers n'a (peut-être) pas convaincu Kompany à Anderlecht, mais il séduit Pioli à Milan

Alexis Saelemaekers - Andferlecht
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Alexis Saelemaekers - Andferlecht - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

A 21 ans, le ket d’Anderlecht vient de signer pour quatre ans au Milan AC, excusez du peu ! Il est tout doucement en train de gagner ses galons de titulaire aux côtés de Zlatan Ibrahimovic et surprend les très exigeants supporters rossoneri.

Impossible de le contacter sans l’accord (difficile à obtenir) du club lombard, nous avons donc tendu le micro à quatre interlocuteurs de choix : son agent Jean-Marc Schellens, son entraîneur formateur Emilio Ferrera, celui qui l’a lancé en D1 : Hein Vanhaezebrouck, et Valentin Pauluzzi journaliste pour l’Equipe à Milan.

Le garçon est aussi prometteur qu’attachant, la preuve…

Il partait six mois en prêt, il signe pour quatre ans, pour 7 millions d’euros

"Je me souviendrai toute ma vie de son visage (sur Face Time) quand son père et moi lui avons appris que le Milan AC levait l’option et lui proposait un contrat de 4 ans : il s’est illuminé, radieux. Pourtant, avant, il ne se posait pas trop de questions. C’est sa nature d’être confiant et d’avancer sans se tracasser. Mais ce jour-là, il s’est rendu compte que son rêve prenait corps et que sa carrière amorçait un virage sérieux. Même s’il sait qu’il doit encore tout prouver". Jean-Marc Schellens guide les pas professionnels d’Alexis Saelemaekers depuis quatre ans maintenant. En parfaite harmonie avec les parents du jeune talent bruxellois. La relation entre le joueur et son agent est chaleureuse, simple, empreinte de confiance réciproque. "Alexis est un garçon attachant, foncièrement honnête, reconnaissant aussi : pour mon anniversaire il m’a envoyé un maillot dédicacé de Zlatan Ibrahimovic pour me remercier.

De février 2018 à janvier 2020, le N°56 des Mauves a disputé 64 matchs en équipe première.

Fin janvier, quand Milan a contacté Anderlecht pour lui proposer ce prêt avec option d’achat, cela a surpris tout le monde. Lui, pas plus que cela. Pourtant, entre la Jupiler Pro-League et la Série A il y a de la marge ! Et c’est l’AC Milan, tout de même, même s’il a perdu de son lustre. Dans l’équipe de base, aucun joueur ne vaut moins de 20 millions. Et je crois que tous sont Internationaux A".

Pourquoi Anderlecht l’a-t-il poussé vers la sortie ?

"Au Sporting, il n’a jamais été totalement considéré comme un talent incontestable, ni en jeunes ni chez les A" (Emilio Ferrera).

"Peut-être ne convenait-il pas pour le système de jeu de Guardiola ? ! Blague à part, tout le monde n’était pas convaincu à Anderlecht, je crois. Comme pour Sebastiaan Bornauw en fait. Quand j’ai vu que Vincent Kompany l’écartait pour faire jouer Sardella, ou El Kababri au latéral droit, je me suis posé des questions" (Hein Vanhaezebrouck").

"Pour Anderlecht, c’était une opportunité sportive pour mon joueur, mais aussi une opportunité financière pour le club. D’autres clubs du G5 en Belgique étaient intéressés mais ils n’auraient pas pu s’aligner sur les sommes envisagées. Et Alexis a exclu toute formation belge autre qu’Anderlecht" (Jean-Marc Schellens).

Le premier contact entre HVH et le gamin de Neerpede remonte à la période gantoise de Big Hein, lors d’un match de U21. "Il est monté à 20' du terme, et j’ai été séduit…par son potentiel. Mais quand je suis devenu T1 chez les Mauves, il ne jouait toujours pas beaucoup chez les jeunes. C’est Emilio Ferrera qui l’a fait progresser et jouer".

"Chez les Espoirs, il était fort "jouette", un peu immature et impulsif, précise le formateur bruxellois. Ça m’est arrivé plusieurs fois de le renvoyer de l’entraînement parce qu’il ne s’appliquait pas sur les consignes et sur le jeu d’équipe. Parfois aussi il était dans l’excès, ou il râlait sec pour des bêtises. Mais c’était un joueur très agréable à entraîner, parce qu’il donne tout, il ne se retient pas. De plus il est attachant, intelligent, et bien élevé".

Un caractère à part : obstacle ou tremplin vers le succès ?

"Moi, c’est le genre de joueur que j’aime ajoute celui qui l’a lancé dans le grand bain de la D1. Mais j’étais strict avec lui, surtout quand il retombait dans des travers qu’on avait travaillés pour qu’il progresse. C’est Adrien Trebel qui le coachait et le remettait parfois à sa place. Alexis, il parle beaucoup, il a des avis tranchés, et se montre toujours très sûr de lui. Dans le vestiaire à Milan, je parie qu’il s’adresse à Ibrahimovic comme s’il parlait avec Sambi lokonga. Pour certains ça peut paraître de l’arrogance. Un jour Oli Deschacht a poussé une grosse colère parce qu’Alexis ne se comportait pas vis-à-vis des anciens comme lui l’avait fait à son époque".

L’entourage de Saelemaekers est conscient de ces petits travers de comportement. Son agent souligne :"A Anderlecht, tout a été très vite pour Alexis, il n’a que 21 ans aussi. Mais on a beaucoup travaillé ces choses-là, notamment avec Jean-François Lenvain (ex-responsable de la Cellule sociale du RSCA). Il a gagné en maturité et aujourd’hui, il est beaucoup plus humble. Je crois que ces petits travers sont derrière lui".

Pour HVH, cet aspect de sa personnalité, c’est l’atout principal du jeune rossoneri :"Ce qui le fera réussir, en plus de ses qualités techniques bien sûr, c’est justement qu’il ne doute jamais. Il va de l’avant en permanence, ne se décourage pas, ne se laisse pas influencer. Il n’a peur de rien et ne perd donc pas facilement ses moyens".

A Milan, la méfiance a fait place à un début de confiance

Débarqué début février dans la capitale Lombarde, Saelemaekers a suscité pas mal de questions dans les esprits des Tifosi. Valentin Pauluzzi suit le Milan AC pour le Journal l’Equipe. "C’était un parfait inconnu, acheté bon marché, les supporters étaient sceptiques. De plus, on n’est pas habitué aux joueurs belges, ici. Il n’y en a eu que deux dans l’histoire du club". (Avant Eric Gerets en 83-84, un certain Louis Van Hege s’est illustré comme buteur prolifique de 1911 à 1917).

"Milan connaît des difficultés financières et la nouvelle politique consiste à investir dans de jeunes joueurs pas trop chers en espérant augmenter rapidement leur valeur marchande. C’est la chance de votre compatriote, et il est en train de la saisir".

Saelemaekers a peu joué jusqu’à présent, notamment à cause de la pandémie de Covid-19, mais lors de l’avant-dernier match, à Spal, il a remplacé Samu Castillejo blessé dès la 16e minute, et s’est illustré. Au match suivant, à la Lazio, il a disputé tout le match et séduit les observateurs. Les deux fois : au poste d’ailier droit.

"Sa grande force, c’est son sens de l’initiative, son culot. Contrairement à des garçons comme Andréa Conti ou Davide Calabria, qui sont plus timorés. Lui, il s’est directement montré dégourdi. Pour nous, c’est ça la formation à la belge. Timothy Castagne se comporte aussi comme cela d’ailleurs".

Depuis la reprise post-coronavirus, le N° 56 du "Diavolo" a participé à chacune des quatre rencontres, soldées par un bilan prometteur de 10 points sur 12, alors qu’il était de 4/12 avant l’arrêt de la Serie A. Et l’entraîneur Stefano Pioli se dit satisfait de son Diablotin.

Défenseur, ailier, à gauche ou à droite, N10 peut-être ?

C’est LA question fil rouge de la courte carrière du gamin arrivé à Neerpede à l’âge de 12-13 ans.

"Chez les jeunes, commente Ferrera, on l’avait toujours catalogué "offensif". J’ai pensé qu’il ferait un bon défenseur latéral offensif. Un peu comme Dani Alves. Comme ailier il montrera peut-être des limites aux niveaux des centres, des assist et des buts".

Lors des deux derniers matchs, comme il suppléait Samu Castillejo, blessé, il a occupé le poste d’ailier droit dans le 4-2-3-1 cher à Pioli. "Mais il a abattu un gros travail défensif aussi, souligne Schellens. Physiquement, il a pris du coffre, beaucoup".

"La première fois que je l’ai fait jouer sur le flanc gauche, raconte Van Haezebrouck, il a été un des meilleurs, en repiquant souvent vers l’intérieur et en frappant du droit, qui est tout de même son meilleur pied. Après le match il est venu me trouver très excité en me disant qu’il adorait jouer à gauche. Pour moi, il est bon presque partout, même au 10. Comme défenseur, il a quelques lacunes, comme tous les jeunes d’Anderlecht, habitués à dominer leurs rencontres et donc à jouer offensivement".

Ferrera et HVH saluent avec enthousiasme son transfert à Milan "Dans le Calcio, il va énormément progresser, surtout tactiquement. Et puis même si ce n’est plus le grand Milan ça reste prestigieux, il va côtoyer des joueurs de meilleur niveau que lui, et apprendre le métier".

Successeur de Thomas Meunier chez les Diables ?

Alexis Saelemaekers a 10 matchs à son actif chez les Diablotins. Il sait qu’il fait partie de la cinquantaine de joueurs que Roberto Martinez et son staff veulent tenir à l’œil.

"Il n’en parle pas et n’y pense pas beaucoup, je crois, glisse son agent. Mais dans sa tête, c’est la prochaine étape après s’être imposé en Italie. Bien sûr qu’il en rêve, et qu’il y croit. Comme pour toutes les étapes qu’il a franchies jusqu’ici".

Pour Ferrera, Thomas Meunier et lui sont différents :"Au niveau de la morphologie, bien sûr, mais aussi techniquement. Je pense qu’Alexis est plus fin, et il a deux bons pieds".

"S’il joue à Milan, Martinez le convoquera. Mais Meunier n’est pas encore à la retraite, et il y a aussi Castagne, ne l’oubliez pas" conclut HVH.

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