Roberto Martinez : 4 ans à la tête des Diables Rouges en six dates clés

Martinez sera sélectionneur jusqu'au terme du Mondial 2022
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Martinez sera sélectionneur jusqu'au terme du Mondial 2022 - © Kovalev Peter/Tass/ABACA - Kovalev Peter/Tass/ABACA

Le 3 août, Roberto Martinez célèbre ses 4 ans à la tête des Diables Rouges. Retour sur ce règne qui a hissé la sélection aux plus grands résultats de son histoire.

3 août 2016 : Roberto qui ?

"Our new coach : Roberto Martinez". Ces quelques mots publiés sur les comptes officiels de la fédération belge de football officialisent une information restée jusque-là bien secrète : Roberto Martinez sera le nouvel entraîneur de la sélection belge. A lui la tâche de succéder à Marc Wilmots, remercié après le traumatisme de la défaite contre le pays de Galles en quart de finale de l'Euro 2016. Le Catalan au cœur britannique émerge du flot de CV reçus par la fédération. Il supplante le Français Rudi Garcia, le pas-vite-gêné Dick Advocaat et… Michel Preud’homme, encore sous contrat au FC Bruges. Le choix des Bayat et Verhaeghe a de quoi surprendre. Martinez ne possède pas un CV kilométrique, ne connaît a priori rien du football belge et ne parle aucune des langues nationales. Tout juste a-t-il à mettre à son crédit une victoire en FA Cup 2013 avec Wigan et une bonne entente avec certains Diables, dont Lukaku et Mirallas qu’il a croisé lors de son séjour à Everton.

Gentleman pas fort expressif et maniant une langue de bois polie mais ferme, Martinez fixe l’objectif : mener les Diables Rouges plus loin que l’écueil des quarts de finale, sur lesquels la Belgique a buté lors des deux derniers tournois. Stupeur lorsqu’il égrène les noms des personnalités qui composent son staff : Graeme Jones, son adjoint de toujours mais surtout Thierry Henry. "Le Thierry Henry ?", s’interrogent tous les fans des Diables Rouges. C’est bien lui. L’ancienne star mondiale souhaite mettre le pied à l’étrier et devenir -à terme — entraîneur. Il endosse le rôle de T3. Joli coup médiatique pour faire rayonner la sélection belge à l’international, c’est aussi une vraie plus-value pour le vestiaire. Tous ont été bercés par les exploits du Français : champion du monde en 1998, légende statufiée à Arsenal et vainqueur de la Ligue des champions avec le Barça de Guardiola, il est une référence que les joueurs admirent. Bien joué, Bob.

1er septembre 2016 : Premier match, première défaite

Premier match et premier clin d’oeil de l’histoire à Martinez : les Diables affrontent son Espagne natale en amical (défaite 0-2). Décrassage de l’Euro, préface à la campagne qualificative pour le mondial russe, ce match est fondateur dans les choix qui seront posés par le coach pendant la suite de son bail. Divock Origi, titularisé en pointe, ne convainc pas. Son temps de jeu sera famélique par la suite, jusqu’à ne même pas figurer parmi les 23 du Mondial. Même constat pour Radja Nainggolan, titulaire aux côtés de Witsel au milieu, dont on comprend assez vite que lui et le coach ne partagent pas les mêmes vues. Il disparaîtra progressivement de l’équipe avant d’apprendre, un mois avant le début du tournoi, qu’il ne sera pas non plus du voyage en Russie. Décision impopulaire du coach, qui sait pourtant combien Nainggolan est l’un des chouchous du public : il avait sorti les Diables de l’ornière à plusieurs reprises pendant l’Euro 2016. Tempérament, comportement, peur de l’insubordination de l' Anversois et volonté d’asseoir son autorité sur le groupe, les explications sont potentiellement multiples et pourtant, c'est bien l'argument de l'incompatibilité tactique qui sera avancé par le sélectionneur. Pas vraiment milieu défensif, trop porté vers l'avant pour être son numéro huit et pas assez décisif en un contre un pour jouer derrière l'attaquant, son explication tient la route, même si elle ne rassure pas les critiques.

6 septembre 2016 : Un système, une idée de jeu

Contre l’Espagne, la Belgique avait aligné un 4-3-3, hérité de l’ère Wilmots, avec en bout de course une défaite un peu triste.

Pour le premier match de qualifications pour le Mondial, quelques jours plus tard, Martinez innove : il instaure un trois arrière à Chypre, pour une victoire facile (0-3). Un mois plus tard, la Belgique reçoit la Bosnie. Martinez décide de repartir sur les bases du quatre arrière pour débuter la rencontre. Pas de chance, Jordan Lukaku se blesse rapidement et est remplacé par… Laurent Ciman, qui se place au centre de la défense en compagnie de Vertonghen et Alderweireld, laissant les flancs à Carrasco et Meunier. Les Diables déroulent (4-0) : le 3-4-2-1 est définitivement adopté, et la Belgique n'y dérogera qu'à de très rares occasions.

Le nouveau système permet de résoudre le casse-tête des Diables : il est désormais possible d'aligner Carrasco, Eden Hazard, Dries Mertens et Kevin De Bruyne en soutien de l'attaquant de pointe, tout gommant les carences dans le vivier national en termes de "vrais" backs, surtout à gauche.

Invaincus pendant les qualifications en s’offrant des cartons contre l’Estonie (8-1) ou Gibraltar (9-0), les Diables enchaînent 19 matchs sans défaite avant de se présenter en Russie comme l’un des plus grands outsiders de ce Mondial.

Juillet 2018 : Le rêve russe

En Russie, les Diables vont ravir le monde du football. Sortis vainqueurs d’une poule avec le Panama, la Tunisie et l’Angleterre (9 sur 9), les Belges arrivent en confiance en huitième de finale. Le match contre le Japon suscitera auprès des supporters les plus grands frissons de l’histoire du football belge et Martinez n’y échappe pas. Observateur incrédule de la passivité de ses joueurs, menés 0-2 après 52 minutes, il lance Fellaini et Chadli dans la bagarre pour le final grandiose que l’on connaît : Big Mo inscrit le but de l’égalisation, Chadli fait exploser la nation dans les arrêts de jeu.

En quart de finale face au Brésil, Martinez surprend son monde et propose un dispositif inédit : Kevin De Bruyne en faux numéro 9, Lukaku décalé sur la droite pour un 4-3-3 solidaire. En à peine trente minutes, la Belgique mène 2-0 face à l’équipe la plus titrée en Coupe du monde. Martinez réussit son masterclass tactique, Thibaut Courtois sauve les meubles en fin de match, la Belgique pousse les portes des demies, 32 ans plus tard.

L’approche romantique, ou en tout cas moins pragmatique que la France, aura raison des Diables. Martinez, privé de Meunier, s’incline (1-0) dans un match qui s’est joué à peu, à çà, à rien. "Je préfère perdre avec la Belgique que gagner avec cette France-là", dira le capitaine Eden Hazard à l'issue du match, comme pour voler au secours de l'approche de son coach. La petite finale face à l’Angleterre (victoire 2-0) ajoutera cette touche sucrée au parcours : les Diables Rouges ont réussi la plus belle performance de leur histoire en Coupe du monde, repartent de Saint-Pétersbourg avec une breloque en bronze et peuvent aller faire la fête sur une Grand-Place émue et fière.

18 novembre 2018 : La Nations League : petite compétition, grande claque

Prolongé avant même le Mondial et crédité du poste de Directeur Technique à la fédération, Martinez espère consoler les Belges en remportant la nouvelle trouvaille de l’UEFA : la Nations League. Les trois premiers rendez-vous contre la Suisse et l’Islande sont des réussites, reste à assurer l’essentiel à Lucerne lors du match retour contre la Nati, ou un partage voire une défaite étriquée peuvent suffire à assurer la qualification pour le Final Four. Les Diables mènent 0-2 après 17 minutes sur un doublé de Thorgan Hazard, malgré les absences de Vertonghen et de De Bruyne. Puis le château de cartes s’effondre. La Suisse renverse la vapeur et s’impose 5-2. Espoirs douchés : "il est compliqué de trouver une explication à cette défaite", commente le coach, abasourdi. C'est la troisième et dernière défaite en date des Diables sous Roberto Martinez. C'en est aussi le plus gros échec.

Décembre 2022 : partir avec la génération dorée

Les Diables se remettent en selle après ce revers fracassant. Ils passent leurs nerfs sur leur groupe de qualifications pour l’Euro 2020 : 30 sur 30 et dix feux d’artifice pour une qualification autoritaire. Le groupe, lui, est encore renforcé par l’émergence des Tielemans, Dendoncker et Castagne ; et par la consécration de Romelu Lukaku. Le numéro 9 devient sous Martinez le meilleur buteur de l’histoire de la sélection nationale (52 buts en 84 matchs). Ajoutez-y la présence d'un Kevin De Bruyne dans une forme royale et un Eden Hazard exemplaire dans son rôle de capitaine, les Diables arrivaient à maturité pour cet Euro.

Versés dans un groupe avec la Russie, le Danemark et la Finlande, les Diables pouvaient raisonnablement entrevoir la suite, dans ce début tournoi où ils allaient voguer entre Saint-Petersbourg et Cophenague.

Martinez, qui promettait récemment un Championnat d’Europe historique pour les Diables, trépigne. Son bilan à la tête des Diables est impressionnant : 43 rencontres, 34 victoires, 3 défaites, 6 partages, plus de 3 buts inscrits par match en moyenne.

Son règne durera jusqu’à la Coupe du monde 2022. Sauf retournement de situation imprévisible, il accompagnera cette génération jusqu’à son crépuscule.

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