"Pour les gays, le football n'est pas le premier choix"

Jacopo Moccia
Jacopo Moccia - © Jacopo Moccia

Un arc-en-ciel pour plus de diversité et de fair-play dans le football : la Pro League organise ce week-end une campagne arc-en-ciel contre l'homophobie, le racisme et d'autres formes d'inégalités en collaboration avec Voetbal Vlaanderen, l'ACFF et l’URBSFA.

Concrètement les drapeaux de corners et les brassards des capitaines seront aux couleurs de l'arc-en-ciel ce week-end sur les terrains de D1A et de D1B. 

Comment cette initiative est-elle perçue par la communauté homosexuelle ? Pour le savoir François Zaleski a contacté Jacopo Moccia, joueur de l’équipe des Pink Devils et membre de l’équipe de Futsal du Brussels Gay Sport.

 

Que pensez-vous de l’initiative de la Pro League ?

C’est une initiative utile parce qu’il y a souvent une expression de rejet des homosexuels dans le football professionnel. C’est peut-être le phénomène de masse. Peut-être des gens qui au quotidien sont très raisonnables mais le sont moins lorsqu’ils se retrouvent dans un groupe de supporters. On voit cela aussi avec le racisme.

Il y a encore beaucoup d’a priori contre l’homosexualité. Le fait d’être un " pédé ", d’être une " fiotte ", cela dénote un manque de capacités techniques pour une raison qui n’a aucun sens. Donc oui je pense que c’est utile de rappeler aux gens qu’il faut réfléchir un peu et qu’il n’y pas de raisons de discriminer. Et c’est d’autant plus intéressant que le football est très populaire. C’est un vecteur qui touche beaucoup de monde très vite.

Faut-il aller plus loin que cette campagne arc-en-ciel ?

Les clubs sont toujours frileux quand il s’agit de s’attaquer à leurs propres supporters. Face à des actes inacceptables, comme des chants antisémites ou des slogans homophobes, j’aimerais bien qu’un jour les présidents de clubs, les entraineurs, voire les joueurs, disent : " les supporters cons comme cela, on n’en veut pas ". Mais c’est évidemment délicat parce que là on touche à l’argent et tout le monde devient un peu plus timide. En résumé c’est très bonne initiative mais après, il faut aussi avoir le courage de l’assumer au quotidien. 

L’homosexualité dans le sport c’est encore un vrai tabou ?

Oui, pour beaucoup de personnes cela reste difficile de s’assumer en tant que gay dans un sport, surtout dans un sport d’équipe et surtout en football.

Pour quelles raisons ?

Peut-être parce que le football a une image très " macho ", très virile, qui peut mettre mal à l’aise des personnes qui sont différentes. Peut-être parce que c’est un sport extrêmement populaire et qui suscite des passions qui peuvent être parfois agressives… On le constate notamment avec le hooliganisme ou via d’autres dérives.

Nous, au Brussels Gay Sport, on constate que nous avons beaucoup moins d’inscrits en football que dans d’autres activités sportives comme le volley-ball, la natation ou le badminton. Cela démontre que le football n’est pas le premier choix dans le " monde homosexuel ".

Avez-vous toujours assumé votre homosexualité dans vos activités sportives ?

Lorsque j’étais plus jeune je jouais au football et au handball. Je n’ai pas rencontré de difficultés mais je ne me suis pas assumé dans l’équipe tout de suite alors que c’était le cas en dehors, au travail, auprès de ma famille et de mes amis. Je me suis dit que ce n’était pas si important de se focaliser sur cet aspect-là. Je n’ai donc pas envie de jouer la victime et de dire que je n’osais pas m’assumer parce que le sport est trop macho, mais c’est vrai que moi aussi je me suis tu pendant un moment.

Par facilité ou par peur ?

Par facilité… peut-être par peur aussi. Pas la peur d’une réaction violente ou d’une exclusion, j’avais l’impression que mes coéquipiers étaient ouverts d’esprit, mais je me suis dit que cela allait m’éviter trop d’explications.

Si c’était à refaire aujourd’hui, vous assumeriez votre homosexualité dans un vestiaire d’hétéros ?

L’expérience vient avec l’âge. Quand on est à l’aise avec soi-même on peut communiquer cette aise plus facilement envers les autres. Et lorsque j’ai commencé à m’assumer mes amis homosexuels m’ont donné ce conseil : " Tes amis seront toujours tes amis et les cons seront toujours des cons ".

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