Plongée en Super League, ce championnat qui gagne à être connu

Le football féminin a le vent en poupe. Les Red Flames progressent et la Fédération vient de dévoiler son plan pour les porter un peu plus haut encore. Pendant ce temps, le championnat belge de première division est devenu une créature étrange. Un bal à six équipes, où chacun(e) se connaît trop. Pourtant, ça vit. Et ça vit plutôt bien.

Nous prenons donc la direction de la Venise de Nord, où le Club de Bruges reçoit Anderlecht dans une version féminine du Topper, l’animosité en moins. "La veille du premier match entre nos deux équipes (nous sommes déjà au… 3e affrontement cette saison !), j’ai vu mes filles faire du shopping avec les joueuses bruxelloises. Le foot féminin, ce n’est vraiment pas le même monde". L’analyse est posée par Léo Van Der Elst. Diable Rouge dans une autre vie et actuel coach des Brugeoises.

Car depuis trois saisons, Léo est aux commandes de l’équipe première du Club, qui voit loin, comme pour ses garçons. Le budget en moins. "Nous avons un plan de trois ans, qui doit nous permettre de faire de cette équipe une référence en Belgique. Pourtant, nous n’allons pas investir massivement dans des transferts. Les filles de la région resteront prioritaires". Voilà pour le discours officiel. Le staff (aussi large que celui de l’équipe masculine) tend à appuyer le propos.

Pourtant, ce samedi, c’est sur le terrain d’entraînement des messieurs que les Gazelles reçoivent leurs homologues. Les vestiaires sont ceux des jeunes. Donc rikiki. C’est à l’ombre Jan Breydel Stadion que cette affiche se jouera. Si cette situation est identique pour les autres clubs de l’élite, elle est également révélatrice de la place actuelle accordée aux filles. "D’Habitude, nous occupons les vestiaires du stade, attribués aux visiteurs. Mais ce soir, le Cercle joue à domicile. Nous sommes donc obligés de nous changer ici", conclut Léo Van Der Elst, à moitié gêné.

Mais pour les joueuses, peu importe. Sur le terrain, l’enthousiasme est même contagieux. Le niveau est élevé, la vitesse d’exécution aussi. Anderlecht est clairement au-dessus du lot mais Bruges offre une belle résistance et aurait même pu ouvrir le score. Finalement, le leader s’impose méritoirement 0-1, de quoi provoquer un petit incident entre les deux bancs, quand le Patrick Wachel, entraîneur des Mauves, taquine Van Der Elst. Trois coups de sifflet et deux tapes dans le dos plus tard, cette mini-crise diplomatique est oubliée.

"En quatre ans, nous avons rencontré 25 fois la même équipe", déplore Wachel, passé (et titré) par le Standard. "Comment encore motiver les filles dans ce contexte ? Le plan de la fédé pour l’équipe nationale est génial. Mais les Flames viennent des clubs et il faut donc penser à eux. Porter le nombre à dix en championnat serait l’idéal. Nous pourrions alors jouer deux fois contre chaque équipe et non six comme actuellement".

Le son de cloche est similaire chez les joueuses, comme la Mauve Sarah Wijnants, qui pointe aussi le manque d’intérêt médiatique, tout en étant consciente que six Bruges – Anderlecht ou six Standard – Anderlecht, c’est bien trop sur une saison, que ce soit pour les médias ou les supporters.

Les spectateurs, qu’ils soient neutres ou pas, auront néanmoins apprécié le spectacle offert, ce samedi. Reste désormais au foot féminin de sortir de l’ombre de son grand frère masculin. Et pourquoi pas commencer par sortir de l’ombre du Breydel pour fouler la pelouse du terrain numéro 1 ?

 

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