Pierre François : "La raison commandait qu'on aboutisse à une solution"

"Il se passe toujours quelque chose avec la Pro League" lâche d’emblée Pierre François, CEO de la Pro League, visiblement fatigué de la situation et de ses multiples rebondissements. Pour rappel, alors qu’un accord semblait imminent concernant l’attribution des droits TV pour la période 2020-2025, deux clubs ont décidé de se désolidariser.

"On pensait avoir fait tout le boulot avec un tender longuement travaillé et des offres reçues tant par les actuels détendeurs de droits que par de nouveaux intervenants. Des offres très intéressantes avec, au total pour le football belge, plus de 100 millions. Avec, pour la première fois, une combinaison des différentes compétitions (D1A, D1B, la Coupe de Belgique, la Super League féminine…). On avait dépassé les 100 millions, que ce soit pour l’offre des Télécoms (Voo, Proximus, Telenet) ou pour celle d’Eleven. Mais il fallait un accord sur une clé de répartition. Pour chaque catégorie de club (ndlr : G5 & K11), on avait trouvé un accord difficile lundi dernier."

Aujourd’hui, qu’est-ce l’on constate ? C’est que la majorité des 2/3 requise pour attribuer les droits a été obtenue et a désigné Eleven. La majorité des 2/3 pour la clé de répartition a également été obtenue avec l’unanimité moins un club. Mais lorsqu’il s’est agi de remettre les mandats de vente par la Pro League des droits de l’ensemble des clubs, deux clubs font défaut. 22 clubs sur 24 sont d’accord. Donc aujourd’hui, la Pro League a le mandat de vendre, en vue de leur exploitation pour le plus grand public, les droits de 22 clubs."

"Eleven en est bien sûr informé. C’est une situation étrange à laquelle Eleven ne pouvait pas s’attendre et nous allons voir comment Eleven réagit. Il existe trois cas de figure. Soit accepter d’exploiter les droits des 22 clubs, avec la correction du montant qui résulte de ce qu’aurait été l’attribution des droits pour les deux clubs défaillants. Soit refuser. Soit peut-être attendre que les deux clubs se ravisent."

"On, croyait vraiment être au bout du bout du process. On ne l’est donc pas. Je suis déçu voire fâché. Je regarde parfois avec une énorme envie la situation de mes collègues où, dans certains pays, la loi ou les statuts des complétions impose une vente collective."

Peut-on imaginer que cette situation ne se produise dans d’autres pays ?

"Mais cela se passe de moins en moins dans d’autres pays. Dans quel autre pays, hormis au Portugal, y a-t-il encore des ventes qui ne soient pas collectives ? Le football a besoin d’un minimum de solidarité, qui ne se traduit pas toujours pas une répartition égale parce qu’il y a des valeurs différentes d’attractivité et d’image de clubs. Mais cela doit à tout le moins se traduire par une vente collective et c’est ça qui fait défaut aujourd’hui."

Vous pensez qu’on se dirige vers quel genre de situation ?

"La distribution a fait l’objet de tellement d’ajustements qu’il est très difficile de la bouger encore. Et je crois que tous les clubs y gagnent. Il est quand même singulier que les clubs se soient accordés il y a six ans sur la clé de répartition que l’on connaît pour des montants qui tournaient alors autour des 70 millions. Et que maintenant que cet accord dépasse les 100 millions, il ne s’y retrouve pas. Que serait-il advenu si on n’avait pas amélioré les droits (à cause du Footbel gate ou autre) ? On a davantage et on n’est pas d’accord."

Vous y pensiez ?

"Je pensais qu’on allait aboutir à une solution. Parce que la raison commandait qu’on aboutisse à une solution. Il y a beaucoup de clubs qui estiment que dans la répartition, ils n’ont pas ce qu’ils méritent d’avoir, grand ou petit. Il est rare qu’un club se dise qu’il a le bon prix. Mais le mécontentement général autour d’une clé de répartition me laisse penser qu’au total, elle est plutôt équilibrée. Tout le monde n’entre pas dans le G5 immédiatement. C’est le cas de l’Antwerp. Il est vrai que l’Antwerp est un club important et attractif. Il n’y est pas encore parce que la règle à la Pro League, c’est de prendre un historique sur 5 saisons."

Et pour la Gantoise ?

"A vrai dire, j’ai encore moins bien compris. La Gantoise était attachée à la vente collective. Son Président, Ivan De Witte, en était un ardent défenseur. Mais en faisant du choix de l’opérateur une condition sine qua non, je crois que là aussi c’est un manque de solidarité. Qui ne se traduit pas sur la clé de répartition mais sur l’image de la Pro League auprès des supporters. Le manque de solidarité peut s’exprimer de différente manière."

Qu’est-ce que ça va changer concrètement si Eleven a les droits de 22 clubs ?

"C’est une question qu’il est trop tôt de se poser. Il faut voir comment ce projet peut se concrétiser. S’il va, in fine, avoir un ultime rebondissement permettant à la raison de l’emporter et que les 24 clubs travaillent ensemble. Ou si on en reste à 22 clubs ; comment va-t-on la mettre en pratique et veiller à ce que chacun ne soit pas pénalisé par une vente qui n’est pas globale."

Ce n’est pas l’ambiance à la Pro League…

"Comment faire sauter des bouchons de champagne si, au moment où l’on atteint des solutions magnifiques, les clubs ne sont pas parvenus à tous s’entendre ? 22 sur 24 c’est pas mal. Mais c’est insuffisant."

Prochaine échéance ?

"Si ce n’est pas ce soir, ce sera demain matin. On va essayer de trouver des solutions. Mais par moments, ça fatigue."

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