Philippe Montanier à l'épreuve des chiffres

Philippe Montanier à l'épreuve des chiffres
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Philippe Montanier à l'épreuve des chiffres - © JOHN THYS - BELGA

Philippe Montanier a donc pris la porte hier soir à Sclessin. Une fin inéluctable pour le technicien français qui n’a finalement pas réussi à remobiliser ses troupes pour la rencontre d’hier contre Saint-Trond. Trop peu d’envie, trop d’erreurs individuelles, trop de joueurs à des années-lumière de leur niveau. Que s’est-il passé entre les premiers jours idylliques et cette fin abrupte ? Montanier n’a certainement pas été irréprochable et si on s’arrête au bilan de 7 points sur 30 et aux 8 matches sans victoire, le constat est sans appel mais d’autres éléments chiffrés tendent à prouver que son équipe n’était pas si mal balancée.

Une assise défensive efficace

Après la rencontre d’hier, le Standard a reculé à la 3e place des défenses les plus efficaces de notre championnat avec 21 buts encaissés en 19 matches. Soit 1,1 but pris par match jusqu’ici. Au-delà de ce chiffre, le Standard est parmi les équipes qui concèdent le moins de tentatives au but à ses adversaires. 10 tirs en moyenne depuis le début du championnat.

Par ailleurs, en terme de ballons récupérés (60 par match), de duels aériens remportés (19 par match) ou encore de duels gagnés au sol (52%), les Liégeois sont au minimum dans le top 5 du classement par équipe de chaque statistique.

Malgré les rotations défensives et l’absence de Zinho Vanheusden, la ligne arrière du Standard a un rendement suffisamment intéressant.

Si ce n’est les erreurs individuelles comme celle de Bokadi contre St-Trond hier soir, la phalange défensive du Standard, à l’image d’un Arnaud Bodart constant depuis le début de saison, ne peut être tenue pour responsable de la situation actuelle au classement à 100%.

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La meilleure défense, c’est l’attaque.

Que ce serait-il passé si le Standard avait pu ajouter à son efficacité défensive, une ligne offensive capable d’inspirer la crainte chez l’adversaire. De faire reculer l’équipe adverse. Si ce scénario avait pu s’installer, Philippe Montanier aurait sans doute trouvé l’équilibre parfait dans son plan de jeu.

Malheureusement pour lui, le secteur offensif des Rouches s’apparente plus à un néant absolu qu’à une machine de guerre inarrêtable.

Pourquoi ?

Des joueurs en méforme, en manque de confiance d’abord. La montée au jeu fantomatique d’Avenatti hier en est le symbole le plus criant. L’Uruguayen souffre au Standard. Entre retard d’intégration et panne de confiance, l’ex-buteur de Courtrai ne trouve pas ses marques avec seulement 5 buts en 40 matches pour les Rouches. Oularé va de rechute en rechute et dispose de statistiques sensiblement identiques à celle d’Avenatti. Cop ne parvient pas à atteindre un rendement suffisant non plus. Les jeunes doivent prendre leurs marques. Amallah et Lestienne qui étaient co-meilleur buteur l’an passé avec 7 buts sont en retard sur leurs temps de passage de la défunte saison.

Bref, la finition n’est pas présente et pourtant, les Liégeois ne sont pas inactifs devant la cage. S’ils n’ont marqué que 22 buts et disposent de la 16e attaque de l’élite, les hommes de Montanier se créent des occasions. 14 tirs par match avant la rencontre d’hier, soit la 5e équipe la plus efficace dans ce domaine. Le hic, la précision est dramatique. 31,6% de ses tirs ont trouvé le cadre. Insuffisant pour inspirer de la peur. Insuffisant pour pousser l’adversaire à reculer vers son propre rectangle. Quand on dit que la première défense, c’est l’attaque, il s’agit aussi d’éloigner l’adversaire du but et de soulager la défense d’une part de pression.

Cette équipe du Standard n’y arrive pas. Pas avec ces statistiques-là. Pourtant, depuis le départ de Renaud Emond, il semble évident que le matricule 16 souffre de carences à la finition. Il est donc surprenant pour une équipe disputant l’Europe qu’aucun réel renfort offensif ne soit venu garnir le noyau l’été dernier. Un rapide regard vers les finances actuellement précaires du club permet de comprendre que le recrutement d’un vrai finisseur était certainement impossible.

Avec Montanier, le changement, c’était (trop) constant

Bien sûr, il y a eu les cas de covid. Bien sûr, il y a eu les blessures. Bien sûr, il y a eu l’Europa League et son calendrier infernal. Mais, au regard des compositions d’équipes, Montanier a beaucoup fait tourner. Difficile dans ce contexte de permettre aux joueurs de prendre leurs marques, de trouver les automatismes. D’autant plus quand le travail en semaine se résume à sa plus simple expression, compte tenu de l’enchaînement des rencontres. Là se trouve sans doute l’un des torts de l’entraineur français.

La question de la compréhension des consignes peut aussi se poser par moments. Hier contre St-Trond, il a fallu attendre la 2e mi-temps et l’exclusion de Caufriez pour voir des joueurs du Standard attaquer concrètement les espaces dans le dos des flancs trudonnaires. La montée du jeune Siquet a d’ailleurs fait beaucoup de bien à Carcela sur ce point dans le couloir droit du Standard.

2020, année de misère

A ces chiffres et ces considérations, il ne faudrait pas oublier le contexte d’une année plus que particulière. Une préparation tronquée. Un calendrier surchargé. Des joueurs perturbés. Montanier comme de nombreux coaches n’a pas pu travailler dans la sérénité. Même les plus grands clubs européens sont impactés par ce contexte sanitaire qui déstabilise les bases établies du travail en club.

Point de vue supporter aussi. La réflexion posée hier par notre consultant Alex Teklak mérite d’être menée. Avec un stade de Sclessin plein, le Standard n’aurait-il pas pris quelques points complémentaires ? Le public n’aurait-il pas joué son rôle pour pousser les joueurs apathiques par moments ? La relation entre Montanier et les fans rouches n’aurait-elle pas été nourrie différemment ? Impossible d’apporter des réponses précises mais ces éléments doivent aussi être pointés dans l’analyse de l’échec de Philippe Montanier et de sa direction.

L’année de misère n’aura donc pas épargné grand monde mais pour Philippe Montanier, c’est un second licenciement après celui de Lens en début d’année (Ndlr, alors que son équipe était 3e et qu’elle a rejoint la Ligue 1 après l’arrêt prématuré de la compétition).

Le Standard dispose désormais de 15 jours pour trouver un successeur et remettre la machine sur les rails.

 

 

 

 

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