Marvin Ogunjimi, du rêve éveillé chez les Diables à l'anonymat thaïlandais

Malgré la sporadique reprise de quelques championnats européens, le football sommeille depuis plusieurs semaines. L’occasion pour nous, de retracer les carrières de footballeurs qui ont, à leur manière, marqué notre championnat ces 15 dernières années. Si certains ont profité du tremplin belge pour s’envoler vers d’autres horizons, d’autres n’auront jamais su surfer sur la vague Pro League et se sont échoués dans l’anonymat de petits championnats. Pour ce premier opus, on évoque Marvin Ogunjimi, ou l’illustration parfaite qu’une carrière peut parfois prendre des tournures inattendues. Récit.

8 Octobre 2010, Astana, Qualifications pour l’Euro 2012.

Malmenés par une rugueuse équipe kazakhe, les Diables n’en mènent pas large. A l’entracte, le score est vierge. Vierge de buts et surtout d’occasions franches. Georges Leekens, le sélectionneur de l’époque, décide de lancer un certain Marvin Ogunjimi. Première sélection pour le Genkois, en pleine bourre avec son club. Un baptême du feu qu’il honore de la plus belle des manières : en plantant un doublé plein d’opportunisme dans une victoire belge plus que... laborieuse. 

Fer de lance d’une équipe de Genk propulsée vers le titre, déroutant joker d’une équipe nationale qui se cherche, on se dit alors que l’ascension de Marvin Ogunjimi ne fait que commencer. Et pourtant, la chute sera aussi brutale que l’éclosion ne fut foudroyante. En cause, une malchance chronique saupoudrée de choix de carrières parfois douteux.

Auréolé de son titre de champion, Ogunjimi tente le grand saut vers l’étranger fin 2011. Vers le soleil de Majorque, qui lui brûlera vite les yeux. Parce que sous ses nouvelles couleurs, il ne joue pas, ou très peu. La faute à un changement d’entraîneur et à Joaquin Caparros qui ne compte pas vraiment sur lui. En six mois, il ne disputera que huit bribes de matches. Après une demi-saison, un choix s’impose : persévérer ou chercher du temps de jeu ailleurs ?

Il opte finalement pour un retour au bercail, en paraphant un contrat sous forme de prêt avec le Standard. Il ne le sait alors pas encore, mais il s’agit là de l’avènement d’une mystérieuse carrière de globe-trotteur-footballeur. Son passage en Bord de Meuse ne marque pas les esprits, loin de là. 7 petits matches, 0 but.

Ses prêts suivants, au Beerschot et à Leuven, confirment la donne. Marvin Ogunjimi est en panne. En panne d’essence et surtout de la confiance qui lui avait permis de former un mirifique binôme avec Jelle Vossen à Genk. Bien déterminé à retarder l’enlisement d’une carrière qui commence tout doucement à patiner, Ogunjimi retente alors le grand saut en 2014. 

Direction la Norvège cette fois-ci, et le club de Stromgodset IF. Déjà bien loin des strass et paillettes et de l’illusoire nirvana connu chez les Diables. L’anonymat et l’abri des regards pour mieux se relancer. 

Les débuts sont prometteurs, Ogunjimi retrouve son football au pays des Fjords. Mais parfois, quand un esprit fragile se remet à fonctionner, c’est le corps qui lâche. Lors d’une banale rencontre du premier tour qualificatif d’Europa League, le Belge se rompt les ligaments croisés. Longue indisponibilité et nouveau coup de massue.

A 29 ans, et enfin remis sur pied, Ogunjimi quitte l’Europe. Pour la première fois, certainement pas la dernière. Son 3e saut vers l’inconnu, certainement pas le dernier. Il file en direction de la Corée et du Suwon FC (10 matches, 3 buts). Ne parvenant pas à y faire son trou, il est prêté en...Thaïlande, au Ratchaburi FC (7 matches, 1 but).

Difficile de faire plus exotique et pourtant Ogunjimi va pousser le bouchon encore plus loin. A 30 ans, il revient en Europe et signe en Albanie. A 30 ans toujours, il s’envole pour le Kazakhstan et pour un ironique clin d'oeil du destin puisque c'est là qu'il avait réalisé les premiers de ses éphémères exploits avec les Diables. A 30 ans, encore et toujours, il revient à Maastricht. A 31 ans, il repart pour la Biélorussie. Ou pour le Vietnam quelques mois plus tard. Itinéraire effréné et effrayant d’un joueur qui avait tout pour réussir. Qu’on cataloguait, à tort, comme un nouveau pilier de l’équipe nationale. Et qui a finalement succombé aux sirènes de l’exotisme dans une course vaine pour relancer, saison après saison, une carrière et un corps chancelants. 

Marvin Ogunjimi, c’est sept sélections et cinq buts en équipe nationale. Marvin Ogunjimi, c’est un titre de champion, brillamment glané avec Genk en 2011. Mais Marvin Ogunjimi c’est aussi 16 clubs différents, dans 10 championnats différents, en 14 ans de carrière.

Et Marvin Ogunjimi, c'est finalement cette envie de revenir en Belgique, d'abord au Lierse, puis au Patro Eisden en D2 amateurs, à l’aube de l’été 2019.

Pour se poser et mettre fin à cette harassante course contre la montre footballistique. Enfin, aurait-on envie d'ajouter.

 

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