Coronavirus : les clubs belges ont perdu 25% de leurs revenus

Coronavirus : l'impact de la crise sanitaire sur les clubs belges est énorme
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Coronavirus : l'impact de la crise sanitaire sur les clubs belges est énorme - © BRUNO FAHY - BELGA

On manque de recul pour chiffrer avec exactitude l’impact de la pandémie de Coronavirus sur les clubs professionnels belges mais les estimations ne sont guère rassurantes. Selon le cabinet Deloitte, la clôture anticipée de la saison de football 2019-2020 devrait entraîner un recul d’au moins 25% des revenus des clubs. Des chiffres qui figurent dans une étude plus globale sur l’impact socio-économique de la Pro League sur l’économie belge.

Analyse.

Pour la saison 2018-19, le chiffre d’affaires des clubs professionnels belges atteint les 378,5 millions d’euros (+18% par rapport à la saison précédente). Une hausse significative mais qui ne devrait cependant (et sans aucune surprise) pas connaître de continuité pour la saison 2019-20 en raison de la crise sanitaire. Les experts de Deloitte misent sur une perte provisoire de 25% des revenus cette saison, "personnellement, j’aurais même tablé plus haut. Ce chiffre de 25% me semble même un peu juste et je ne parle même pas du litige qui nous oppose aux détenteurs des droits tv qui n’a pas été pris en compte dans l’étude", souligne Pierre François. Pas d’alarmisme, ni de pessimisme exagéré dans le chef du directeur général de la Pro league, on parlera plutôt de prudence.

Cette chute du chiffre d’affaires est principalement due à une baisse des revenus de billetterie, de sponsoring et des revenus commerciaux. De plus, le marché des transferts risque lui aussi de subir les effets de la crise, car les clubs de championnats européens plus huppés et acheteurs (comme l’Angleterre ou l’Allemagne), également touchés de plein fouet par les effets de la pandémie, se montreront probablement plus frileux d’acquérir les meilleurs joueurs de notre championnat. Ce qui risque de réduire encore la balance nette des transferts de nos clubs (22,4 millions d’euros en 2018-19 contre 73 millions la saison précédente).

45 millions d’euros en commission d’agents

La crise du coronavirus n’est pas la seule source d’inquiétude. Les 24 clubs professionnels accusent, ensemble, une perte consolidée de 91 millions d’euros pour la saison 2018/2019, un montant presque doublé par rapport à la saison précédente (48 millions d’euros).

A peine cinq clubs ont été bénéficiaires : le Club de Bruges, la Gantoise, le Sporting de Charleroi, Zulte-Waregem et Waasland-Beveren.

Autre bémol, le résultat net des transferts en baisse, l’augmentation des commissions d’agents (passées de 37 à 45 millions d’euros) pose aussi question. Cela représente 6,9% des revenus des clubs contre 4,4% en Premier League. "L’entrée en vigueur du nouveau règlement des agents dès le 1er juillet devrait permettre de faire baisser ses chiffres à l’avenir", rappelle Pierre François.

Outre les agents, les grands gagnants sont les joueurs dont les salaires sont en augmentation constante et pèsent de tout leur poids sur la rentabilité des clubs. Un modèle économique qui inquiète le CEO de la Pro League. "Je crois qu’il est plus que temps de travailler sur les coûts, sur les charges. Au-delà des commissions d’agents, qui sont trop élevées, d’autres dépenses, notamment au niveau des salaires des joueurs, posent question", craignant que cette situation financière délicate n’ait, à terme, des conséquences fâcheuses sur le plan sportif et ne menace la "magnifique" huitième place qu’occupe actuellement les clubs belges au ranking UEFA.

Un footballeur professionnel a gagné en moyenne 233.000 euros brut lors de la saison 2018-2019 en Belgique.

C’est davantage (+10,4%) que lors de la saison précédente. Le poste "salaire des joueurs" atteignait un total de 249 millions pour la saison 18/19, contre 214 millions d’euros en 17/18, et représentait 56% des revenus (hors transferts) des clubs. Pour ceux du G5, les salaires des joueurs pèsent moins de la moitié (46%) du chiffre d’affaires hors transferts mais ils représentent 65% pour les clubs du K11 et même trois quarts du budget pour les clubs de D1B. La Belgique comptait lors de la saison 2018-2019 plus de 870 joueurs professionnels dont 261 jeunes de moins de 23 ans (dont le temps de jeu a augmenté de 20%). Des clubs qui ont aussi investi pas moins de 50 millions d'euros dans leur centre de formation.

Le chiffre d’affaires des clubs belges en augmentation

Et pourtant, il n’y a pas que des nuages qui planent au-dessus du football belge, comme le rappelle l’étude de Deloitte. Le chiffre d’affaires des clubs a continué à croître, pour atteindre 378,5 millions d’euros lors de la saison 2018/2019 (+18% par rapport à la saison précédente).

Les revenus ont notamment été portés par une campagne européenne particulièrement réussie, ce qui a permis d’engranger 63,6 millions d’euros en primes UEFA, le double de la saison précédente.

Les revenus issus de la vente des droits télévisés (84,3 millions d’euros) et ceux issus du sponsoring (76,2 millions) sont également en hausse.

Enfin, Deloitte estime que la contribution du football professionnel à l’économie belge a atteint 630 millions d’euros pour la saison 18/19.

La Pro League et les clubs belges ont pourvu 4095 emplois sur la saison 18/19. Les clubs se sont aussi fortement investi dans des projets sociaux. Preuve que le football constitue une part importante du tissu socio-économique belge. Bref, tout n’est pas gris mais l’horizon ne s’annonce pas dégagé pour autant. Les dirigeants du football belges vont devoir se réinventer s’ils veulent survivre.