Le rêve américain d'Alexis Lagase: "Quand le speaker dit que je suis belge, je sens les regards sur moi!"

The American dream ! Alexis Lagase a vécu un véritable rêve dimanche dernier en disputant à Los Angeles la grande finale du championnat de football universitaire américain, " The Nationals " comme on dit là-bas. Avec son équipe, les Vikings du Missouri, cet ancien attaquant reconverti en médian défensif s’est incliné aux tirs-aux-buts face aux Central Methodist. Le match était retransmis en direct sur la chaîne de télévision ESPN ! La défaite ne l’a pas empêché, avec ses équipiers, de faire la fête une bonne partie de la nuit dans le Cité des Anges.

Alexis Lagase a 22 ans, il est né à Ixelles et a passé son enfance à Woluwé-Saint-Pierre. Il y a trois ans, à la fin de son cursus secondaire, il a pris une grande décision : tout quitter pour aller étudier le " Business Management " dans une université aux Etats-Unis, le Missouri Valley College, dans la ville de Marshall, à une heure de route de Kansas City. " Ici, c’est l’Amérique profonde ", dit-il d’entrée quand on lui demande d’expliquer où il vit. " Mais je m’y plais vraiment ! " Alexis est donc là pour étudier… mais aussi pour jouer au football et poursuivre sa formation dans le but de devenir joueur professionnel. Toute bonne université américaine qui se respecte compte son équipe de basket, son équipe de foot US et désormais son équipe de… soccer, sous l’égide de la N.A.I.A., la National Association of Intercollegiate Athletics.

48 heures après la défaite en finale du championnat, Samuël Grulois a contacté un Alexis Lagase " toujours très déçu car on avait déjà battu les Central Methodist cette saison " mais tellement heureux d’avoir vécu un tel évènement de l’intérieur. " Et puis là, ça va faire du bien de se reposer un peu car on a disputé la bagatelle de 27 matches en trois mois ! "

Alexis, comment un p’tit Bruxellois se retrouve-t-il à jouer au football dans une grande université américaine ?

" Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours été baigné dans le monde du football, grâce à mon père et mon grand-père qui sont de vrais amoureux du foot. J’ai un rêve d’enfant : évoluer un jour à un très haut niveau en Europe. En dernière année secondaire, j’ai reçu une proposition d’une agence française pour aller jouer au foot aux Etats-Unis. Le principe est simple : je renforce l’équipe d’une école qui, en contrepartie, me paie mes études. Je n’ai pas réfléchi et je me suis juste dit que c’était ma chance et qu’elle ne passerait peut-être pas deux fois. Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit la possibilité d’aller étudier et jouer au foot en Amérique ! Donc voilà… c’est comme un rêve ! "

J’imagine que les universités américaines ne recrutent pas n’importe qui. Il faut une belle carte de visite et prouver qu’on a le niveau. Comment avez-vous prouvé aux Américains que vous aviez le niveau ?

" Pour être recruté dans une équipe universitaire américaine, il faut avoir joué soit en Division 1 ou en Division 2 en Belgique. Pour ma part, j’ai joué dans deux clubs de D.2, à l’ancien White Star et au FC Tubize. En plus de ça, il faut faire des vidéos de nos matches, des compilations de goals, des compilations en fonction de notre position sur le terrain et puis, il faut tout envoyer par Internet. "

C’est surprenant mais dans mon équipe, il n’y aucun Américain ! Les universités font  venir des Européens et des Sud-Américains pour augmenter le niveau général.

Quel est le réel niveau des équipes que vous affrontez ? Vous avez joué en Division 2 en Belgique (la Division 1B désormais), vous pouvez donc comparer.

" Pour être honnête, j’ai été très surpris en arrivant ici. Il n’y a jamais de joueurs américains dans les équipes que j’affronte ! On est tous des étrangers. Dans mon équipe par exemple, nous sommes 24 joueurs et il y a… zéro Américain ! Les écoles essaient de recruter le plus possible des joueurs européens et sud-américains pour pouvoir élever le niveau. Après avoir joué en D.2 en Belgique, je dirais que le niveau universitaire aux USA, c’est équivalent à la D.2 ou la D.3 chez nous. "

Le nom qu’ils connaissent le mieux ici, c’est celui d’Eden Hazard !

On connaît la réputation actuelle du football belge sur la planète foot. Est-ce que le fait d’être belge pousse vos coéquipiers ou vos adversaires à avoir un autre regard sur vous ? Attention, v’là un Belge… comme Eden Hazard et Axel Witsel !

" Oui bien sûr ! Avant chaque match de foot ici, le speaker annonce le pays d’où vient le joueur ! Et donc, quand il dit " Alexis Lagase from Belgium ", je sens parfois des petits regards vers moi et on me dit " Hazard Hazard " car c’est le nom qu’ils connaissent le mieux. Maintenant, notre football est reconnu partout dans le monde. Et cette fameuse victoire contre le Brésil a marqué les esprits… il y a beaucoup de Brésiliens dans mon école et dans les équipes que j’affronte. L’équipe belge est respectée dans le monde entier. "

J’imagine que votre objectif principal est de terminer vos études. Mais quel est votre objectif sportif ? Revenir en Europe et réaliser une carrière de footballeur professionnel ?

" Bien sûr ! Moi, ce rêve restera toujours dans un petit coin de ma tête. Autre possibilité : quand on termine ses études aux Etats-Unis, on peut participer, comme au basket-ball, à la draft, avec l’espoir d’être testé par une des équipes de MLS (NDLR : Major League Soccer, le championnat de football professionnel nord-américain). Si une équipe te veut, elle peut te proposer un contrat pour jouer là-bas. Donc, rester en Amérique est une possibilité pour moi, pour évoluer en MLS en ou Division 2 américaine. "

Le grand public américain n’a concrètement découvert le soccer qu’en 1994, à l’occasion de la Coupe du Monde organisée aux Etats-Unis. Est-ce que depuis lors, la discipline s’est enfin imposée aux côtés du foot US ou du basket-ball ?

" Franchement oui. Je pense que le niveau du soccer a énormément évolué depuis qu’ils se sont mis à recruter des joueurs européens. Ils investissent beaucoup d’argent dans des équipes comme la mienne, dans les équipements, dans les infrastructures. Dans mon école, ils ont construit quatre terrains synthétiques en deux ans ! Ils font tout pour améliorer le niveau général du soccer. Désormais, dans toutes les écoles universitaires, il y a une équipe de football. Bien sûr, on est loin de la réputation du foot américain qui restera toujours le sport numéro 1 dans les universités. Mais il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent au soccer et c’est une très bonne chose. "

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