L'Olympic de Charleroi pense à la D1B, mais plus trop au match de Zulte Waregem

La décision officielle ne tombera pas avant tard dans la soirée, voire demain, mais l’Olympic de Charleroi devrait faire l’impasse sur son match de Coupe de Belgique face à Zulte-Waregem, en janvier. Il suivrait ainsi la tendance de tous les autres Amateurs encore qualifiés, à l’exception du FC Liège.

Avec Tessenderlo, Dessel, Lokeren, Boom et Liège pour la Nationale 1, Olsa Brakel, Heur Tongeren et la Raal La Louvière pour la D2 V.V. ou ACFF, l’Olympic de Charleroi (Nat.1) est un des neuf clubs amateurs toujours en course pour remporter la Coupe de Belgique 2020-2021.
Ces derniers jours, toutes ces entités ont pesé le pour et le contre à l’égard de la proposition faite par l’Union Belge et la Ligue Pro : celle de déclarer forfait pour les seizièmes de finale des 9 et 10 janvier prochains contre un dédommagement financier des Pros, tournant autour des 25.000 euros par équipe concernée, selon David Delferière, le président de l’ACFF, au micro de Vivacité, dimanche soir.

Pour rappel, pandémie oblige, les clubs amateurs sont toujours privés en ce moment à la fois de matches, mais aussi et d’abord d’entraînements collectifs. La Croky Cup – autre nom de la coupe de Belgique – étant considérée comme une compétition professionnelle, une dérogation serait imaginable avec les Ministres des Sports des Communautés pour permettre, le cas échéant, aux neuf clubs précités de reprendre les entraînements cette semaine.


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Les Dogues n'ont plus joué depuis maintenant de longues semaines © JOHAN EYCKENS - BELGAIMAGE

Et au diable cette considération que des clubs amateurs de Nationale 1, voire de D2 ACFF, non concernés par la coupe pourraient être lésés lors d’une reprise éventuelle de championnat en février au regard d’autres préparés depuis bien plus longtemps ? "Avec le vice-président Filippo Gaone, nous avons expliqué à notre président Patrick Remy que nous n’avons rien à gagner à l’idée de jouer face à Zulte Waregem le samedi 9 janvier 2021" argumente, pour sa part, Jean-Pol Bastin, secrétaire et correspondant qualifié de l’Olympic de Charleroi. "Notre match n’est pas retenu pour être diffusé sur Eleven, détenteur des droits TV et nous n’avons pas encore une plate-forme de retransmission TV via le net fonctionnelle comme à Liège. Quand bien même nous l’aurions, nous n’avons pas le public pour obtenir une recette digne de ce nom via ce canal. Et nous n’avons encore qu’une centaine d’abonnés !"

Les arguments du Carolo ne s’arrêtent pas là : "Ce match devra être disputé à huis clos, et il ne sera pas possible de compter sur des recettes buvette, repas et places business seats. Enfin, si nous choisissons de jouer, nous devons sortir du chômage économique 25 personnes, c’est-à-dire des joueurs et des membres du staff, tous sportifs rémunérés et employés chez nous. Or, comme le protocole sanitaire prévoit aussi cinq tests Covid-19 entre le 9 décembre et le 5 janvier, à raison de 50 € la personne testée, nous ne serons en ordre qu’en honorant une facture globale de 6250 €. Reprendre en charge les salaires de 25 personnes sous contrat pour un seul match, fut-il de coupe de Belgique, dans un mois, engendrera une belle sortie d’argent."

Jouer ou ne pas jouer ?

Vendredi soir dernier, le président Remy, homme clé des Dogues en matière de finances, a voulu prendre l’avis de son directeur sportif et joueur, le Franco-Algérien Momo Dahmane, et celui de l’entraîneur français Xavier Robert, arrivé lui aussi à la Neuville l’été dernier en droite ligne de La Louvière-Centre. Tous deux ont insisté sur l’envie qui prédomine au sein du groupe : jouer.
"La décision n’est pas facile à prendre, parce que le rationnel et l’émotionnel se mêlent" note, de son côté, Patrick Remy. "Nos sportifs rémunérés et autres employés ne touchent "que" de l’ordre de 70% de leur salaire en restant au chômage. Je peux comprendre que leur intérêt est aussi d’en sortir dès que possible. Je les sens très désireux de disputer ce match de Coupe. Puis-je les priver d’un rendez-vous qu’ils ont obtenu sur le terrain en sortant Sprimont, Lierse Kempenzonen et Alost ?"

L’homme fort de l’Olympic pense aussi aux fidèles supporters : "Nos supporters risquent également d’être frustrés. Il y a l’honneur d’un blason qui m’est cher. L’Olympic est un club très familial et cela me plaît beaucoup. Mais, en certaines circonstances exceptionnelles, nous devons être raisonnables. Et penser aussi à la santé des gens en priorité. Nous réfléchirons jusqu’au dernier moment, c’est-à-dire jusqu’au sortir de la réunion par visioconférence prévue ce mardi soir avec Thibault De Gendt, responsable des compétitions à l’Union Belge. Mais vu la tendance générale des clubs amateurs en la matière et les arguments développés par nos dirigeants, nous ne sommes a priori pas enclins à jouer."

Patrick Remy, Momo Dahmane, Philippe Albert, Daniel Van Buyten, Filipo Gaone et les autres…

Issu d’une fusion récente avec Châtelet-Farciennes, l’Olympic de Charleroi du patron Turc Adem Sahim, encore directeur sportif en 2019-2020, filait droit vers la faillite quand Patrick Remy, importateur et exportateur de fruits et légumes établi au marché vespéral de Marcinelle, l’a sorti d’un dangereux coma économique et sportif.
Par le passé, ce dernier avait déjà été un soutien commercial important du club de la Neuville. Mais c’est avec les jeunes de Mont-sur-Marchienne puis surtout à Châtelet, lui-même à l’agonie en première provinciale hennuyère, que le patron des établissements Jacques Remy et fils a fait ses premiers pas de dirigeant dans le football.
Le temps d’un passage tout aussi apprécié à Farciennes, qui retrouvait ainsi une activité footballistique à un très bon niveau, et notre ambitieux homme d’affaires volait au secours de l’Olympic de Charleroi, pour des raisons de licence et de cœur.
Depuis, deux tiers de saison et deux matches de championnat seulement dans la présente compétition n’ont pas encore donné pleine consistance footballistique aux Dogues. L’an dernier, l’arrêt de la compétition a même été accueilli comme une véritable bénédiction tant, après un bon début de championnat, la suite a donné quelques sueurs froides aux nouveaux dirigeants, finalement soulagés par un maintien en Nationale 1
.

"Le noyau n’était pas bien équilibré", reconnaît Patrick Remy. "Il a fallu donner un bon de sortie à dix-huit (!) joueurs l’été dernier et reconstruire un groupe avec Momo Dahmane et ses connaissances, venues de La Louvière Centre. Nous nous sommes donné trois ans pour réussir le projet, celui de rejoindre au plus vite le monde pro de la D1B. J’ai confiance en lui, et ses renforts français. Autour de notre capitaine Laurent Castellana, les Quentin Vanderbeck, Aymerick Thibaut, Yoroma Jatta, Khiada El Mehdi, des fidèles de la maison occupent bien l’échiquier. J’ai bien essayé par le passé, mais en vain, de proposer à Philippe Albert un poste d’entraîneur chez nous. Ou de m’entourer des conseils de Daniel Van Buyten, manager de notre gardien Tanguy Moriconi. Mais ces deux grands amis ont décliné l’invitation parce qu’ils se voyaient plutôt sur un autre chemin professionnel."

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Les anciens Diables rouges Daniel Van Buyten et Philippe Albert ont eu l’occasion d’occuper un poste à l’Olympic, mais ils ont décliné l’invitation © Belga

Licence et objectif D1B, renforcer les contacts avec les Zèbres…

Aujourd’hui, Patrick Remy peut encore compter sur l’appui relationnel et commercial des familles turques Arikan et Sahim pour soutenir ses projets d’antichambre de l’élite dans le court terme.
Depuis quelques mois, il s’est aussi entouré au sein de l’exécutif du club carolo de Filippo Gaone, un dirigeant qui a connu l’élite et l’Europe du foot. Avec sa chaîne de magasins Tournesol, l’ancien président de la Raal est aussi un soutien de première choix sur place : "Avant l’arrêt lié à la Covid-19, nous avions remporté nos trois rencontres de coupe de Belgique et restions sur un 3 sur 6 en championnat", mentionne le président Remy. "Nous savons désormais que si l’on rejoue, tout se décidera sur douze rencontres de championnat puisque Roulers est forfait. Il faudra donc être dans le rythme dès le redémarrage. Nous demanderons la licence pour la D1B dès le printemps prochain. L’exemple du Lierse qui était quasi descendant en D2 VV voici neuf mois et qui s’est retrouvé en D1B notamment parce qu’il a obtenu la licence nous a servi de leçon."

"Les conditions d’octroi de cette licence devraient être assouplies, nous n’aurons pas trop de mal à rajouter des places assises au petit millier de sièges en place aujourd’hui. Il nous faudra ajouter des lux à l’éclairage, tandis qu’une cabine à haute tension proche de notre stade doit être remplacée par la Ville de Charleroi dans les prochains jours. Nos bonnes relations avec l’échevin des sports et des infrastructures sportives, Karim Chaïbaï me rassurent. Nous pouvons compter sur 220 business seats, des bureaux modernes, deux ouvriers affectés à temps plein à l’entretien du stade, deux administratifs full-time, une nouvelle cellule marketing et communication. Nous sommes dans une négociation encore à finaliser avec Télésambre, la TV régionale de la région pour diffuser nos matches en léger différé. Oui, nous avons du potentiel pour franchir une nouvelle étape. En tout cas, nous serons prêts au cas où…"


Parallèlement à ses projets en interne, l’Olympic de Charleroi soigne ses relations avec le Sporting voisin. Le président Remy, décidément omniprésent dans le milieu sportif carolo est aussi partenaire commercial des Zèbres. S’il faut s’échanger à l’avenir des joueurs pour apporter un plus sportif à chacun, tout en renforçant l’ancrage régional des Dogues, aucun obstacle ne devrait se dresser sur la route des négociateurs. L’école des jeunes de l’Olympic de Charleroi, c’est tout de même un total de 650 jeunes et un label trois étoiles. Quand le Sporting voisin travaille avec le tiers de ce chiffre, mais dans un foot élite…

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Le Stade de la Neuville attend de retrouver un peu de ferveur © THIERRY ROGE - BELGA
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