L'Euro 2000 a 20 ans : Mark Iuliano, "Battre les Pays-Bas reste le plus grand souvenir"

Si une équipe bénéficie de 6 penalties et en rate 5, qu’elle frappe deux fois sur les montants et qu’elle joue en supériorité numérique, indépendamment du résultat final, cette rencontre est amenée à marquer l’histoire.

Si en plus, il s’agit de l’équipe des Pays-Bas de l’an 2000 évoluant devant leur public avec pour sélectionneur Frank Rijkaard et des joueurs de la trempe de Kluivert, Overmars, Bergkamp, Davids, Seedorf ou Stam… Alors, si tel est le cas, il y a du paranormal là-dessous. Vous conviendrez que ce cas de figure est hautement improbable, voire impossible. Pourtant, ce scénario complètement fou prend vie le jeudi 29 juin 2000 à Amsterdam.

Et comme dans tout bon film, il faut un superhéros. Ce jour-là, il a pour nom Francesco Toldo, le gardien de la Squadra Azzurra s’érige comme un mur infranchissable. Un gladiateur des temps modernes aidés par un groupe soudé de guerriers venus du sud défendre le maillot et arracher la victoire coûte que coûte.

Parmi eux, Mark Iuliano, défenseur rugueux de la Juventus, forme avec Cannavaro et Nesta une défense de fer. Ce jour-là, l’Italie écrit l’histoire. Mais cette victoire, acquise dans l’adversité après 120 minutes d’émotion et de souffrance intenses, va laisser des traces… "Ce jour-là, l’Italie bat les Pays-Bas mais perd sans doute déjà la finale", comme le souligne Mark Iuliano.

Entre joie et peine, l’homme aux 48 sélections chez les azzurri, se souvient de ce match épique… Du "mur orange", d’un Toldo dans la forme de sa vie et de la Panenka de Totti. "Il cucchiaio" (la cuiller) comme disent les Italiens. "Il avait regardé certains joueurs sur le banc et il leur avait dit qu’il allait en faire une à van der Sar". Oui, une Panenka en demi-finale d’un Euro, 24 ans après l’originale.

Entretien.

 

Un groupe soudé qui savait souffrir

Quel souvenir gardez-vous de cet euro 2000 où vous avez disputé 6 des 7 matches comme titulaire ?

Un très beau souvenir même s’il n’y a pas eu d’apothéose finale. Je me souviens que l’organisation avait été parfaite même si le tournoi était organisé dans deux pays. D’un point de vue sportif, nous étions assez bien préparés et, après les interrogations de départ autour de l’équipe, Dino Zoff a su trouver la bonne formule. Nous avons eu de la chance de travailler avec lui car il a été très bon dans la gestion du groupe et au niveau de l’équilibre de l’équipe.

Quel a été le déclic ?

Incontestablement le premier match. Nous battons la Turquie et là, nous avons compris que nous avions une belle équipe. Solide en défense, avec un entre-jeu et une attaque de qualité. On a senti que l’équipe était complète. Par contre, on ne mesurait quelle était notre force réelle. On ne pensait pas que l’on pouvait réaliser un aussi beau parcours.

Sérieusement ? Pourtant, on a coutume de dire que l’Italie vise toujours le top 4 dans un grand tournoi.

Oui c’est le cas. Mais nous n’avons eu cette perception qu’au fur et à mesure qu’on avançait dans le tournoi. En réalité, nous nous sommes rendu compte que nous avions une équipe solide, bourrée de joueurs techniques et offensifs mais un groupe qui savait souffrir et se battre. Nous pouvions marquer à n’importe quel moment du match. Par contre, pour nous mettre un but, il fallait être bon (rires) !

On en vient à cette demi-finale épique face aux Pays-Bas. Les Oranje étaient les grands favoris du tournoi et vous les rencontrez à la Johann Cruyff ArenA…

Je me souviens d’un mur orange. Une équipe incroyable dans chaque compartiment de jeu. Ils étaient forts partout ! Des joueurs extraordinaires.

Franchement, les 10 premières minutes, on n’a pas compris grand-chose. Ça arrivait de tous les côtés et nous n’arrivions pas à les contrer.

Et pour ne rien arranger, il y a l’exclusion de Zambrotta à la 34e minute !

Oui, il prend deux cartons jaunes en 15 minutes. C’était déjà compliqué à 11 alors à 10 notre tâche devenait impossible tellement les Pays-Bas jouaient bien et tellement nous étions en difficulté.

En plus, il y a ce premier penalty que je ne m’explique toujours pas… Une soi-disant faute sur Kluivert, je pense. Mais Toldo qui le sort sur De Boer était impassable ce jour-là. Défensivement, on a fait un "match de sacrifice"! Tous, sans exception, avons fait preuve de la même abnégation, le même courage. Nous avions un objectif : ne pas perdre. Et on savait qu’il nous faudrait beaucoup de chance pour ne pas prendre de but. Il fallait laisser passer la tempête. Chaque minute qui passait était un soulagement.

Ensuite, ils loupent un 2e penalty en deuxième période. Kluivert frappe sur le poteau !

Et là, la confiance change de camp. On commence à mieux jouer, à faire le match. Le rapport de force s’inverse. En prolongations, on s’est créé les plus belles occasions alors que l’on était réduit à 10. Del Vecchio est passé tout près du but en or. On a joué un match extraordinaire.

Et puis, la séance de tirs au but arrive et là Toldo continue à tout arrêter…

Il y avait énormément de confiance dans le groupe. Nous avions des spécialistes des 11 mètres. Je pense que seul Maldini a raté le sien mais sans conséquences… Et puis nous avions Toldo qui a écœuré les Néerlandais qui continuaient à rater (il sourit).

Francesco Totti est votre 3e tireur. Il exécute magistralement sa panenka. Est-il vrai qu’il avait prévenu le groupe de ses intentions ?

Il l’avait annoncé aux joueurs qui se trouvaient près de lui. Moi, je n’étais pas au courant… Quand j’ai vu ce ballon délicat se poser parfaitement dans les buts… (Il rigole) J’étais aux anges. Un sentiment incroyable. Ça a été une nuit magique.

Nous étions bourrés de crampes, exténués mais heureux.

Ce sentiment de fierté d’avoir lutté et éliminé l’équipe de Hollande la plus forte depuis les années 70.

Cette demi-finale nous avait vidés

Trois jours plus tard, vous perdez en finale contre l’équipe de France…

Oui. Le match où l’on a le mieux jouer de tout l’Euro. Nous avions dominé. Nous nous étions créés beaucoup d’occasions. Un match que l’on pensait avoir gagné jusqu’à cette égalisation absurde dans le temps additionnel. Aujourd’hui encore, je ne me l’explique pas. On attendait juste le coup de sifflet final. Et puis, ça s’est transformé en tragédie.

En prolongations, nous n’avions plus de ressources, ni mentales, ni physiques. Nous étions vidés à cause de notre demi-finale et de cette finale face à la France jouée à un rythme très élevée. Franchement, on était démoralisés aussi. Il suffisait de garder un ballon plus haut dans le jeu, de presser Barthez et de se repositionner en défense…

L’épilogue a été très difficile à digérer. Mais je garde un souvenir exceptionnel du tournoi. Nous avons mérité d’aller en finale en jouant de grands matches. Et celui que l’on a Lemieux joué, on le perd. C’est le football.

20 ans plus tard, il y a toujours cette amertume ?

Oui, j’ai toujours des regrets. Avoir un titre de champion d’Europe à ton palmarès c’est quelque chose d’inoubliable mais je garde malgré tout, le souvenir d’un tournoi magnifique, magique émouvant. L’une des plus belles choses que l’équipe ait accomplie.

 

 

 

 

Le match en intégralité

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