L’édito de Thierry Luthers : Inquiétude chez les agents du football belge

Depuis son cabinet bruxellois, le juge d’instruction Michel Claise avance tel un bulldozer. Aidé par une équipe d’enquêteurs renforcée et en collaboration avec le procureur Julien Moinil. Un binôme de magistrats bien décidé à nettoyer les écuries d’Augias, celles du football belge en l’occurrence. Mais avec aussi la ferme intention de mettre à jour et de réprimander certaines pratiques douteuses chez certains agents de haut vol. Tout a commencé en janvier dernier avec les perquisitions menées au domicile monégasque de Christophe Henrotay. Placé en détention provisoire dans la Principauté puis inculpé, l’agent de Thibault Courtois a été auditionné plusieurs fois à Bruxelles. La crise sanitaire et le confinement ont quelque peu ralenti l’enquête mais elle semble être repartie de plus belle. Il y a quinze jours, c’était au tour de Patrick de Koster, l‘agent historique de Kevin de Bruyne, de faire connaissance avec le magistrat bruxellois. Inculpé pour escroquerie et blanchiment d’argent, il a été écroué à la prison de Saint-Gilles. A l’heure actuelle, il attend son passage devant la Chambre des mises en accusation afin de savoir si sa détention provisoire va être prolongée.

Dans les deux cas, les managers sont arrivés dans le collimateur de la Justice suite à diverses plaintes. De joueurs ou de dirigeants. Ce système opaque, cette véritable " omerta " qui caractérise tellement le football belge, est sur le point d’exploser. Les joueurs parlent, la parole se libère. Ibrahima Conte, depuis la Bulgarie où il évolue désormais et, selon nos informations, bientôt Sébastien Siani, semblent vouloir " charger " Patrick de Koster qui les aurait grugés d’une manière ou d’une autre. Kevin de Bruyne lui-même a porté plainte contre celui en qui il avait une confiance aveugle, et qui faisait quasiment figure de second papa pour le joueur vedette de City.

A qui le tour ?

Et ce n’est sans doute pas fini… On sent bien que l’étau se resserre autour de Didier Frenay qui pourrait bien être le prochain agent entendu à Bruxelles. Frenay a fait pas mal de business avec De Koster et le nom de Luc Devroe apparaît également, lui qui fait l’objet d’une plainte du club ostendais. C’est donc la mouvance Frenay, celle de sa société " Star Factory ", qui semble être à présent sur la sellette. Et Didier Frenay, lui-même, a fait l’objet de plaintes de Thomas Meunier et de Landry Dimata, notamment.

C’est l’inquiétude qui règne désormais en maître dans le petit monde des agents belges. Tous ceux qui savent qu’ils traînent l’une ou l’autre casserole redoutent le pire instant : la convocation du juge. Car cette affaire pourrait bientôt s’apparenter à une véritable partie de dominos, l’un entraînant l’autre dans sa chute. Avec aussi une autre proie en point de mire, une toute grosse pointure : Pini Zahavi, le puissant agent israélien dans le cadre du dossier mouscronnois alors que le club vient d’être inculpé en personne morale pour faux, usage de faux et escroquerie.

Par ailleurs, le dossier Dejan Veljkovic devrait bientôt être clôturé à Tongres. Et les révélations de l’agent serbe repenti risquent de faire pas mal de bruit tant le nombre de clubs impactés par ses pratiques illicites est élevé. Le dossier de Mogi Bayat, dit-on, semble aussi être en bonne voie de finalisation. Même si, chose très étonnante, les différents avocats n’ont pas encore eu accès au dossier limbourgeois… près de deux ans après l’éclatement du scandale du " Footgate " !

Le règlement belge va plus loin que celui de la FIFA

En attendant, alors que le secteur bancaire regarde le monde du football avec de plus en plus de méfiance, la Fédération a sorti son nouveau règlement relatif aux intermédiaires. Avec, surtout, depuis le 1er juillet dernier, la mise en place d’une " clearing house ", mécanisme de contrôle et de transparence pour les flux d’argent entre les joueurs et leurs intermédiaires dans le cadre de transferts ou de contrats. Le nombre de joueurs représenté par le même agent au sein d’un club est aussi limité. Enfin, le règlement belge va même plus loin que celui de la FIFA avec l’interdiction de la double représentation. En d’autres termes, un agent ne peut servir en même temps les intérêts d’un joueur et d’un club dans le même transfert.

Tout cela n’est pas du tout du goût de la BFFA, la fédération belge des agents de joueurs, qui se voudrait, notamment, être l’interface de la corporation avec le monde politique. Mais cette BFFA perd de plus en plus de crédibilité… et de membres avec les inculpations successives de Henrotay (qui a démissionné de son poste de vice-président) et de De Koster.

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