L'arbitrage belge se réforme et se dote d'un Board

Board
Board - © BRUNO FAHY - BELGA

Une image de marque écornée par le Footballgate, une absence au plus haut niveau international et des structures obsolètes, l'arbitrage belge est au pied du mur. Pour progresser, il doit se réinventer.

C'est la raison d'être d'un masterplan en 4 points, dévoilé hier par l'Union belge.

Le premier point concerne la structure du département arbitrage, totalement remaniée et qui revendique plus que jamais son indépendance.

A la tête de ce Board version belge, l'ancien arbitre anglais David Elleray, véritable architecte du projet et qui, dans son rapport principal, a émis pas moins de 160 recommandations.

C'est lui qui supervisera le nouveau Comité d'arbitrage, un organe qui devra lui rendre des comptes et dont la direction aura deux têtes : Stéphanie Forde, actuellement active dans le VAR et le Français Bertrand Layec, lui aussi ex-arbitre international.

Pour Peter Bossaert, CEO de l'Union belge, il était nécessaire de s'ouvrir à l'étranger.

« Le but est que, un jour, ce département soit géré par des Belges. Aujourd'hui, on n'est pas prêt pour ça. On est à la traîne par rapport aux standards internationaux. Et donc, oui, c'est vrai, on a constaté qu'il nous fallait de l'aide. Je suis très content d'avoir trouvé cette aide à un si haut niveau ! David Elleray est reconnu internationalement comme LE grand expert à ce niveau. Quand à Bertrand Layec, je l'apprécie énormément. Ces dernières semaines, il a accompli un travail énorme. Je suis sûr que le fait d'être étrangers va même les aider pour réussir à faire changer les choses ».

Changer les choses, ce sera aussi veiller à la qualité des entraînements et de la formation, de même qu'au recrutement de nouveaux arbitres. Des arbitres que la Fédération espère appâtés par un encadrement plus pro et une attention plus marquée à leur condition physique, leur santé et leur bien-être.

Plus encore qu'avant, le condition physique constituera un facteur important pour les désignations, de même que les performances en match. Les arbitres (dont le nombre de semi-pros passera de 8 à 12) seront désignés sur base de leur mérite. A ce stade, ils ne seront pas payés plus. Mais si le système porte ses fruits et que les performances suivent à la hausse, il pourrait en aller de même de la rétribution des hommes en noir.

En revanche, le VAR (prochainement centralisé à Tubize) n'intégrera plus que des arbitres et assistants actifs. Certains pourront donc, dans des fonctions diverses, être impliqués dans plusieurs matchs par week-end. A l'inverse, certains anciens arbitres, employés cette saison dans le VAR, n'y seront bientôt plus admis...

A quand le prochain arbitre belge en Coupe du Monde ?

Le constat est là, la crise des vocations (contre laquelle s'inscrit le programme de recrutement Belgian Core) rejaillit dans l'absence d'arbitres belges au plus haut niveau international. Frank De Bleeckere (futur porte-parole de l'arbitrage et bras droit de Bertrand Layec) est le dernier belge à avoir sifflé en coupe du monde, en 2010. Et ce n'est pas au Qatar qu'il faudra attendre son successeur.

« On n'a personne dans le groupe Elites, c'est-à-dire le top 25 européen. Mais dans le groupe 1, on n'a personne non plus... Cela veut dire que le chemin est long. Cela prend des années pour devenir arbitre en groupe 1. Une fois dans le groupe 1, il faut essayer d'entrer chez les Elites. Une fois chez les Elites, dans le top 25, il est possible de siffler des matchs de Ligue des Champions. En revanche, pour les grands matchs, dans des tournois comme la Coupe du monde et l'Euro, il faut carrément être dans le top 10, 11, 12... Il y a donc beaucoup de travail. Ce n'est pas pour aujourd'hui, ce n'est pas pour demain non plus. C'est un objectif à long terme ».

Long terme, c'est-à-dire, si tout va bien, à l'horizon Euro 2028 et CM 2030.

La Pro League émet des réserves

Ce plan ambitieux a évidemment un coût : 850.000 euros annuels, soit une augmentation de 20% des moyens. Ce que critique déjà la Pro League, entre guillemets le « client » principal de ce département arbitrage, qu'elle finance en grande partie.

La Pro League déplore aussi de ne pas avoir été consultée ni impliquée dans l'organigramme. Selon elle, son CEO Pierre François devrait être membre de la plus haute instance du département arbitrage (independant referee board) et l'organigramme proposé aurait d'abord dû être avalisé par la Pro League, puis seulement officialisé par le Comité exécutif de l'UB.

Peter Bossaert tempère : « C'est dommage, mais je comprends la réaction de la Pro League. Nous entrons dans une nouvelle ère. C'est sans doute une étape difficile à digérer, mais n'oubliez pas que nous ne sommes pas les inventeurs de cette structure. Elle provient de l'UEFA et de la FIFA, qui n'admettent aucunement que les Ligues Professionnelles fassent partie des structures d'arbitrage nationales. Donc, ce que nous avons fait, c'est juste transposer, au niveau belge, des structures existant déjà au niveau de l'UEFA et de la FIFA ».

Une explication que la Pro League digère mal. L'un de ses membres évoque même un « putsch de la Fédération », orchestré par Bart Verhaeghe (vice-président de l'UB) dans le but de court-circuiter la procédure prévue et de (notamment) replacer Frank De Bleeckere sur le devant de la scène, au détriment d'un Johan Verbist dont les motivations de départ restent floues...

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK