Iran-Irak, le match de la "révolution" pour les manifestants de Tahrir

Iran-Irak, le match de la "révolution" pour les manifestants de Tahrir
Iran-Irak, le match de la "révolution" pour les manifestants de Tahrir - © ATTA KENARE - AFP

Jeudi, la sélection de football irakienne défendra ses chances pour une place au au Mondial-2022 contre l'équipe d'Iran. Mais, pour les Irakiens en révolte contre leurs dirigeants et leur parrain iranien, ce match est bien plus qu'une histoire de sport.

En raison de la situation tendue en Irak, la rencontre, qui devait avoir lieu à Bassora, dans le sud du pays, a été délocalisée à Amman, en Jordanie. Mais de nombreux Irakiens suivront malgré tout cette confrontation sportive de très près.

"Si notre équipe bat l'Iran, cela va renforcer la mobilisation et regonfler le moral des manifestants", estime Hussein Dia, un manifestant de 24 ans, sur la place Tahrir de Bagdad. L'épicentre de la contestation est de moins en moins rempli en raison de la répression accrue et des actes d'intimidation contre les manifestants qui réclament "la chute du régime".

"Il faut que nos joueurs donnent tout pour gagner, comme ça on pourra relever la tête", dit-il en tapant lui-même le ballon rond avec d'autres manifestants à quelques pas du pont al-Joumhouriya, nouvelle ligne de front d'où les forces de l'ordre arrosent Tahrir de lacrymogènes.

Le puissant voisin chiite est désormais conspué publiquement par les manifestants, qui l'accusent d'être l'architecte du système politique rongé par le clientélisme et la corruption qu'ils veulent renverser à tout prix.

Ecran géant place Tahrir

Pour Ahmed al-Ouachah, ce match tombe à pic --même s'il a été relocalisé au dernier moment à la demande de la Fifa.

"Le football est le meilleur moyen d'envoyer un message au monde entier. On mise sur ce match" pour faire parler de l'Irak et "que les Nations unies interviennent pour faire cesser l'effusion de sang", explique ce militant à l'AFP, dans un pays où plus de 300 manifestants ont été tués depuis le 1er octobre selon un décompte officiel.

Jeudi, promet-il, les "Lions de Mésopotamie" auront derrière eux "non seulement le stade d'Amman" --où vit une importante diaspora irakienne-- mais aussi "toute la place Tahrir", où un écran géant a déjà installé pour suivre la rencontre.

Certains militants ont demandé sur internet aux supporters en Jordanie de se couvrir le visage de masques médicaux, en solidarité avec les manifestants irakiens exposés au gaz lacrymogène des forces de sécurité.

D'autres les ont appelés à se lever en criant "Je veux mon pays!", slogan phare des manifestants, à la 25e minute du match, en référence à ce qu'ils appellent tous "la révolution du 25 octobre".

"On regardera vers Amman"

Sur Tahrir, Hussein Jaouad sera là pour suivre la rencontre. "D'habitude, on a toujours nos dirigeants dans le viseur, mais le soir du match, on regardera vers Amman et on visera l'équipe de foot d'Iran", prévient cet amoureux du foot âgé de 25 ans.

La relation avec l'Iran, grand voisin chiite --comme la majorité des Irakiens-- a toujours été compliquée. Du temps de Saddam Hussein, les deux pays se sont même fait une longue guerre de 1980 à 1988.

Depuis la chute du dictateur en 2003, Téhéran n'a cessé de renforcer son influence en Irak, via des partis et des groupes armés désormais au pouvoir.

Si beaucoup d'Irakiens chiites sont déjà allés en Iran pour visiter des lieux saints, se faire soigner ou seulement pour du tourisme, la République islamique est désormais l'ennemi numéro un des manifestants.

Sentant venir le vent, le patron de la Fédération irakienne de football appelle à ce que les esprits ne s'échauffent pas. "Il ne faudra pas de +tifo raciste+ contre l'équipe iranienne, sinon la Fifa pourrait nous punir", prévient-il.

Au cours de leur histoire footballistique, les deux pays se sont affrontés une vingtaine de fois. L'Iran l'a emporté 11 fois, l'Irak est sorti vainqueur à six reprises et, deux fois, les équipes se sont séparées sur un match nul.

La dernière fois que l'Irak a reçu l'Iran, c'était en 2001, lors d'un match qualificatif pour le Mondial de l'année suivante. Les Lions de Mésopotamie s'étaient inclinés.

Cette fois-ci, la place Tahrir le promet: pas de place pour la défaite.

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