Foot féminin : un Final 8 aussi pour la Champions League, Wolfsburg décroche le titre en Allemagne

Entre ombre et lumière, le football féminin vit des situations bien contrastées en Europe pendant cette crise du Covid-19...
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Entre ombre et lumière, le football féminin vit des situations bien contrastées en Europe pendant cette crise du Covid-19... - © STREETER LECKA - AFP

Une victoire 4-0 de Wolfsburg contre Cologne : le championnat d’Allemagne a repris vendredi 29 mai 2020. Quoi ? Pardon ? Le football de retour sur les terrains allemands, ce n’était pas déjà le cas ? Eh bien non pas encore tout à fait, parce qu’on parle bien ici de la Frauen Bundesliga, soit la principale compétition allemande côté dames. Les joueuses évoluant en Allemagne ont été les premières… et finalement les seules à reprendre les matches en Europe après la "pause corona", à huis clos et dans des conditions et un protocole clairement définis. Que s’est-il passé dans les autres pays ? Y a-t-il des championnes désignées partout ? Et qui jouera en Champions League ? Dans le monde du foot féminin, bien différent du foot masculin (de son argent, du statut professionnel des joueurs, de sa médiatisation…), les décisions ne vont pas toujours dans le même sens… Le point dans ce dossier évolutif, au fur et à mesure des décisions prises dans le monde du foot au féminin.

[article mis à jour le 30 mai : premiers résultats en Allemagne]
[article mis à jour le 5 juin : titre attribué à Chelsea en Angleterre]
[article mis à jour le 8 juin : l’Italie s’arrête sans titre]
[article mis à jour le 18 juin : Wolfsburg vainqueur en Allemagne, décision de l’UEFA pour la Champions League]

 

 

Belgique : un (nouveau) titre pour Anderlecht

Comme chez les messieurs, la plus haute division dames (la SuperLeague) s’est achevée dès le mois de mars. Mais les décisions sportives sont tombées plus vite que dans le monde professionnel masculin, et chez les dames c’est bien Anderlecht qui a décroché le titre. Les RSCA Womens remportent un troisième titre consécutif en ayant largement dominé la saison : 44 points récoltés sur 48 et aucune défaite concédée lors de ce championnat "tronqué". La section féminine du Standard termine deuxième, à 8 longueurs. Les 2 clubs devaient se disputer l’édition 2019-2020 de la Coupe de Belgique, mais cette finale sous forme de Clasico a été annulée.

En tant que championnes, ce sont les joueuses d’Anderlecht qui retrouveront les tours préliminaires de la Ligue des Champions féminine, même si les contours de cette compétition restent encore flous (l’UEFA Women’s Champions League étant actuellement en suspens, voir ci-dessous).

Un futur à 10 équipes au lieu de 6

Par ailleurs, la bonne nouvelle de ce confinement est venue de la Commission des Licences, qui a accordé 10 sésames pour la saison prochaine en SuperLeague. Soit 4 équipes supplémentaires pour l’élite du foot chez les dames en Belgique ! Le Sporting Charleroi et Zulte-Waregem débarquent, alors que le FC Fémina White Star Woluwé et Alost montent de Division 1 et rejoignent donc les 6 clubs actifs cette saison en Superleague (Anderlecht, le Standard, Gand, Genk, Bruges et Oud-Heverlee Louvain).

Le mercato est d’ailleurs bien lancé, avec par exemple le passage de la Red Flame Kassandra Missipo de Gand à Anderlecht, alors que les rumeurs d’un retour de la triple Soulier d’or Tessa Wullaert au pays se multiplient également…


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Allemagne : les pionnières sacrent Wolfsburg

L’une des compétitions européennes les plus structurées et ancrées dans les mentalités a donc été la première (et finalement la seule) à reprendre, dans les pas de la Bundesliga messieurs. Certains clubs avaient déjà repris les entraînements dès le mois d’avril, dans des conditions strictes et avant même que le feu vert ne soit donné pour cette reprise de la compétition. Pour les matches, le huis clos est d’application, tout comme le protocole sanitaire strict et les tests des joueuses.

Au moment de la reprise, il restait huit journées pour désigner l’équipe championne de Frauen Bundesliga et ce sont les tenantes du titre, les Louves de Wolfsburg, qui étaient les mieux placées (8 points d’avance sur le Bayern Munich, à la lutte avec Hoffenheim pour la deuxième place qualificative pour la Ligue des Champions). Les équipières de la joueuse UEFA 2018 Pernilla Harder n’ont pas faibli et Wolfsburg a logiquement remporté un 4e titre consécutif le 17 juin, après 4 victoires en autant de matches.

Les footballeuses n’ont en tout cas pas chômé en Allemagne : le rythme s’annonçait soutenu pour boucler le championnat avant la fin du mois de juin. D’autant plus que la Coupe d’Allemagne a aussi repris : les quarts de finale ont été joués à partir du 3 juin, et la finale verra s’affronter Wolfsburg (pour un nouveau doublé) et Essen le 4 juillet, date prévue pour la finale.

Mais en plus de préparer leur reprise, les clubs ne sont pas restés inactifs sur le marché des transferts pendant la pause. Ainsi par exemple la gardienne polonaise Katarzyna Kiedrzynek a d’ores et déjà annoncé qu’elle rejoindrait Wolfsburg la saison prochaine, en provenance du PSG.

France : l’Olympique Lyonnais titré en mode mineur

L’Olympique Lyonnais a l’habitude de la gagne. Mais la meilleure équipe européenne des dernières années a pourtant dû innover cette année pour "fêter" son 14e titre en championnat de France, décerné alors que la saison s’est achevée prématurément fin avril après les décisions du gouvernement français. La Red Flame Janice Cayman ajoute donc une prestigieuse ligne à son palmarès, malgré les circonstances particulières. Mais qui sait ce qu’il serait advenu si le match au sommet entre l’OL et le PSG (deuxième à 3 points) avait pu se jouer à la mi-mars au lieu d’être une des premières rencontres reportées pour cause de Covid-19. Cela dit, la section féminine de l’AS Saint-Etienne, en D2, nourrit aussi de fameux regrets puisqu’après les calculs au ratio "matches joués/points récoltés", elle loupe la montée pour… 0,04 point (!)

Incertitudes pour la suite

Quoi qu’il en soit, rien n’a encore été fixé pour l’avenir, alors même que la Coupe de France reste en suspens (au stade des demi-finales). Mais les clubs espèrent reprendre l’entraînement à la mi-juin, pour permettre notamment aux clubs encore engagés en Europe (Lyon et le PSG) de se préparer au mieux.

La crise a également un impact sur le mercato, et des joueuses internationales comme la gardienne française Sarah Bouhaddi ou la milieu de terrain allemande Dzsenifer Marozsan qui envisageaient un départ (aux USA ?) vont peut-être revoir leurs plans…

Angleterre : and the winner is… Chelsea !

Game over : la Women’s Super League, absente des terrains depuis mars, a officiellement pris fin lors de la dernière semaine du mois de mai. Les clubs ont pu se tourner vers la prochaine saison pour la préparer le plus sereinement possible. Les décisions sportives ont cependant pris un peu plus de temps… Pendant deux semaines, Manchester City et la joueuse des Red Flames Tessa Wullaert ont pu espérer décrocher le titre puisque City occupait la tête du classement au moment de l’arrêt, avec un point d’avance seulement (et surtout un match joué en plus) sur Chelsea et trois sur Arsenal. Autrement dit rien, quand on sait qu’un tiers des matches restait encore à disputer. Le 5 juin, la Fédération anglaise a tranché : Chelsea coiffe Manchester au poteau, au prorata "nombre de points récoltés / nombre de matches joués". La star australienne Sam Kerr, arrivée il y a quelques mois à peine, décroche donc un premier titre en Europe, puisque Chelsea a récolté 2,6 points par match contre 2,5 pour Manchester City (qui se "console" avec la deuxième place, qualificative pour la Champions League).

Les joueuses de Liverpool sont elles aussi passées par toutes les émotions cette saison : les Reds sont reléguées, tout en ayant joué devant 23.500 spectateurs (record d’affluence) lors du derby contre Everton, disputé pour la première fois à Anfield au mois de novembre. Aston Villa monte en WSL.
 

Italie : c’est fini aussi

Chez les messieurs, le Calcio va reprendre le 20 juin, après de nombreuses discussions. Le sort de la Serie A Femminile, la principale compétition dames, a mis du temps à se dessiner aussi, avant la décision couperet le 8 juin : le championnat s’arrête, sans distribution de titre, près de 3 mois après le dernier match.

Au moment de l’arrêt il restait 6 journées à disputer dans cette compétition où évoluent plusieurs Red Flames, comme Davina Philtjens (Fiorentina, photo ci-contre), Heleen Jaques (Sassuolo) ou encore Ella Van Kerkhoven (Inter). Les joueuses de la Juventus étaient confortablement installées en tête du classement, 9 points devant la Fiorentina et l’AC Milan. La Juve et la Fiorentina, officiellement classées aux deux premières places, joueront la Ligue des Champions la saison prochaine (suite à l’application de critères et calculs serrés défavorables aux Milanaises, selon le fameux "algorithme" qui sera aussi utilisé chez les messieurs en cas d’arrêt définitif). Naples est promu.

Du côté des clubs, certains (ceux toujours amateurs surtout) étaient en tout cas plus enclins à s’arrêter là, notamment à cause des dépassements de budget nécessaires à l’application des mesures (quarantaine, tests réguliers, adaptation des installations…), alors que d’autres comme la Juve ou l’AC Milan se montraient plus optimistes et espéraient tout de même reprendre le chemin des entraînements en juin pour une compétition qui se serait tenue aux mois de juillet et août.

Pays-Bas : le PSV n’est pas champion mais jouera en Champions League

Nos voisines néerlandaises ont été parmi les premières fixées sur leur sort. Comme chez les messieurs, la compétition a été arrêtée, sans titre. Une déception pour le PSV Eindhoven qui occupait la tête du classement avec 7 points d’avance sur l’Ajax. Mais les Belges Julie Biesmans et Sara Yuceil (entre-temps transférée à OHL) et leurs coéquipières héritent tout de même du meilleur ticket vers la Ligue des Champions. Et les clubs peuvent déjà se préparer à la saison prochaine. Les entraînements ont repris au début du mois de mai sur les terrains néerlandais, même si la plupart des joueuses étrangères ont été autorisées à rentrer près de leur famille pendant la crise.
 

Espagne : les Barcelonaises championnes

Même Thibaut Courtois n’y trouverait rien à redire : chez les dames, le FC Barcelone a été sacré champion d’Espagne pour la cinquième fois, et sans sentiment d’injustice de la part des adversaires (les Barcelonaises sont invaincues en championnat, avec la meilleure attaque et la meilleure défense). La Primera Iberdrola, la compétition espagnole féminine, a d’ores et déjà été arrêtée, contrairement à La Liga messieurs dont la reprise est prévue pendant le mois de juin. Une différence de traitement qui n’est pas très bien passée auprès des clubs espagnols, qui espèrent toujours passer au professionnalisme et qui voient là un fameux coup d’arrêt dans leur progression ainsi qu’un manque de considération de la part de la Fédération.

Les Barcelonaises seront qualifiées pour la prochaine Ligue des Champions féminine, en compagnie de leurs dauphines de l’Atlético Madrid et il a aussi été décidé que le championnat espagnol passerait de 16 à 18 équipes, sans descente et avec les promotions de Eibar et Santa Teresa.

La Ligue des Champions, le phare dans le brouillard

Le sort de la plus prestigieuse compétition du football féminin de clubs est longtemps resté incertain, même si la confiance a rapidement semblé de mise. Le comité exécutif de l’UEFA a fini par trancher. Arrêtée alors que les quarts de finale étaient programmés entre fin mars et début avril en aller-retour, la Champions League dames se terminera bel et bien au mois d’août, dans un format modifié et proche de la Ligue des Champions messieurs : un tournoi Final 8 en Espagne. Les matches auront lieu du 21 au 30 août à San Sebastian et Bilbao, selon le schéma prévu des quarts de finale, mais sur un match sec (sans aller-retour). Comme chez les messieurs, les joueuses transférées au mercato ne pourront pas être alignées par leur nouveau club.

Ces décisions auront un impact sur la vie des clubs encore concernés, puisque ce Final 8 sera un tournoi de reprise pour la plupart des joueuses, après une (très) longue période sans matches. Dans quel état de forme et avec quel rythme se présenteront donc des équipes dont la compétition nationale 2019-2020 a été arrêtée très tôt… comme la France par exemple ? Les adversaires doivent déjà y penser : pour mettre fin à l’hégémonie de Lyon, ce sera peut-être l’année ou jamais !

Les quarts de finale :

Atlético Madrid – Barcelone
Lyon – Bayern Munich
Glasgow City – Wolfsburg
Arsenal – Paris Saint-Germain

 

Les interviews de Tessa Wullaert et Katrien Jans (manageuse du foot féminin à la Fédération), invitées de Complètement (pas) Foot :

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