Football amateur : "On pénalise les jeunes... comme si ce virus était leur faute !"

Les décisions des autorités du football amateur font les gorges chaudes. Pour endiguer la prolifération du virus, une partie du monde footeux est à l’arrêt. Ce qui suscite l’incompréhension.

Tempo Overijse, club de D2 amateurs, ce mardi soir. Les visages des jeunes sont tirés : le deuxième entraînement de la semaine de l’équipe Espoirs va débuter. Mais le couperet est tombé une heure plus tôt. Voetbal Vlaanderen, l’aile flamande de la Fédération, a tranché, les matches sont annulés jusqu’à la Toussaint… mais seulement pour les équipes au-dessus des U17. Pour les plus jeunes, tout continue comme avant.

 " On est déçus, et surtout on ne comprend pas… parce que, pour ceux qui ont juste un an de moins, rien ne change " explique Mohamed, le joueur qui met souvent dans le groupe Espoirs de Tempo. " Mais on doit faire avec, la crise sanitaire est prioritaire. Moi, je joue au foot depuis mes 10 ans, je dors et je mange du foot tous les jours. Et ne plus jouer le match du samedi va être un gros manque… On avait déjà été stoppé pendant 6 mois, et maintenant on nous arrête de nouveau ! "

Avant de lancer les premiers ateliers, le coach fait son briefing et demande de rester positif. Les entraînements se poursuivent et on va tenter de trouver des matches… d’entraînement.

C’est ça aussi qui est absurde : en Flandre, on peut continuer à jouer en amical contre des équipes de la région… mais en Wallonie tout s’arrête pour nos catégories " explique André Ngangue, le coach des U19 et ancien joueur du RWDM. " Mais je trouve dommage qu’ils distinguent les jeunes selon leur âge : mon équipe des U19 est juste dans la tranche pénalisée, ce n’est pas leur faute, ce coronavirus. C’est trop drastique, on va tout couper pendant 3 semaines… alors qu’ils sont bien en jambes. Puis après, il faudra reconstruire nos plans de jeu. Qu’on stoppe le foot des adultes, d’accord ; mais si on laisse les jeunes jouer, cela doit valoir pour tous les jeunes ! "

Pourquoi pas à huis clos ?

À Overijse, comme dans beaucoup de clubs, la crise sanitaire a pourtant généré beaucoup de changements. Le club s’est réorganisé : vestiaires et douches fermés, buvette filtrée, testing des joueurs, accès des parents limités aux matches… et port du masque évidemment.

Il y avait une alternative, c’était de jouer les matches à huis clos " reprend le coach. " On sort toujours l’argument des buvettes, qui sont le poumon des clubs. Mais les clubs doivent apprendre à gérer leurs finances autrement, peut-être en payant un peu moins leurs formateurs, chacun doit faire des efforts. Les parents paient des cotisations, laissons ces jeunes vivre leur passion. Pénaliser les jeunes est injuste… et risqué : sans leur foot, les gamins vont se replier sur eux, rester à la maison, centrés sur leur téléphone. On va produire des geeks ! Ce n’est pas la bonne approche : le sport, ça doit d’abord rassembler… "

L’entraînement est lancé, les ballons fusent, les frustrations ressortent. Reste l’avenir.

On ne sait pas quand ni comment la vie va reprendre après ça… " conclut Mohamed. " Mais je n’ai pas peur de ce virus. On a fait les efforts, on a pris les mesures nécessaires. Chez les pros, tout continue comme avant : ils font des tests, ils prennent des précautions…. mais nous aussi ! Pourquoi le sport amateur est le seul pénalisé ? "