Analyse : Un match de football de Pro League dure... 57 minutes

Un raccourci fréquent tendrait à démontrer que c'est le temps perdu en match (les minutes de jeu "non-effectives") qui déterminerait le temps additionnel, et donc, la durée totale d'une rencontre. Mais selon une étude menée par le CIES (l'Observatoire européen du football), les interruptions et le temps perdu relèveraient plutôt de spécificités culturelles. Reste à voir si le football doit faire sa révolution et évoluer vers une prise en compte du temps de jeu effectif...

Pour arriver à ses conclusions, le CIES a analysées les données récoltées depuis le 1er juillet 2019 dans 37 compétitions européennes.

Son rapport démontre notamment que la fluidité du jeu dépend essentiellement de logiques géographiques et culturelles. Ainsi, il ressort que le nombre de fautes (et le temps perdu à cause de ces fautes) tend à être plus élevé dans les championnats du sud et de l'est de l'Europe, que dans les championnats du nord et de l'ouest...

La Süper Lig turque, par exemple, est celle où le temps perdu entre une faute et la reprise du jeu est le plus long (environ 35 secondes, pour une moyenne européenne de 30). C'est en Turquie également que les arbitres ajoutent le plus de temps additionnel : près de 9 minutes en moyenne (!) contre 6 minutes en moyenne dans toutes les autres compétitions.

61,3% de temps de jeu effectif

C'est un poncif maintes fois entendu dans le milieu du foot : "un match dure 90 minutes"... Sur papier, c'est vrai. Dans les faits, pas exactement..

L'étude du CIES démontre, sur les 37 compétitions analysées, que le temps de jeu effectif oscille autour des 61,3 %. C'est en Israël qu'on joue le plus (66,9%) et en Segunda division espagnole qu'on joue le moins (55,9% seulement).

Notre championnat de Pro League pointe à la 9è place (avec 63% de temps de jeu effectif, soit un peu moins de 57 minutes). Ce n'est donc pas sur nos terrains que le jeu est le plus haché en Europe...

Autre constat intéressant, il n'y a pas de corrélation directe entre le pourcentage de temps de jeu effectif et la durée totale des matchs. En d'autres termes, le temps perdu en match ne se répercute pas automatiquement en fin de rencontre. Ce qui pourrait inciter certaines équipes (soit en difficulté et voulant briser le rythme de l'adversaire, soit menant au score et voulant gagner du temps) à perturber le rythme du jeu... sachant que le temps perdu n'influence pas directement le temps additionnel !

Les sorties de balle, principales responsables du temps perdu


La principale raison des arrêts du jeu est tout simplement...quand la balle ne se situe plus dans l'aire de jeu. En moyenne, pour les 37 compétitions analysées, cette situation représente un peu plus d’un cinquième du temps total du match (19,9% du temps, dans notre championnat de Pro League).

Dans ce cas aussi, les différences entre les compétitions sont assez marquées, avec des valeurs variant entre près de 25% dans la Premier League anglaise ou la Premiership écossaise et moins de 18% dans la Ligat ha’Al israélienne ou la Serie A italienne.

Il est possible ici d'établir statistiquement une corrélation entre la proportion de temps d'arrêt due à une sortie de balle et la durée moyennes des passes effectuées. Très logiquement, avec un jeu de passes courtes, le risque de sortie est plus faible, et donc le temps de jeu effectif plus élevé. Avec un jeu de passes longues, c'est l'inverse.

Ainsi, par rapport à la durée moyenne des passes, le temps perdu est particulièrement élevé en Angleterre, à la fois en Premier League et en Championship, et en Italie. Ce résultat reflète une dimension culturelle selon laquelle les joueurs des clubs de ces pays ont plus tendance à prendre leur temps avant de remettre le ballon en jeu.

Les fautes, deuxième motif de temps perdu


Les fautes constituent la deuxième raison la plus importante pour interrompre le jeu. En moyenne, elles représentent 14,8 % du temps total de match dans les 37 compétitions couvertes par l’étude.

Les différences entre les différents championnats sont assez remarquables. En effet, les valeurs varient entre près d’un cinquième dans la Super League grecque (19,0%) et un peu plus d’un dixième dans l’Eredivisie néerlandaise (11,5%). Dans notre championnat de Pro-League, 13,8% du temps de jeu relève de séquences de fautes.

En terme de nombre de fautes commises, la moyenne la plus élevée (35,6 !) se constate en Serbie, la plus basse en Premier League anglaise (21,5), ce qui s'explique, entre autres, par un arbitrage traditionnellement plus "permissif". La moyenne belge est de 26,6 fautes par match, soit en-dessous de la moyenne européenne (28).

En moyenne, une faute entraîne un temps d’arrêt de 30,6 secondes. Dans ce cas aussi, les différences entre les compétitions sont importantes. Aux extrémités, la reprise du jeu après une faute s'avère particulièrement lente en Turquie (35,1 secondes), en Espagne, ainsi qu’en Angleterre, alors qu’elle est particulièrement rapide dans les premières divisions biélorusse (25,5 secondes), serbe, suédoise et israélienne.

Vers la prise en compte du temps de jeu effectif ?

On l'a vu, un des constats intéressants de l'étude du CIES est l’absence de corrélation entre le temps de jeu effectif et la durée totale des matchs. Cela signifie donc que la fluidité du jeu n’a qu’une petite influence sur le choix des arbitres d’ajouter, ou non, du temps supplémentaire. Les écarts observés entre les pays sont donc plus liés aux traditions nationales qu’à une prise en compte réelle du rythme fixé par les joueurs pendant les matches.

La question d'un transition vers un temps de jeu effectif (de mise dans certains autres sports) s'est déjà posée à plusieurs reprises. La formule a ses partisans et ses détracteurs. Mais vu que, chiffres à l'appui, les interruptions de jeu ne sont que partiellement compensées par du temps additionnel, une telle révolution risquerait de donner un avantage supplémentaire aux équipes dominantes. Et de creuser encore davantage le fossé entre les riches et les pauvres...

 

 

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK