Eden Hazard... son coeur, ses racines

Eden Hazard en famille au Bernabeu
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Eden Hazard en famille au Bernabeu - © GABRIEL BOUYS - AFP

Hennuyères, Henripont, Ronquières, Steenkerque, Petit-Roeulx-lez-Braine... patelins d’un même grand village, celui de Braine-le-Comte. Terres de Hainaut mais pas comme tout le monde l’entend. Pas ce Hainaut si sinistre dépeint grossièrement par les chagrins. Bien sûr le centre urbain n’est pas le plus réjouissant de Belgique mais en s’écartant un peu dans la campagne on y trouve un Hainaut vert, aéré. Une région qui, certes, souffre économiquement mais qui vit à son rythme. Nous sommes au pays d’Eden.

Brainois toujours...

Braine-le-Comte. C’est dans cette ville de plus de 20.000 habitants que les Hazard vivent depuis toujours. Enfin presque, car des générations de Hazard ont d’abord vécu à Braine-L’Alleud, quelques kilomètres plus loin dans le Brabant Wallon. C’est Roger, l’arrière-grand-père d’Eden, qui vient s’installer au début du 20e siècle à Braine-le-Comte non loin de la Grand-Place. En bordure de cette nationale qui coupe la ville et file entre Bruxelles et Mons. Cette Grand-Place où la balle pelote prend ses droits quelques fois par an. Celle où le kiosque à musique vient enjoliver le parking adjacent. Celle où le marché du jeudi anime la vie brainoise. La maison communale rénovée, la bibliothèque y sont installées au milieu de quelques cafés et commerces. A quelques centaines de mètres à vol d’oiseau, on y trouve le Stade du "Sans-fond", la terre d’accueil du Stade Brainois. Les racines de la famille Hazard.

C’est donc là sur ce pré, que tout a commencé. Dans ce petit stade bordé par une minuscule tribune vieillie par le temps. Eden, puis Thorgan, Kylian et même Ethan y ont tapé des centaines de frappes, tenté des centaines de dribbles, du matin au soir... dès les devoirs terminés. Aujourd’hui les gamins, les "Hazard Boys", se sont unis au papa désormais à la tête de son club de cœur. Unis pour développer leurs projets communs et rendre ce que, petits, ils ont reçu. Du Hazard tout craché.

Et hop...

Pour Eden, fouler la pelouse du "Sans-Fond"... c’est simple, basique. Pas besoin de voiture pour y aller, ni même de trotinette... Il n’y avait qu’à franchir la barrière du jardin de la maison familiale, qui jouxte le terrain. Hop, un bond et un ballon... le bonheur était là. Un bonheur initié par des parents enseignants (profs de gym) et footballeurs eux-mêmes. Thierry et Carine avaient été réunis par la passion du ballon. Comment ne pas transmettre cela à leurs enfants.

Transmettre le virus du sport, du foot mais aussi les valeurs familiales véhiculées par plusieurs générations. Pour comprendre les liens Hazard, il faut remonter à Francis, le grand-père d’Eden et papa de Thierry. Carreleur, il tenait un commerce sur la Grand-Place et adorait le sport. Avec Nicole, sa femme, ils élèvent 5 enfants. La plupart, comme Thierry, n’ont jamais quitté le nid brainois. Tous sont attachés à la terre, à leur terre.

Eden a baigné dans un univers sportif permanent. Le ballon était toujours là, en dessous de la table, à portée de pied. On connait la suite de l’histoire pour le capitaine des Diables : Braine, Tubize, Lille, Chelsea et aujourd’hui le plus grand club du monde. Du maillot blanc de Braine au maillot blanc de Madrid... trajectoire aussi pure que la couleur de ce tissu tant adoré par Eden et ses frères.

Attachement viscéral

Et si Eden reste si attaché à Braine où il repasse chez les parents dès qu’il revient au pays, l’inverse est vrai aussi. Braine et ses habitants sont attachés aux Hazard. Symbole certes de la réussite mais aussi symbole d’humilité.

Tous ceux qui ont connu Thierry et Carine avant que la gloire ne tombe sur leurs fils. Tous ceux qui ont connu Eden ou Thorgan petits... Tous vous diront sensiblement la même chose :

 ils n’ont pas changé, ... ils sont restés les mêmes

Pas de grosse tête, pas de changement de vie... au contraire les parents vivent toujours dans la même maison, la maman travaille toujours comme prof. Les enfants sont toujours heureux de rentrer. C’est cela aussi la réussite !

Les pieds bien ancrés dans la réalité... dernier exemple en date... lors de son discours d’intronisation au Real. Eden remercie la famille présente à Madrid à ses côtés et salue sa femme et ses 3 enfants, restés à Londres car... "il y a l’école !" Ne jamais s’écarter du bon chemin.

Mon "Homme du match"

En équipes de jeunes, que ce soit à Braine ou à Tubize (entre 10 et 14 ans), ce qui aura frappé c’est évidemment le talent du gamin mais surtout le plaisir du jeu qui l’animait... rien ne comptait plus que cela aux yeux d’Eden. Et c'est toujours pareil aujourd’hui. Il le dit, il le répète sans cesse. Le plaisir avant tout... plus qu’un trophée remporté. A l’image de ce soir d’été 2016 à l’Euro en France. La Belgique bat la Hongrie en 1/8e de finale. Eden est éblouissant. Il prend son pied, il marque... et est désigné homme du match par l’UEFA. Comme de coutume, je le reçois pour la RTBF dans notre studio quelques minutes plus tard. L’interview se passe, sourire aux lèvres, et à la fin de celle-ci je lui parle de ce trophée "Man of the Match" qu’il vient de recevoir et qu’il contemple. Il s’amuse :

Tu le veux ? Je lui réponds : Tu rigoles ? Non, non… prends-le, j’en aurai d’autres ! "

conclut-il dans un clin d'œil complice. Le trophée est désormais précieusement gardé chez moi... Qui d’autre que Eden peut faire cela ?

Hazard Village

Une autre anecdote illustre parfaitement l’homme qu’il est. Je me souviens du retour de Russie après la Coupe du Monde. Je suis rentré dans la nuit avec les joueurs avant les festivités à Bruxelles. Le Palais Royal, le trajet en bus, et le balcon de l’hôtel de ville qu’Eden anime avec brio...

Waar is da feestje ? 

Les pavés de la plus belle Grand-Place du monde en tremblent encore de plaisir. Images de jouissance collective pour l’éternité.

Je reçois alors un message de Braine-le-Comte : 

Vincent… viens nous rejoindre pour le retour des frangins au village

Le village, c’est "le Hazard Village" qui pendant le mondial a accueilli, à l’initiative de Thierry le papa et de la Commune, un écran géant et du même coup des milliers de gens.

Eden et son frère Thorgan vont, après des heures et des heures de fatigue, clôturer leur folle journée à Braine où les attendent près de 3.000 supporters locaux et des environs.

J’y vais et l’accueil est incroyable. Aussi beau, aussi chaleureux que sur la Grand-Place de Bruxelles. Sans doute plus beau encore pour Eden, car c’est chez lui. Et là après le podium, les honneurs... le joueur prodige et son frangin vont rester debout... une heure durant... à signer des autographes et se faire prendre en photo avec tous les bénévoles du village.

A l’image du bonhomme, de la famille... simplement, avec bienveillance et générosité. C’est de tout ça dont je me souviendrai quand Eden soulèvera un jour la coupe aux "grandes oreilles" de la Champions League et le "Ballon d’Or".

C’est de tout ça dont rêvent les Brainois !

 

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