Des mesures sanitaires inapplicables pour de nombreux clubs sportifs amateurs

L’annonce du Conseil National de Sécurité d’autoriser la reprise du sport en extérieur par groupe de vingt personnes maximum a suscité de grands espoirs chez les sportifs amateurs. Mais sur le terrain, on constate que de très nombreux clubs de football, de hockey, de foot américain, de rugby, etc. restent fermés. 

Pour des structures bénévoles, il est très compliqué de mettre en œuvre les mesures de précaution sanitaire imposées par le CNS. Nous avons pu nous en rendre compte en visitant les installations du Football Club Molenbaix (dans l’entité de Celles) dont l'équipe première évolue en Provinciale 1 hennuyère et où recense environ 200 affiliés. Visite effectuée en compagnie du vice-présent Jean-François Hempte.

Jean-François, on commence notre visite dans l’un des vestiaires du FC Molenbaix. Il est vide, il y a de l’écho… c’est difficile à vivre pour le dirigeant que vous êtes ?

" Oh oui ! Tout footballeur qui se respecte connaît l’atmosphère si particulière d’un vestiaire. Alors, voir celui-ci tout vide et tout sombre, ça fait bizarre… "

On longe la cafétéria désespérément fermée et on découvre votre terrain principal, très vert. Vous continuez à parfaitement l’entretenir, semble-t-il !

" En effet ! Pour nous, dans nos têtes, la reprise se déroulera mi-juillet. On fait donc comme si de rien n’était… même si j’ai des craintes pour cette reprise. Il risque d’y avoir un nouveau report mais on avance en se fixant cette date-là. "

Comme tout le monde, vous craignez une nouvelle période de confinement, c’est ça ?

" Oui, surtout que les commerces viennent seulement de rouvrir. Il est encore trop tôt pour affirmer que la pandémie de Covid-19 continue de diminuer ou repart de plus belle. On attend mais j’espère que la reprise se fera normalement en juillet. "

Nous nous sommes concertés avec de nombreux clubs amis de la région. Et unanimement, nous avons décidé de ne pas relancer les entraînements. Nos infrastructures ne sont pas équipées pour répondre aux exigences du CNS.

Le Conseil National de Sécurité a pourtant autorisé dès maintenant la reprise, dans des conditions bien claires. Pourquoi avoir pris le parti de ne pas recommencer à Molenbaix ?

" Nous nous sommes concertés avec de nombreux clubs amis de la région. Et unanimement, nous avons décidé de ne pas relancer les entraînements. Tout d’abord, parce que nos infrastructures ne sont pas équipées pour répondre aux exigences du CNS. Et puis, il est impossible d’y faire respecter les normes de distanciation sociale. La santé de nos adhérents est en jeu et on ne veut prendre aucun risque. Énormément de joueurs et de parents étaient demandeurs. On a reçu beaucoup de demandes via les réseaux sociaux. Mon propre fils joue ici. En tant que papa, je comprends que les parents cherchent des occupations pour leurs enfants, histoire de les faire respirer dans un autre environnement que la maison et histoire de respirer eux-mêmes un peu… "

Les parents comprennent-ils votre décision de ne pas recommencer ?

" Oui, oui, c’est clair aux yeux de tout le monde. On ne veut pas prendre de risques et on préfère attendre sagement la saison prochaine. De toute façon, si le coronavirus n’avait pas perturbé les championnats de foot, nous serions en ce moment en pleine fin de saison. Si on avait décidé de reprendre, on aurait donné la priorité aux adultes car ils étaient vraiment demandeurs. Mais après concertation, les membres du comité étaient tous d’accord pour dire que le club n’est pas équipé pour assurer les normes de sécurité. "

Pas de contact, respecter les distances… On aurait assisté à des séances d’athlétisme mais pas de football ! A notre échelle, il est par exemple inimaginable de désinfecter tous les ballons entre chaque entraînement.

D’ailleurs, avec ces normes, il aurait été compliqué de donner de vrais entraînements de football ?

" Ça ne pouvait clairement pas être une pratique classique du foot. Pas de contact, respecter les distances… On aurait assisté à des séances d’athlétisme mais pas de football ! "

Vous imaginez-vous en train de désinfecter tous vos ballons entre chaque entraînement ?

" Non. A notre échelle, c’est impossible. C’est quelque chose que je n’imagine même pas. "

Nettoyer les ballons, installer des cônes supplémentaires… Votre décision n’a rien à voir avec de la fainéantise ?

" Bien sûr que non ! En tant que dirigeant, je ne m’occupe pas de ce qui se passe sur le terrain. Ce sont les entraîneurs et les différents staffs qui gèrent tout ça. Mais ce n’est pas de la fainéantise. C’est juste l’envie de ne prendre aucun risque. "

De très nombreux clubs ont fait le même choix que vous. Cela vous rassure-t-il ?

" Ça nous réconforte, oui. Même si un petit club comme le nôtre met énormément de vie dans le village, ça rassemble les gens. On aimerait que la situation soit différente mais ça nous rassure de constater qu’une majorité de clubs vont dans la même direction et préfèrent attendre. "

Paniquez-vous pour l’avenir ?

" Pour le moment, on ne panique pas. Le FC Molenbaix vit bien, il est géré en bon père de famille. En revanche, l’année prochaine sera peut-être plus délicate. On a pas mal de sponsors, on organise pas mal d’évènements parallèles qui fonctionnent très bien… Mais en 2021, les sponsors nous suivront-ils toujours ? Si ce n’est pas le cas, nous aurons des rentrées d’argent en baisse. Impossible de calculer maintenant et de prévoir l’avenir. On verra comment la crise va évoluer. "