Cocaïne, mafia, insultes et fraude fiscale : Maradona le sulfureux vers une longue descente aux enfers

Diego Maradona nous a quittés ce mercredi 25 novembre 2020. Il laisse l’Argentine orpheline de son Dieu, et les fans de football vides d’un joueur qui aura enchanté le football comme personne. Sa vie a été faite de hauts, avec une Coupe du monde 1986 à son compteur et des titres de champion d’Italie avec Naples, mais aussi de bas. L’homme est tombé dans le stupre, la drogue, la nuit, la fraude et n’en est jamais ressorti.

"Sais-tu quel joueur j’aurais pu être si je n’avais pas connu la cocaïne"?

"Sais-tu quel joueur j’aurais pu être si je n’avais pas connu la cocaïne ?" Cette phrase, prononcée par Diego Maradona dès la bande-annonce du film d’Emir Kusturica "Maradona by Kusturica" laisse songeur. L’histoire du génie argentin est indissociable de la poudre blanche, cette crasse addictive qui l’a traîné vers les bas-fonds. La cocaïne, Diego Maradona en fait la rencontre lors de son arrivée à Barcelone. Nous sommes en 1982 et Diego découvre la vie loin de son Argentine natale. Alors que ses prestations sur le terrain sont discutées et qu’il passe des mois à l’infirmerie à la suite d’un tacle crapuleux d’Andoni Goikoetxea, le joueur de l’Athletic Bilbao, il trouve naïvement refuge dans la nuit et ses plaisirs dangereux, et met le doigt dans un engrenage duquel il ne pourra plus jamais se retirer.

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"Savez-vous ce qu’est la Camorra ?"

Après deux saisons passées au Barça, qu’il quitte après une bagarre généralisée en finale de Coupe du roi face à l’ennemi de l’Athletic Bilbao, Diego Maradona prend la direction de Naples. Destination curieuse pour les spécialistes, qui ne comprennent pas ce que l’un des meilleurs joueurs du moment s’en va faire dans la ville la plus pauvre d’Italie, dans un club qui n’a jamais joué les premiers rôles dans le Calcio. Dans le documentaire de HBO consacré à l’Argentin, une scène emblématique est racontée et elle amorce toute la problématique autour de ce transfert. Elle se passe lors de la conférence de presse d’introduction de Diego Maradona. "Savez-vous ce qu’est la Camorra ?" demande un journaliste au joueur. Le président napolitain Corrado Ferlaino s’emporte face à cette question pleine de sous-entendus. Un grand fantasme est né au sein de l’opinion publique autour de cette interrogation : "comment la ville la plus pauvre d’Italie peut-elle attirer le joueur le plus cher du monde ?"

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Le raccourci avec la mafia napolitaine est vite fait. Maradona lui continue à consommer régulièrement de la cocaïne, qu’il se fournit auprès de la pègre locale. En échange, les contrôles antidopage sont curieusement cléments, certains médecins étant soudoyés pour fermer les yeux ou pour inverser les flacons d’urine par inadvertance. Un jeu de dépendance s’installe entre l’un et l’autre, si bien que la bande organisée fera par moments chanter l’Argentin, l’amenant dans une lente descente aux enfers. Le point de non-retour entre Maradona et Naples sera atteint lors de la Coupe du monde 1990. L’Argentine élimine l’Italie de "son" tournoi à Naples en demi-finale, Maradona inscrivant l’un des tirs au but décisifs. De là, la relation déjà vacillante avec les camorristes va partir en vrille, et l’épilogue aura lieu en 1991. Le 17 mars, lâché par tout son petit monde, Diego est contrôlé positif à la cocaïne et écope d’une suspension de 15 mois.

"Je suis traité comme le pire des criminels"

La Camorra lui tourne le dos, le club de Naples se distancie du joueur. Il finit par quitter la ville éruptive par la petite porte, sans s’être départi de ses démons en poudre et ne retrouvera plus jamais le niveau qui était le sien jusqu’alors. Après un bref passage au FC Séville, le joueur joue la carte du repenti pour réintégrer l’Albiceleste en vue de disputer la World Cup 1994. Il admettra plus tard dans un sourire que le match de barrage pour accéder à la phase finale contre l’Australie était biaisé : "on a bu un café qui nous a fait courir plus longtemps". Lors de la phase finale, il marque face à la Grèce puis dispute son dernier match face au Nigéria. Il est contrôlé positif à l’éphédrine, même si un cocktail de cinq produits différents sera retrouvé dans son test. L’alcool et la cocaïne continueront de dicter sa vie, provoquant chez lui obésité et dépression dans un feuilleton macabre que chacun constatait tristement.

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Durant sa période napolitaine, Diego Maradona est également accusé de ne pas s’acquitter de l’impôt sur le revenu. Après sa carrière, l’Argentin est condamné à payer 37,2 millions d’euros, dont 23,5 millions d’intérêts de retard. "Je ne dois rien, bien qu’étant innocent, je suis traité comme le pire des criminels" argumentera-t-il. Il ira même jusqu’à se faire saisir sa montre et ses boucles d’oreilles lors d’un passage furtif en Italie.

Le reste de l’histoire, c’est encore de la déchéance : un Maradona sur son trône en train de coacher son équipe de Gimnasia la Plata et régulièrement alimenté en poudre blanche par son staff. Un Maradona sélectionneur qui qualifie de justesse l'Argentine pour la Coupe du monde 2010 et s'emporte contre les journalistes : "sucez-la moi, vous pouvez continuer à me la sucer!" en réponse aux critiques faites à l'encontre d'une Albiceleste sans idées. Un Maradona en surpoids à bout de souffle, la voix éraillée, suant à grosses gouttes lors de ses dernières apparitions télévisées. Reste le sentiment étrange que tous les fans de football ont assisté, impuissants, au lent crash d’un homme qui a volé trop haut dans l’imaginaire des gens et que, malgré ses innombrables excès, l’on croyait intouchable. Et si c’était ça, être une légende ultime ?

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