Christian Kabasele : "Des emojis de singe ou de banane, c'est inacceptable"

L’affaire a choqué outre-Manche et bien au-delà. Un jeune garçon de… 12 ans a été interpellé dimanche après avoir proféré des insultes racistes via les réseaux sociaux à l’adresse de l’attaquant de Crystal Palace Wilfried Zaha. Quelques heures avant d’affronter Aston Villa, le buteur ivoirien a reçu ce message haineux de la part de ce jeune "supporter" adverse : "Tu ferais mieux de ne pas marquer, c***ard de noir, ou je viendrai chez toi habillé en fantôme", ce dernier terme faisant référence à une photo de la tenue du Ku-Klux-Klan qui accompagnait le message.

Ces termes d’une violence inouïe ont bien sûr choqué Christian Kabasele. Le Diable rouge, actif depuis 2016 à Watford, a lui-même déjà dû faire face à ce genre de propos racistes, et a déjà dénoncé à plusieurs reprises le laxisme dont font preuve les réseaux sociaux à cet égard. Mais ce qui apporte encore une autre dimension à cette affaire, c’est évidemment l’âge de l’auteur de ce message de haine. Un garçon de 12 ans qui poste ce genre de message, c’est interpellant.

Christian Kabasele : "C’est très choquant. Un gamin de douze ans qui attaque une personne sur les réseaux sociaux, comme ça, sans raison ! Quand il y a une "raison", une action au cours d’un match, c’est déjà inacceptable, mais là, le match n’avait même pas débuté. Envoyer ce message à Wilfried Zaha, c’est juste dégoûtant."

A 12 ans, c’est avant tout un problème d’éducation ?

"Oui, bien sûr. Il a dû entendre quelqu’un de sa famille avoir ce discours, parler de cette manière, lui montrer des images, ou lui raconter des histoires par rapport aux gens de couleur, parce que quand on a douze ans, envoyer ce genre de propos, aussi forts et violents, on ne fait pas ça tout seul. Quelqu’un a dû lui répéter ça des milliers de fois pour qu’il l’inscrive dans son cerveau et qu’il passe ensuite à l’acte."

Vous avez déjà été confronté à ce genre de messages violents sur les réseaux sociaux ?

"Oui, ça m’est arrivé plusieurs fois. La seule différence, c’est que moi il y avait une "raison" derrière, il s’était passé quelque chose au préalable, lors d’une action de jeu. Récemment, j’ai encore défendu mon capitaine qui a été victime d’insultes racistes. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, ça continue d’exister et, malheureusement, tant que les réseaux sociaux ne prendront pas les bonnes mesures, ça continuera d’exister."

Comment avez-vous réagi à ces messages ?

"J’ai rapporté ces messages haineux, ces insultes, à toutes les plateformes concernées, mais malheureusement ça n’a pas eu d’effet. Par curiosité, je suis allé voir si les profils étaient toujours actifs. Un an après les faits, ils le sont toujours. Ça prouve qu’il y a un très gros problème avec les plateformes. Elles doivent être plus strictes envers ce genre d’action. Il est inacceptable qu’une personne envoie des emojis de singe ou de banane à une personne de couleur et puisse ensuite continuer à employer ce même réseau social."

Et il est bien sûr impossible de se blinder par rapport à ça…

"Oui, parce que ça me touche. On me rabaisse au rang d’un animal. C’est très blessant. J’ai des enfants, et je me dis qu’un jour eux aussi seront peut-être victimes de ce genre de choses. C’est pour ça aussi que je suis aussi touché. Mais je réagis toujours de la même façon : je rapporte les abus et puis j’essaie de tourner la page et de continuer à avancer malgré tout."

Un gamin de 12 ans qui fait ça, ça veut dire qu’il faut éduquer les enfants, mais aussi peut-être d’abord les adultes…

"C’est la base de tout. Quand vous voyez comment certains adultes s’expriment, parfois ! En disant par exemple qu’on va dans leur pays pour voler leur travail, leur maison ou je ne sais quoi. C’est totalement faux. Certains sont obligés de quitter leur pays juste pour survivre, et ça, même certains adultes n’en ont pas conscience. Il faut leur expliquer, même si c’est plus compliqué de faire changer un adulte d’avis. Mais c’est avant tout aux enfants qu’il faut parler. Il faut continuer à les éduquer et leur apprendre qu’il faut essayer de cohabiter dans un respect mutuel."

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK