Attrape-t-on le Coronavirus en jouant au football ?

Mignolet était positif au moment de cette étreinte avec Raskin, positif quelques jours plus tard
4 images
Mignolet était positif au moment de cette étreinte avec Raskin, positif quelques jours plus tard - © BRUNO FAHY - BELGA

Ceci n’est pas un article scientifique, mais une réflexion, un billet d’humeur, quelques pensées couchées sur papier par une citoyenne ordinaire. A la fin de celui-ci, vous n’aurez pas la réponse à la question posée dans le titre. Mais des éléments pour ouvrir ce débat : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Pourquoi autant de cas dans le football ?

Les jours se suivent et se ressemblent. Les cas de Covid fleurissent dans le monde du football (sans chiffres précis, mais nous sommes tous suffisamment assommés par ceux-ci pour devoir encore en ressortir), comme dans le reste de notre société. Souvent asymptomatiques, les footballeurs sont testés plusieurs fois par semaine et c’est en partie ce qui explique le fait qu’il y ait de nombreux cas comptabilisés.

Autre explication, contrairement aux joueurs et joueuses de tennis, de basket en NBA, les cyclistes pendant les grands Tours, les joueurs ne vivent pas en isolement du reste du monde. Censés respecter les règles imposées dans le pays dans lequel ils évoluent, ils peuvent garder des contacts avec l’extérieur et sont donc forcément plus exposés que les sportifs isolés.

Autre piste, le football reste un sport de contacts, le risque de transmission sur un terrain est bel et bien présent. Nous étions interpellés il y a quelques semaines lorsque la Pro League se basait sur une étude néerlandaise disant que le risque de transmission du Covid 19 durant une rencontre était "quasi nul" qu’il n’y avait donc aucun souci à se faire sur les terrains. Certes, les repas, les trajets en cars, etc semblent plus propices à la transmission telle que les experts la décrivent mais les effusions de joie, les discussions houleuses tête contre tête, nous semblent, à nous citoyens ordinaires, pouvoir également représenter un risque.

Les réactions ont d’ailleurs été nombreuses à la suite des contacts rapprochés partagés par les joueurs de Bruges à la suite de l’arrêt décisif de Simon Mignolet face au Standard. D’autant que le Belge était en réalité positif au Coronavirus au moment de la rencontre, tout comme plusieurs de ses coéquipiers. Et ce mercredi, cette photo très rapprochée de Simon Mignolet et Nicolas Raskin interpelle à son tour. Trois joueurs du Standard viennent d’être testés positifs, alors qu’ils ont été en contacts avec les Brugeois.

Admettre que l’on ne sait pas, réduire les risques

Alors oui, ces contacts rapprochés peuvent interpeller certaines personnes, alors que cela en rassure d’autres… Comme une sorte de semblant de normalité apparente. Dans tous les cas, aucun de nous ne peut dire si Nicolas Raskin, Michel-Ange Balikwisha et Moussa Sissako l’ont attrapé lors du match face à Bruges ou pas. On ne sait pas. C’est sans doute l’une des choses les plus difficiles à reconnaître en cette période trouble, beaucoup de questions demeurent sans réponse et tirer des conclusions, prendre des décisions devient bien plus compliqué que d’ordinaire.

Par contre, même en continuant à jouer au football, ne faudrait-il pas tenter de réduire au maximum les contacts sur le terrain ? Eviter les effusions après les buts, garder la distance d’1,5 m autant que possible ? Tout cela était censé être de rigueur au retour du football après le confinement, et on a quelque peu l’impression que ces mesures se sont un peu perdues dans les méandres des stades. Loin du désir d’être moralisateurs mais pour la sécurité des joueurs, celles des autres, mais aussi pour la valeur de l’exemple. Cette dernière est parfois pesante sur les épaules des "célébrités" mais n’est-elle pas primordiale en temps de crise ? Continuer à joueur au foot en faisant quelques adaptations, en limitant les risques est peut-être la seule manière d’éviter que tout le football ne soit de nouveau à l'arrêt.

Une chose primordiale dans ce processus: il faudrait que les résultats des tests effectués le matin des rencontres soient connus avant que ces rencontres ne soient disputées. Le fait que cela ne soit pas encore le cas est assez interpellant. 

Arbitrage entre santé et besoin de se distraire

Finalement, dans le sport comme pour l’Horeca, les écoles, la culture, il y a des arbitrages qui doivent être faits entre santé physique et besoin de se distraire, de se cultiver, de nouer des contacts. Ces arbitrages ne semblent/ ne sont pas toujours justes. Ils semblent parfois contradictoires même. Mais il faut bien reconnaître qu'avec autant de points d'interrogations, ils doivent être très compliqués à réaliser. 

Lors du confinement au printemps dernier, le sport, même à la télévision a manqué cruellement aux passionnés. Faut-il dès lors faire tout pour le préserver autant que possible ? Faut-il conserver du public dans les stades à tout prix ? Même en tout petit nombre ? Tout cela alors que le risque zéro n’existe pas… que les hôpitaux commencent à être débordés ? Il est très difficile de se positionner. Voire impossible. Et c'est d'ailleurs pas notre rôle. L’arbitrage n’est pas aisé, il faut dès lors éviter de dépasser les limites de la décence : mais où placer ces limites ?

Où placer les limites ? Pistes de réflexion

Nous ignorons totalement où placer les limites concrètes avant de dire stop au foot, ou à d’autres sports d’ailleurs. Des pistes émergent cependant assez naturellement de cette réflexion.

La santé publique devrait toujours primer : si le football devenait un vecteur privilégié de transmission du virus, et que ces contaminations avaient des implications sur le nombre de cas dans le pays et donc sur l’engorgement des hôpitaux, la surcharge de travail des médecins, alors il faudrait sans doute réévaluer la situation.

Si la capacité de testing est limitée et que les sportifs passent avant d’autres citoyens pour pouvoir pratiquer leur sport, il faudrait probablement remettre ce système en questions.

Si l’intérêt économique passe avant l’intérêt sociétal et sanitaire.

Si la santé des joueurs est mise à mal.

En bref, le sport, le football, doit rester un bon moyen d’évasion de distraction mais ne doit pas, ne peut pas passer avant l’intérêt collectif. Le Coronavirus se transmet-il en jouant au football ? Sans doute, tout comme dans des tas d’autres situations. Dans quelle mesure ? Impossible de le dire pour l’instant. Il faudra donc composer avec les éléments connus pour les prises de décisions dans les semaines à venir. Et ils sont peu nombreux. En attendant, profitons-en pour vibrer au maximum devant nos clubs préférés, devant la beauté du sport et espérons que la tempête passe avant les échéances de l’été prochain.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK