Aline Zeler au Sporting de Charleroi : "Je ne m'interdis rien, même d'entraîner l'équipe messieurs !"

"J'en ai connu des clubs et des terrains en Belgique et pourtant, celui-ci, je découvre !" C'est avec un grand sourire et une envie débordante qu'Aline Zeler prend ses marques au Sporting de Charleroi. Du haut de toute son expérience (neuf titres de championne de Belgique, dont sept avec le Standard et un avec Anderlecht, deux saisons au PSV Eindhoven, 111 sélections avec les Red Flames dont elle était la capitaine à l'Euro 2017 notamment…), l'ancienne joueuse veut amener les dames carolos un cran plus loin, et "bousculer les choses", comme l'a promis également Mehdi Bayat la semaine dernière à l'annonce de l'arrivée de sa nouvelle coach.

Et si elle ne prendra officiellement le noyau en mains que dans quelques semaines (l'entraîneur actuel, Philippe Venturoso, restant en place pour les playoffs), Aline Zeler a déjà commencé à travailler dans les coulisses de son nouvel environnement : "Je crois que le message qu'on a fait passer la semaine dernière avec Mehdi a payé. On a dit qu'on voulait sortir des filles de leur zone de confort, des filles déjà bien installées dans les clubs belges. On a déjà contacté une quinzaine de joueuses et il y en a déjà quatre ou cinq qui ont confirmé. Des filles d'Anderlecht ou du Standard…"

Composer un effectif compétitif et suivre l'exemple néerlandais

L'ancienne joueuse, figure de proue aussi de l'évolution du foot au féminin dans notre pays ces 20 dernières années, est évidemment arrivée avec son carnet d'adresses, et quelque part aussi son "aura" d'ancienne capitaine des Red Flames. Elle en est d'ailleurs toujours la (co)recordwoman de sélections (Janice Cayman l'a rattrapée au début du mois d'avril et devrait donc la dépasser lors des prochaines rencontres de l'équipe nationale). "Je me suis permise de lire un peu les réactions des filles de l'effectif actuel depuis mon arrivée. Elles sont reconnaissantes, mais aussi un peu stressées apparemment. Ça les a peut-être boostées, je l'espère en tout cas, parce qu'elles ont gagné la semaine dernière à Woluwé. Il faut mouiller son maillot et montrer ce qu'on vaut. C'est important pour moi."

Pour l'instant, Aline Zeler observe. Elle a avalé des heures de vidéos des matches joués cette saison par les "Zébrettes", et a donc d'ores et déjà commencé à affiner ses priorités pour 2021-2022. L'objectif étant de pouvoir boucler l'effectif dès la fin de la saison actuelle. "C'est sûr que certaines filles ne pourront pas rester, en fonction des profils que moi je recherche. Mais j'insiste sur la communication, très importante pour moi : on ne laissera pas tomber ces joueuses, l'important sera de leur parler une par une et de les diriger vers le niveau qui leur convient le mieux et où elles pourront s'épanouir. En tout cas ici je veux vraiment changer la méthode de préparation, amener l'adrénaline, la grinta, ce que moi j'ai connu de mes deux ans aux Pays-Bas, tout en respectant évidemment aussi les corps et les rythmes des joueuses."

Les Pays-Bas, le mot est lâché. L'exemple "oranje" a profondément marqué la joueuse. Même si elle a roulé sa bosse dans les meilleurs clubs belges, ses deux saisons au PSV semblent clairement servir de socle de travail à la toute fraîche entraîneuse. "Oui, on veut un peu copier cet esprit hollandais, il n'y a pas de gêne à le dire. Les Pays-Bas sont quand même la troisième nation au niveau de l'UEFA… L'ambition fait clairement partie du vocabulaire d'Aline Zeler, même si elle va découvrir avec Charleroi le rôle de coach d'une équipe A de club. Un rôle qui ne l'effraie pas le moins du monde. "En tant que capitaine, j'étais vraiment le relais parfait du coach sur le terrain, que ce soit au Standard, à Anderlecht, ou à Saint-Trond. Et ma formation d'enseignante, la pédagogie liée à ce métier de prof d'éducation physique, ça a été un plus dans tous les clubs où je suis passée. Cette casquette de coach va vraiment bien en plus avec mon caractère et ma personnalité, j'ai déjà pu constater au PSV et avec les jeunes Red Flames que je me sentais bien dans ce rôle. C'est une suite logique par rapport à mon plan de carrière."

Un plan de carrière sans complexes

3 images
Mehdi Bayat et Aline Zeler veulent secouer le monde du foot belge © BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

De quoi penser déjà à la suite... logique ? Prendre en mains une équipe messieurs ? "Pourquoi pas ? Je ne m'interdis rien en tout cas !" L'idée avait en tout cas déjà germé dans l'esprit (taquin) de certains sur les réseaux sociaux, quand le départ de Karim Belhocine a été annoncé quelques jours à peine après l'arrivée de Zeler chez les dames… "A partir du moment où on parle la même langue, ici le football, eh bien une femme sait parler du foot ! Surtout avec une carrière comme la mienne. J'ai aussi mes diplômes d'entraineur. Je ne vois pas de problème de passer d'une section féminine à la section masculine. Bon, soyons honnêtes, je n'en suis pas encore là hein, on en est même très loin. Mais ça s'est fait en France par exemple, avec Corinne Diacre (ndlr : l'actuelle sélectionneuse des Bleues a entraîné le club de Clermont, chez les messieurs). Voir Belhocine s'occuper de l'équipe dames ce ne serait pas exceptionnel, ça s'est déjà fait un peu partout, mais c'est vrai que si moi je prenais en mains l'équipe messieurs, ce ne serait pas quelque chose de commun, ce serait même un morceau de l'Histoire du club". De quoi achever l'entretien comme il avait commencé, dans un grand sourire, avec cette fois presque une forme de promesse : "Ça n'est pas du tout dans les plans du moment. Mais dans un futur proche, je me vois bien coacher une équipe première masculine, c'est sûr."

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK