A Habay-La-Neuve, on bat le fer tant qu'il est chaud

Village où on travaillait le fer dans le passé, Habay la Neuve a transmis ses valeurs au club de foot local. Dans une bonne spirale, celui-ci a engagé il y a quelques mois le directeur des jeunes de Virton et quelques belles promesses gaumaises, tout en misant sur de prochaines infrastructures ultramodernes.

Ce qui a marqué le village de Habay-La-Neuve, dans le sud de la province de Luxembourg, à 15 petits kilomètres d’Arlon, c’est l’essor des forges du 17e au 19e siècle. Le territoire comptait à ce moment quatre usines à fer importantes : celles du Prince, du Pont d’Oye, du Châtelet et de Bologne.
Toutes ont contribué à permettre l’expansion du village jusqu’à la moitié
des années 1900. A l’heure actuelle, il n’existe plus d’industrie sur ces sites, mais surtout une activité touristique ou administrative. Habay, autre porte ouverte sur le Grand-Duché pour l’activité professionnelle n’a à proprement parler rien d’une cité-dortoir. Sur place, l’activité sportive, et notamment le football contribuent à la notoriété nouvelle de cette commune dynamique.
Parmi ses 2700 habitants, un certain Philippe Toussaint, propriétaire depuis 2014 du Holding Allsaint Group, fiduciaire qui a ses attaches au Grand-Duché, mais aussi à Dubaï ! Le foot de son village, c’est un des dadas de l’homme d’affaires. Depuis qu’il en a pris la présidence voici près de 18 ans, le club ne cesse de franchir les échelons et surtout se structurer intelligemment. En 2003, Habay la Neuve était la lanterne rouge de la P3, la division la moins élevée de la Province. Aujourd’hui, l’équipe première s’est installée dans la première partie de tableau de la D3 acff, série B. Sans savoir de quoi sera fait l’avenir de l’Excelsior Virton, porte-drapeau des terres luxembourgeoises, Habay n’a plus guère que Givry, dans l’arrondissement de Bastogne à regarder de bas vers le haut. "L’écart avec les Canaris est de moins en moins important, fait remarquer Samuel Petit, l’homme qui était T1 de Virton quand les Gaumais ont décroché leur ticket pour la D1B en 2018-2019. Sur l’échelle des belles valeurs de la province, Habay la Neuve suit avec Mormont et Oppagne, quasi au même niveau de développement. Marloie, qui travaille bien aussi avec ses jeunes et Gouvy sont derrière. Et ce sont deux équipes qui auront plus de difficultés sans doute à assurer leur maintien au niveau national si la saison n’est pas blanche, comme on dit aujourd’hui."

Loin de la politique du CEO, Alex Hayes

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Samuel Petit est un des rares professionnels à ce niveau du foot amateur © Etienne Joannes

Engagé par le président Philippe Toussaint, via sa fiduciaire, Samuel Petit est un des très rares professionnels d'un club de foot amateur, surtout à ce niveau. Déjà sous ce statut pour diriger une académie de jeunes du foot élite à Virton, l'ancien éducateur spécialisé dans le travail avec des enfants victimes de troubles comportementaux a osé casser son contrat qui courait jusqu'en juin 2021 pour montrer qu'il ne partageait plus les idées et la politique basée sur la performance à court terme du CEO gaumais, le français Alex Hayes. Libre sur le marché, l'ex T2 de Marc Grosjean, David Gevaert ou Franck Defays n'a pas eu trop le temps de gamberger lorsqu'il a été approché par les Luxembourgeois de Pétange, qui allaient jouer l'Europa League ou Niedercorn.
Sa rapide mise en relation, via un joueur d'Habay avec le président Toussaint l'a aidé dans le choix. L'homme d'affaires habaysien a profité de l'aubaine au moment où il se faisait du mouron avec l'annonce du départ du coach Jean-Luc Manand, installé depuis quatre saisons aux manettes du club rouge et blanc.
" Dans le langage footeux, on aime bien dire qu'on est là pour un projet, explique l'ancien joueur de Neuchâteau et Signeulx, lancé à 25 ans dans le coaching des jeunes à Virton. Avec le statut de pro disposant d'un contrat à durée indéterminée, Habay attend forcément beaucoup de ma personne. Je souhaite travailler avec beaucoup d'écoute, de communication, mais aussi de la méthode, et surtout sans brûler les étapes. Il nous faut des bases solides. Cet été, j'ai juste un peu oeuvré à la conception de la belle équipe première de D3 acff série B. Comme en faisant venir le médian Elysée Lecomte, actif à Meix en 2019-2020. Seize des vingt éléments composant notre noyau A sont des anciens de Virton. Dont le médian Gary Raboteur et l'attaquant Greg Molnar, mon T2, tous les deux 37 ans déjà. Avec les défenseurs François Reyter et Manu Jacob ou le médian Nicolas Day, ce sont les anciennes têtes les plus connues de l'Excelsior, mais aussi de très bons relais pour les plus jeunes. Si on joue encore un championnat cette saison, l'objectif raisonnable est sans doute de finir juste derrière de grosses cylindrées comme Sprimont, Rochefort, Richelle, Onhaye, Dison ou Herstal. Puis, on continuera à façonner et bien équilibrer le noyau pour jouer la montée vers cette D2 acff, qui est sans doute ce que nous pouvons espérer de mieux tant que les conditions de licence resteront compliquées pour s'installer en Nationale 1."

Hotua et Poncin avec les "A"

S'installer confortablement en D2 acff dans la durée, cela reste le premier objectif d'Habay. En même temps, développer une belle école de jeunes sur place, pour que celle-ci envoie à terme et chaque saison ses meilleurs éléments en équipe A est tout aussi prioritaire. Voici une petite dizaine de jours, Matys Hotua et Brent Poncin, deux joueurs prometteurs de la catégorie U17 ont été les premiers à signer une convention de stagiaire pour rejoindre le noyau A. A partir de la reprise, ils s’entraîneront donc à 100% avec leurs aînés et joueront en U19 le week-end s’ils ne sont pas repris en équipe fanion. La pompe est amorcée, Samuel Petit projetant déjà d'ajouter trois ou quatre autres jeunes dans son noyau élargi dès la saison prochaine. " En tant que responsable technique, j'ai tout le temps pour bien épauler les formateurs, bien observer les jeunes, continue l'ancien coach de Renaud Emond dans les équipes d'âge de Virton. Nous postulerons pour le label trois étoiles cette saison. L'école travaille avec 250 jeunes, dont 25 à 30 sont arrivés de Virton cet été. Nous avons des équipes dans toutes les catégories, de U6 à U19, et ce serait bien d'avoir comme à Oppagne et Givry, dans le Luxembourg des inter-provinciaux très prochainement.
Nous avons reçu en novembre le permis de bâtir pour démarrer les travaux d'un synthétique sans doute dès l'été 2021
. Cet outil de travail indispensable dans notre projet sera accompagné de six nouveaux vestiaires, deux salles de conférence avec bureaux, une buvette réaménagée, des gradins, une tribune, l'éclairage led pour deux terrains, un parking.. Le tout pour 1,4 million d'euros hors TVA "

Des filles, une équipe B, un synthétique partagé

Aujourd’hui, Habay est fier de pouvoir annoncer la modernisation prochaine de son infrastructure. Avec les nouvelles normes imposées par le décret régional, les subsides d’Infrasport n’atteignent plus les 75% du montant total de l’investissement comme dans un passé récent. En prenant à sa charge 15% de la somme globale, exactement comme le fera la Commune, le club peut quand même espérer atteindre les 70% de subsides régionaux. " Notre dernier dossier est bien ficelé, réajusté par rapport à celui qui datait de 2015, précise encore celui qui est établi à Montmédy, petite commune française, proche de Torgny. Notre synthétique sera ouvert à une section féminine, mise en place en même temps qu’une équipe B la saison prochaine. Marbehan et Habay-la-Vieille, autres clubs de la Commune y auront également accès et puis des activités pour personnes handicapées ainsi que stages et tournois d’envergure sont aussi prévus à l’endroit. Ces orientations ont donné de la consistance à notre demande. Croyez-moi, c’est tout sauf évident. Je n’en veux pour preuve que l’exemple de Givry. Leur dossier de terrain synthétique n’a encore jamais abouti." Le terrain lourd et vite impraticable de Habay durant la période hivernale, cela devrait donc être de l’histoire ancienne dès la saison prochaine. Les dirigeants ont, pour objectif de faire aussi homologuer le synthétique pour les matches de championnat en série nationale, tout en protégeant davantage la seule surface en herbe qui restera alors disponible. Car celle-ci restera toujours le premier choix de l’équipe fanion dans ses sorties en compétition.

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