Qatar: les ouvriers étrangers restent victimes de discrimination, selon une experte

Les ouvriers étrangers au Qatar restent victimes de discrimination sur la base de leur nationalité ou de leur faciès, a indiqué dimanche une experte indépendante de l'ONU, saluant néanmoins les réformes engagées par l'émirat pour améliorer leurs conditions de travail.

Quelque deux millions d'étrangers sont employés au Qatar, la plupart venant de pays en développement et travaillant directement ou indirectement dans des projets d'infrastructures pour le Mondial-2022 de football.

Dans ce riche émirat gazier, la possibilité de jouir des droits humains dépend "de leur nationalité ou de leurs origines", a déclaré à l'AFP la rapporteuse spéciale de l'ONU sur le racisme, Tendayi Achiume.

Selon elle, les travailleurs immigrés sont recrutés en fonction de leur origine pour exercer des tâches spécifiques: travail domestique pour les femmes d'Asie du sud-est, métiers à faible valeur ajoutée dans la construction pour les hommes originaires du même sous-continent.

Ces derniers, "loin d'être des travailleurs invités pour de courtes périodes, passent la majeure partie de leur vie professionnelle au Qatar, durant laquelle ils font face à des obstacles de taille pour jouir pleinement de leurs droits fondamentaux", a relevé Mme Achiume.

Dans ce pays de 2,7 millions d'habitants dont 10,5% de Qataris, peu de travailleurs étrangers obtiennent un permis de résidence permanent, et quasiment aucun n'obtient la nationalité et les avantages sociaux qui vont avec.

L'experte a aussi déploré la persistance de stéréotypes, en public et en privé, visant les populations originaires d'Afrique subsaharienne.

A l'inverse, les personnes originaires d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Australie "sont présumés supérieurs".

Elle a toutefois salué "les réformes significatives entreprises par le gouvernement" pour contribuer à "combattre la discrimination raciale structurelle".

Le Qatar a annoncé en octobre des dispositions visant à annuler des règles controversées appliquées aux travailleurs immigrés, les empêchant notamment de changer d'entreprise sans autorisation de l'employeur.

"Il reste cependant beaucoup de travail", a-t-elle alerté, précisant avoir reçu des rapport évoquant "le recours fréquent au +profilage racial et ethnique+ par la police et les agents de la circulation".

Selon elle, les problèmes de discrimination et de stéréotypes sont "en partie le produit de l'histoire de l'esclavage au Qatar", aboli en 1952.

L'experte indépendante, qui ne parle pas au nom des Nations unies mais dont le travail est utilisé par les agences, présentera son rapport final devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU en septembre 2020.

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