Ochoa, Diego et Osorio

En 10 jours sur le sol russe, j’en suis déjà à mon dixième vol. la plupart du temps, j'en profite pour déconnecter, dormir, visionner des photos ou vidéos de ma petite fille (de ma compagne et de mes filles aussi bien sûr !), ou imaginer avec plaisir tout ce que je ferai à mon retour dans 3 semaines.

Mais cette fois-ci, assis à côté d’un supporter mexicain, au lendemain de ce Mexique - Corée que j’avais préparé et commenté, j’avais envie de faire un peu de conversation.

"Ola, je suis Belge, de Liège, là où joue Mémo Ochoa."

"Ah... !? (En Espagnol dans le texte bien sûr !) Nous on l’adore. Il a encore fait un grand match hier, et contre l'Allemagne aussi. C’est une star au pays, depuis ses exploits il y a 4 ans."

"C’est vrai que vous scandez souvent "Ochoa Président" ?"

"C’est parce qu’il y a les élections dans quelques jours. C’est un clin d’œil mais c’est quelqu’un qui impose le respect, comme gardien et comme personne. J’espère pour lui que c’est vrai, l’intérêt de Naples ; il mérite un beau transfert."

J’apprécie beaucoup Ochoa, notamment parce qu’avant de rejoindre sa sélection, en mai, il m’a gentiment consacré près d'une heure pour me parler d’El Tri. C’était très intéressant, et nombre de choses se vérifient aujourd’hui.

Moi, ce que j’avais envie d’évoquer avec mon voisin de vol, Diego, c’était d’abord cette histoire de partie fine avec prostituées dont on a parlé début du mois et dont une vidéo (très soft) a même circulé sur la toile.

"Ça ne nous a pas choqué au Mexique. Ce n’est pas la première fois avec l’équipe nationale, et c’est une histoire d’hommes, c’est leur affaire."

"Un peu celle de leurs compagnes aussi, non ?! Imaginez leur tête quand elles ont appris !"

"Oui oui, c’est sûr ! Hector Herrera, d’ailleurs a dû rentrer à Porto pour s’expliquer et éteindre l’incendie. Moi je pensais que ça allait perturber le groupe, et ce n’est pas le cas, on dirait même le contraire, tellement ils ont l’air soudés."

Hier, en mixed zone après le match, le gardien du Standard nous confirmait l’excellent état d’esprit qui règne dans le groupe : "On ne parle plus de cette histoire ; on a géré ça ensemble et on a décidé de faire face aux attaques et de rester soudés, plus encore qu’avant. Et de prendre le plaisir que cette participation au Mondial nous offre."

Quand je lui demande s’il est vrai qu’au lendemain de la révélation dans les médias de cette affaire le Coach Osorio est venu dans le vestiaire avec un tee-shirt sur lequel il était écrit "On peut se tromper seul mais on doit corriger ensemble", le dernier rempart tricolore abonde : "Juan Carlos Osorio est extraordinaire, c’est un pédagogue fantastique, il trouve toujours des trucs pour nous motiver, ou nous mettre en confiance, ou nous remettre dans le bon chemin. D’ailleurs, après la rencontre contre l’Allemagne, vous avez sans doute lu que les joueurs lui avaient dédié la victoire ?!"

Vrai, et pas banal. A l’époque, la première chose qu’Ochoa nous avait dite sur Osorio : "Il est à la base de tout : notre force, c’est d’abord la confiance que le Coach a transmise au groupe, depuis 2 ans."

En cherchant un peu des infos sur le sélectionneur colombien, on s’aperçoit rapidement que le coaching mental est sa priorité et sa spécialité. Pourquoi ?

Parce qu’en juin 2016, en Copa America face au Chili, alors que ses hommes menaient 2-0 au repos, ils se sont effondrés en deuxième période et inclinés 2-7 ! Ce jour-là il a décidé que son groupe aurait un mental d’acier. Il a d’ailleurs engagé un préparateur psy dans son staff.

Il y a quelques jours, avant le match contre les Champions du Monde, il avait interpellé ses hommes :  "Notre rêve de gagner est plus grand que notre respect pour l’ Allemagne, jouons pour l’amour de la victoire et non avec la peur au ventre." Réussi !

Alors, pourquoi ce sélectionneur colombien est-il si décrié au Mexique ? 

Diego : "C’est vrai, on ne l’aime pas, enfin on est peut-être en train de changer d’avis ?! Mais on le critique parce qu’il change tout le temps son équipe, et qu’il ne met pas toujours les joueurs à leur bonne place. Regardez, encore hier avec Chicharito. Je crois que sur les 50 derniers matchs il n’y en a pas eu deux de suite avec la même composition, comme s’il hésitait sans cesse ?!" Hugo Sanchez, star mexicaine, continue d’ailleurs à critiquer Osorio, pour cette raison.

Pourtant, c’est justement la deuxième caractéristique d’Osorio qu’Ochoa nous avait vantée : "Dans le groupe élargi de 30 joueurs, il y en a beaucoup qui se battent pour être dans les 23. Et dans les 23, il y en aura entre 15 et 18 qui espéreront être titulaire. C’est parfois frustrant, comme pour moi, (Osorio a régulièrement aligné Corona), mais ça crée une motivation énorme. Et c’est vrai qu’il change souvent d’animation, mais je trouve que c’est une bonne chose, parce qu’on peut s’adapter à tous les adversaires."

Au Mexique, on parle de la malédiction du cinquième match, celui qu'on n'atteint pas, habitué qu’on est de quitter la Coupe du Monde en huitièmes de finale.

Diego : "Et au pays on dit souvent "On a joué comme jamais, et perdu comme toujours", parce qu’on est pessimistes. Mais cette fois, on commence à y croire."

Et Viva Osorio ?

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