Le photographe de l'AFP qui a capturé la joie des Croates espère les voir gagner

"J'ai commencé à appuyer sur le bouton alors que je tombais". Pris sous la masse des joueurs croates venant de marquer le but de la victoire contre l'Angleterre, le photographe de l'AFP Yuri Cortez a continué à capturer des images inédites de leur joie, s'assurant ainsi en moins de 40 secondes une célébrité inattendue.

Des millions de téléspectateurs l'ont vu être écrasé par les joueurs, se relever, le tout sans perdre le sourire. Mais ce n'est que lorsque ses images en gros plans des joueurs ont commencé à être diffusées que son histoire s'est emparée des réseaux sociaux.

Lorsque Mandzukic a envoyé dans les filets anglais le ballon qui qualifiait la Croatie pour la finale de cette coupe du monde de football en Russie, il a couru vers la ligne du fond pour hurler sa joie vers les supporters croates, juste devant la position assignée aux photographes.

"Tout à coup ils étaient quatre ou cinq, et moi j'étais sur mon siège, prenant des photos. Là, d'autres joueurs commencent à arriver, y compris ceux du banc, et tout à coup la pression est trop forte et je me retrouve pris dans cette avalanche avec la barrière et le siège et eux tous par-dessus", raconte Cortez.

Mais cette marée humaine qui l'a submergé n'a pas empêché le reporter de continuer à prendre des photos.

"J'ai commencé à apppuyer sur le bouton alors que je tombais, et j'ai continué, tout en étant pris sous cette montagne de joueurs, j'avais en gros plan leurs visages, leur euphorie, leur émotion, vus d'en-dessous", se souvient-il.

"Quand ils ont réalisé la situation, les joueurs ont été très aimables avec moi, me demandant si j'allais bien, il y en a même eu un qui au milieu de tout ce chaos a ramassé mes lunettes et me les a remises. Et puis il y a eu le moment où Domagoj Vida m'a pris la main, m'a embrassé et, dans l'émotion, m'a donné un baiser".

"En fait, ça a été un bon moment, j'ai partagé à fond leur joie d'être qualifiés pour la finale et de pouvoir espérer remporter la coupe. Ç'a été un grand moment. Maintenant je me sens proche d'eux, je m'identifie à eux. Oui, je vais soutenir la Croatie, sans aucun doute (rire). Allez!"

Ces 40 secondes de participation involontaire à un événement mondial résume d'une certaine façon la carrière de ce Salvadorien de 53 ans, basé à Mexico.

Il a débuté dans les années 1980 en couvrant la guerre qui déchirait son pays, et continuera à couvrir des guerres, des catastrophes naturelles, des coups d'Etat ou des crises humanitaires.

Parmi de nombreux souvenirs de situation exceptionnelle, il raconte notamment une attaque surprise alors qu'il se trouvait avec l'armée américaine en Irak, ou l'explosion d'une voiture piégée à Lima en 1992 - deux occasions parmi d'autres où ses réflexes de photographe ont pris systématiquement le pas sur les risques.

"Quand j'étais en situation de guerre, je me disais toujours ça, il se passera ce qui se passera, mais moi, je photographie", dit-il.

Après avoir souvent risqué sa vie dans des zones de guerre, il n'a toujours pas vraiment enregistré le fait d'arriver brusquement à la célébrité pour une barrière qui cède.

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