L'édito de Swann : La demie des jeunes amants

Antoine Griezmann, Swann Borsellino, Eden Hazard
Antoine Griezmann, Swann Borsellino, Eden Hazard - © RTBF - Belga - AFP

Des Diables flamboyants et plus expérimentés. Des Bleus aussi talentueux que pragmatiques. Une demi-finale aux allures de finale. Le casting parfait, en somme, pour que Belges et Français se tirent la bourre pour une bonne raison : une passionnante rivalité sportive. Car si certains médias hexagonaux, TF1 en tête, ont réveillé de vieux démons avec un discours arrogant, en France, c’est bel et bien le respect qu’inspire l’équipe de Roberto Martinez.

50 ans plus tard, les paroles sont toujours aussi justes, touchantes et pleines de sens. Même sorties de leur contexte. Quand il enregistre la Chanson des Vieux amants, le 30 décembre 1967, avec le pianiste de génie Gérard Jouannest, Jacques Brel évoque un amour invincible, malgré les tourments, les fractures et les souffrances. Ce 10 juillet 2018, personne ne résume mieux le combat que s’apprêtent à se livrer Belges et Français que ce titre devenu légendaire.

"Bien sûr nous eûmes des orages". C’est ainsi, et pas autrement, que devrait être vue cette demi-finale entre des gamins français et belges qui, en 1967, n’étaient même pas une idée dans le cœur amoureux de leurs parents. Car si les tumultes - nous n’y reviendrons pas, c’est le but - ont été nombreux entre les deux pays, ce mardi, à Saint-Pétersbourg, c’est une toute autre page de l’histoire franco-belge qui s’écrira. Neuve et fascinante.

Le conte de deux équipes de football à 180 minutes de leur rêve, de deux générations, l’une à son apogée et l’autre qui espère être couronnée avant l’heure. Car si comme le chante Brel, "chaque meuble se souvient, dans cette chambre sans berceau, des éclats des vieilles tempêtes", c’est bel et bien la rivalité sportive qui rythmera cette demie des jeunes amants. Confiants, les Diables le sont autant que les Bleus. Ambitieux, les Français le sont autant que les Belges. Talentueux, les 22 et quelques acteurs, le seront, pour le plus grand plaisir de nos yeux.

Ce mardi soir, pas d’affaire de supériorité ou d’infériorité, pas de complexe ni d’arrogance. Juste les meilleurs joueurs du monde qui s’affrontent dans un match qui a une bonne gueule de finale avant l’heure. C’est, en football, le début d’un antagonisme différent entre deux pays rivaux sportivement car au moins aussi talentueux l’un que l’autre. Car si l’on omet les piques lancées de part et d’autre du Quiévrain, qui font le sel d’un avant-match, et les sorties tristes de TF1 ou de certains "éditorialistes" français ou belges, à qui il faut donner autant de crédit qu’à une chute de Neymar, c’est bel et bien avec respect que la France s’avance vers cette demi-finale de Coupe du Monde.

Pourquoi ? C’est en partie une histoire de génération. Celle, notamment, qui sera sur le terrain de Saint-Pétersbourg. Les jeunes français aiment le football. Les jeunes français, pour beaucoup, aiment le rap. Impossible, dès lors, de grandir sans respect pour Eden Hazard, qui a illuminé la Ligue 1 de son génie à Lille, donnant aux Hexagonaux des envies de savoir ce qu’il se passait de l’autre côté de la frontière. Impossible de ne pas avoir eu du Damso ou du Romeo Elvis dans les oreilles sans se dire que c’était génial. Impossible, quand on a connu l’échec de la fameuse "génération 87", celle des Benzema, Nasri, Ben Arfa et Ménez, de ne pas se reconnaître quand, successivement, en 2014 et en 2016, les Diables Rouges n’ont pas répondu aux immenses et logiques attentes du peuple belge.

Impossible, quand on naît et grandit dans un pays de vélo, qui ne vibre pas seulement pour le Tour de France, mais aussi pour les classiques flandriennes, de ne pas s’être amouraché de Vandenbroucke, Boonen et autre Gilbert. Impossible, quand on est jeune dans le monde d’aujourd’hui, d’assimiler la Belgique à une blague de Coluche, illustre humoriste français, grand Homme qui mérite le respect, qui s’est battu pour de grandes causes, mais homme d’une autre génération. Mais le football de 1986, date de la dernière demi-finale belge, n’était pas le même qu’aujourd’hui. L’humour n’est pas le même aujourd’hui. Les relations franco-belges ne sont pas les mêmes aujourd’hui. Ce soir, mettons-nous sur la gueule sur le terrain, puis moquons-nous les uns des autres, autour d’une bière. Car comme le chantait Brel, "n’est ce pas le pire piège, de vivre en paix pour des amants ?"

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