Ke Novel Serguei ?

Ke Novel Serguei ?
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Fin de la première semaine sur le territoire de la grande, de l’immense Russie. Ce qui me frappe le plus c’est la gentillesse des gens. Pourtant rompus à une existence souvent précaire et inconfortable, chaque russe semble être investi d’une mission d’accueil durant cette Coupe du Monde et quelques péripéties vécues me l’ont confirmé.

Ke Novel Serguei ? C’est souvent comme cela que je m’adresse aux différents interlocuteurs qui croisent ma route. Une manière de désamorcer avec un humour, qui forcément ne fait rire que moi puisque peu parle le wallon, des situations parfois compliquées. C’est donc par cette gentille interjection que j’accueille mon chauffeur de taxi à Sotchi, au lendemain d’un enthousiasmant Espagne – Portugal. La route est courte entre l’hôtel et l’aéroport, plus courte que la file d’attente qui commence à l’extérieur de celui-ci avec les traditionnels contrôles. Pressé de m’y glisser afin de ne pas rater l’avion, je paye, vérifie que mon billet et mon passeport sont accessibles, demande un ticket, scrute depuis la voiture s’il y a un guichet spécial pour les " accrédités ", place mon accréditation autour de mon cou, replace mes documents et mes sous en sécurité, sors du taxi avec sac à dos et documents en main, me dirige vers le coffre du véhicule pour récupérer ma valise et … oublie mon smartphone sur la banquette arrière du taxi. 30 secondes plus tard, je suis dans la file, je passe la main sur mes poches intérieures et je m’aperçois de la chose, Serguei et son taxi sont partis.

Bien sûr, embêtant mais pas grave, mais embêtant, mais pas grave, mais embêtant (mais pas grave). Dans un pays où l’on ne connaît pas la langue, l’alphabet, le territoire, les usages, cela devient par moment invalidant. Et puis à l’heure du journalisme moderne, il s’agit d’un outil de travail indispensable, comme le sont les contacts avec la famille et le pays durant ce long effort solitaire. Mais pas grave, mais embêtant car cela ajoute de l’inconfort à l’inconfort d’un tel périple.

Téléphone acte 1

Deux jours plus tard, en attendant le train de nuit qui doit m’emmener de Samara à Saransk, je trouve un magasin de téléphone. Je rachète un smartphone sommaire et une carte prépayée russe. Ké Novel Serguei ? Le vendeur ne parle pas l’anglais, ni le français, ni le wallon. Je tente l’Italien, foutu pour foutu, pas de réaction. Espagnol ? Non plus. Je contacte alors notre " fixeuse " à Moscou qui est notamment chargée de nous aider en pareille circonstance. Elle lui explique ce dont j’ai besoin en Russe. Ce jeune homme au visage sec et au pull élimé aux manches, va se débrouiller pour me configurer le téléphone. Il passe par une application qui traduit son Russe en Anglais. Pour chaque phrase, il me montre la traduction et je lui réponds en Anglais, cet anglais est ensuite retraduit en Russe et il manipule le téléphone à mon intention. Tout cela avec un calme et une gentillesse inouïe et gratuite. Un service tout simplement. Compte-tenu de la traduction, des échanges, de la retraduction, cela va prendre deux heures de finir une partie de la configuration. Je lui glisse une dringuelle à laquelle il ne s’attendait pas et qu’il accepte gêné. Merci Serguei. Spasiba.

Téléphone acte 2

Pendant ce temps un miracle c’est accompli. Ma production a pu identifier la compagnie de taxi et le chauffeur de la voiture ou j’ai perdu mon téléphone. Il l’avait mis de côté et nous a proposé de le récupérer. Ce chauffeur ne gagne probablement pas en un mois ce que vaut ce smartphone. Son honnêteté est passée avant tout. Ma prod en récupérant l’objet lui a offert un maillot des diables. Voilà une raison de plus de gagner cette Coupe du Monde, pour que ce Serguei, ce Dimitri, ce Vladimir, cet Igor, je ne saurais jamais comment il s’appelle, puisse exhiber fièrement sa vareuse. Et au soir de la finale gagnée, lors du coup de sifflet final c'est à lui que je penserais en premier car Je ne pourrais jamais le remercier directement de cet acte d’une pureté sans nom, anonyme, comme lui.

Mon épopée Russe continue pour 3 semaines, pas encore avec mon téléphone que je n’ai pas encore récupéré, mais avec la certitude, autour de ces petites péripéties, que des gens bien existent partout, comme ce vendeur, comme ce taximan, une manière de se réconcilier avec une forme d’humanité même en Terrain Inconnu.

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