Joachim Mununga : "Cette petite finale, il faut absolument la gagner"

Ce mercredi dans Place Diables Rouges sur Vivacité, David Houdret, Thierry Luthers, Joachim Mununga et Antoine Grynbaum, journaliste français, ont débriefé la rencontre entre la Belgique et la France. La Belgique n’a-t-elle pas manqué de cette fameuse culture de la gagne ? Et quelle sera l’importance de la petite finale de ce samedi pour les Diables Rouges face à l'Angleterre ?

Sur la culture de la gagne...

"Je trouve quand même que la France a reculé certes, mais elle n’a pas été mise sous pression. Dans les dix dernières minutes, on s’attendait à un rush quasiment désespéré, on jouait notre survie en Coupe du Monde, et je n’ai pas vu ce qu’il fallait pour renverser la vapeur, a souligné d'entrée Thierry Luthers. J’ai trouvé une équipe résignée, un peu trop gentille… Pour tout vous dire, j’ai trouvé qu’on était un peu dans ce que j’appelle le syndrome belge : voilà, on est éliminés en demi-finale mais on a fait un beau parcours et on peut être fiers. On n’a peut-être pas comme les français cette culture de la gagne. Trois finales de Coupe du Monde en vingt ans, ce n’est pas un hasard. Je pense quand même que cette Coupe du Monde a permis à Hazard et Courtois de prendre une autre dimension, et va placer la Belgique, peut-être durablement, sur la carte du football international. On ne va pas se mentir, demi-finale de Coupe du Monde, ce n’est pas si mal. Cela doit nous servir de déclic pour avoir cette culture de la gagne. On va gagner un petit peu d’argent avec cette Coupe du Monde, elle doit nous servir non seulement de vitrine mais aussi de moteur pour l’avenir du football belge, et surtout en Belgique parce qu’on voit que la plupart des joueurs ont été formés à l’étranger".

Et Antoine Grynbaum, journaliste français, d'embrayer : "Cette culture de la gagne, elle s’est constituée à partir de 98, quand une grande partie des joueurs français sont allées apprendre cette culture de la gagne, notamment en Italie, à l’époque où la série A était le meilleur championnat au monde. Pendant des années, on a été le looser magnifique : France-RFA 1982, France-RFA 1986 après le quart de finale de la Coupe du Monde. Aujourd’hui, il y a moins d’expérience que lors de l’Euro 2016, où il y avait beaucoup plus de cadres et de joueurs expérimentés, là il y a beaucoup plus de jeunes qui donnent l’impression d’être là depuis des années. Je pense par exemple à Mbappé. Je n’ai pas souvenir, à part le grand Pelé, d’un joueur aussi jeune capable de produire autant de performance. Cette finale, les français l’abordent avec une forme de maturité, d’expression collective… Cette défense donne l’impression d’être infranchissable, et elle fait penser à celle de 1998. Didier Deschamps est l’héritier d’Aimé Jacquet, et on se retrouve dans le même type de configuration : une équipe assez défensive, qui joue sur la transition."

Sur l’importance de cette finale de consolation ...

"Les Bleus avaient gagné le match pour la troisième place face à la Belgique en 1986, et c’est quelque chose dont on parle encore aujourd’hui, 32 ans plus tard, note Antoine Grynbaum. Ce sont des souvenirs à jamais inscrits dans les livres d’histoire, dans les médias plus tard quand vous vous repencherez sur cette génération. Il leur reste encore une Coupe du Monde. Et je pense que certains joueurs sont encore assez jeunes pour aller chercher une victoire dans quatre ans au Qatar. Mais il faut déjà inscrire son nom au palmarès. Et même si ce n’est qu’un match pour la 3e place, ça restera quelque chose de fort. Il faut concrétiser votre prestation extraordinaire face au Brésil. Le fait que ça se soit joué sur des détails face à la France. Oui, il faut inscrire cette génération dans l’histoire et ça passe par un podium, par une médiale, même si ce n’est que le bronze. Il faut clairement s’inscrire dans l’histoire de votre football et aller chercher cette troisième place."

Un avis que nuance Thierry Luthers : "Objectivement, pour ceux qui ont connu la campagne de 86, on se souvient de la victoire contre l’URSS et du match aux tirs au but contre l’Espagne, la défaite contre l’Argentine. Jamais personne ne m’a parlé de cette petite finale où les Diables Rouges étaient épuisés, où les Français ont mis une équipe B et où on a perdu 4-2. Plus personne ne peut vous dire le nom des buteurs et des joueurs français qui ont joué. Maintenant on en a reparlé beaucoup parce que c’était justement à nouveau France-Belgique en Coupe du Monde. Et que c’était le premier France-Belgique depuis 1986. Je ne vois pas l’intérêt de faire une petite finale. Pour moi, 3e ou 4e c’est kiff. C’est un podium totalement artificiel et virtuel. Il n’y a pas de médaille. Depuis 1984, il n’y a plus de petite finale à l’Euro. Et la FIFA continue parce qu'il y a encore un peu de business pour les Fédérations. Tant mieux si les Belges sont troisièmes et prennent plus d’argent qu’en étant quatrièmes. Je ne pense pas que les joueurs aient très envie de la jouer parce que quand vous êtes battus en demi-finale et que vous êtes en stage depuis le 20 mai et que nous sommes le 11 juillet, vous n’avez envie que d’une chose, c’est de rentrer dans vos familles. Ceux qui vont la jouer, et à mon avis ce sera une équipe hybride avec sans doute quelques cadres et quelques garçons qui n’ont pas eu beaucoup de temps de jeu, bien sûr qu’ils auront envie de la jouer. Mais moi dans l’absolu, je ne vois pas l’intérêt de faire une finale qui porte d’ailleurs bien son nom, de consolation."

"Je ne vois pas non plus l’intérêt que la FIFA fasse une petite finale. Mais maintenant elle est là. Et je suis d’avis qu’il faut absolument la gagner, insiste Joachim Mununga. Elle a une importance énorme. On parlait justement de la culture de la gagne. Ça reste un match international dans une compétition officielle. Alors on ne peut pas choisir nos matches. Il faut que ça devienne un réflexe, il faut que ça devienne automatique, il faut gagner tous les matches, c’est ça la culture de la gagne. Chaque fois qu’il y a un match de compétition officielle pour les Diables Rouges, peu importe contre qui, il nous faut du résultat. Ce sera l’objectif clé. […] Est-ce que vous pensez que quand vous gagnez contre le Brésil, il n’y a pas un phénomène naturel de surmotivation qui s’est mis en place ? C’est un contexte et ce sont des paramètres qu’ils apprennent à gérer."

La petite finale (ou finale de consolation) opposera donc ce samedi 14 juillet à 16h00 la Belgique à l'Angleterre. C'est la deuxième fois dans ce Mondial que les deux pays vont s'affronter. En phase de poules, les Diables rouges s'étaient imposés 1-0 sur un splendide but inscrit par Adnan Januzaj.

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