Carnet de russe : La victoire en chantant

Carnet de russe : La victoire en chantant
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Les Anglais ont inventé le football, ses règles et son vocabulaire.

Personne d'autre qu'eux ne peut mieux définir la phase dans laquelle nous entrons maintenant : "knockout stage". Beaucoup plus parlant que "phase d'élimination directe". Pendant deux semaines, on a élagué. De 32 participants, on est passé à 16. Les rescapés ont pris des coups, ils ont vacillé. Maintenant, c'est l'heure ultime, celle des k.o.

Pour les joueurs comme pour les suiveurs, l'entrée dans le ring coïncide avec... la sortie du ring. L'impression de quitter une route bien tracée, bitumée des certitudes du premier tour (car quels qu'aient été les résultats, le séjour en Russie devait minimum durer jusqu'au 29 juin) pour arriver sur des chemins de terre, rocailleux et escarpés, sur lesquels la navigation peut s'avérer hasardeuse.

Désormais, la fin de tournoi se nourrit d'hypothèses. 2 juillet ? 6 juillet ? 10 juillet ? 15 juillet ? 4 balises temporelles, placées comme des repères, au fil de la progression de la Belgique dans le tableau.

Et pas dans n'importe quel tableau, le plus ardu.

Car la conséquence de cette victoire contre l'Angleterre (la 2e de notre histoire seulement après celle de...1936 !) est là : la Belgique bascule dans le tableau de l'action et non celui de la spéculation.

N'en déplaise à certains, c'est beaucoup mieux ainsi.

Plutôt qu'affronter la Colombie dans un duel à l'issue très incertaine, les Diables Rouges vont se frotter aux Samouraïs bleus du Japon, qui viennent de perdre contre une Pologne déjà éliminée, à l'issue d'une fin de match scandaleuse où ils se sont carrément arrêtés de jouer, pour spéculer sur une qualif' "au fair play" (quel oxymore !) via le classement des cartons. Pour couronner le tout, les Japonais ont donné l'impression d'être complètement cuits...

Avec le concours de titulaires au top de leur condition, frottant du sabot comme le taureau entrant dans l'arène, après leur mise au repos hier, la Belgique ne PEUT pas perdre ce 1/8e de finale. Malgré le respect que l'on doit à chaque adversaire, blablabla...

Ensuite, ce sera place aux cadors ! Brésil ou Mexique, France, Argentine, Uruguay ou Portugal. Que du lourd. Mais qu'importe. Le moment est venu. La Belgique doit prouver au monde qu'elle est à son apogée, qu'elle est mûre pour le dernier carré, qu'elle est capable, à nouveau, de rameuter la foule au pied du balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles.

Et le plus beau, c'est que ce scénario a été rendu possible par une joyeuse bande de réservistes en goguette. La Belgique B, c'est apparemment mieux que l'Angleterre B ou la France B. Ce qui nous permet de croire que les Diables Rouges disposent vraiment d'un groupe, pas juste de quelques belles fleurs auxquelles le marchand ajoute 2-3 herbes pour composer son bouquet.

Si elle a surpris, voire dégoûté certains observateurs anglais (titillés de voir des Diables Rouges "jouer le jeu" alors que Martinez avait dit que "la victoire n'était pas la priorité"), la Belgique des Tielemans, Thorgan Hazard et Januzaj, a placé Gareth Southgate face à ses propres contradictions, celle d'une Angleterre refusant le combat, comme un cheval refuse l'obstacle. Une attitude de résignation calculée qui a mis à mal les fiers préjugés sur le "fighting spirit" à la britannique.

Qu'importe. Si une dynamique a été brisée, c'est chez eux, pas chez nous.

Roberto Martinez, impérial dans sa gestion de groupe, a eu l'audace de faire confiance à 9 "back-ups" motivés, de ne pas brider leurs ardeurs, de ne même pas s'interdire un sourire bluffé sur le but de Januzaj, et, cherry on the cake, de relancer dans le grand bain Vinnie the King, dont l'irruption altière en fin de partie a fait penser à ces films où, au plus fort du combat, resurgit de nulle part le personnage principal, que l'on avait cru disparu à jamais dès les balbutiements de l'intrigue.

Plus qu'un géant qui prend des coups, la Belgique est une machine de guerre (on se comprend) qui, au fil des niveaux franchis, glane des points EXP, améliore ses aptitudes, et déverrouille même des personnages rares.

Et si, au final, c'était elle le véritable Boss du jeu ?

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