Carnet de russe : "Je ne suis pas un idiot même si j'en ai l'air"

Manuel Jous
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Manuel Jous - © RTBF.be / Belga Image

Quelques mots d'anglais récités avec plus ou moins de bonheur, l'un ou l'autre sourire esquissé pour la bonne cause. Comme prévu, la Russie a forcé sa nature pour briser les clichés et accueillir, comme il se doit, le visiteur étranger. Pour ma 8è visite dans ce fascinant pays, je constate le changement et l'effort. Il est appréciable. Et ce n'est qu'un début.

En revanche, il était d'illusoire d'imaginer une quelconque rupture avec les vieilles habitudes administratives et leurs dérives : la lenteur et la perte de temps.

La Russie est un pays où il ne fait pas bon être pressé. Le Transsibérien, et ses interminables traversées de steppes et de toundras, incarne ce culte du temps qui s'étire. Un art de vivre ? Peut-être. Mais quand les contraintes du métier imposent l'accélération, les champs magnétiques s'opposent.

Mon épopée russe a débuté hier dans le hall des départs de Zaventem à 9h, pour s'achever dans le lobby rococo d'un hôtel de banlieue à 22h.

Entre les deux, l'attente, parfois le blocage. 1h de retard pour une navette, causé par le délicat dédouanement d'un éclairage tv, et c'est toute une mécanique qui se grippe. A 30 minutes près, le stade Louzhniki refermait ses grilles sur nous, et c'est l'espoir d'une accréditation décrochée dès le premier jour qui s'envolait, entraînant avec lui l'obligation de... reporter le temps perdu au lendemain. Une sorte de planification absconse du point mort.

Car circuler dans Moscou un chrono dans la main et des objectifs temporels dans la tête, c'est un peu se prendre pour le démiurge, imaginer que par la seule confiance et la simple force de l'esprit, on pourra modifier le cours des choses.

Le camp de base des Diables Rouges se situe à Krasnogorsk, à 30 km au nord-ouest de la capitale russe. Temps de parcours moyen : 1h30.

Pour se rendre à Dedovsk (centre d'entraînement des Diables) à partir de Nikolo-Uryupino, lieu de résidence de la presse belge, il faut compter 30 minutes.

Echaudé par l'expérience de la veille, j'ai donc planifié une arrivée 3h avant les premières foulées d'Eden Hazard.

Mais même la prudence et l'anticipation ne prémunissent de rien. Car pour entrer dans le Saint des Saints, non seulement il faut montrer patte blanche avec son accréditation, mais également avec un ticket spécialement délivré pour la circonstance. Le paradoxe est là, il est plus facile pour un journaliste accrédité de pénétrer dans le complexe un jour d'entraînement fermé au public, qu'un jour d'entraînement ouvert...

Bilan de l'opération : encore 1h de perdue. Palabres inutiles avec un cerbère local (non-dénué d'un certain sens de l'humour bien russe : "je ne suis pas un idiot même si j'en ai l'air").

Coup de fils des uns à l'"autorité responsable", des autres au "responsable de l'autorité". Ou bien est-ce l'inverse ? Je m'y perds. Au final, rien ne bouge. Sauf quand un confrère avance l'idée lumineuse de compter le nombre de journalistes massés derrière les barrières, et de retrancher le total obtenu du nombre de tickets restants encore à distribuer. Histoire d'éviter l'overbooking. Un trait de génie salvateur qui a finalement eu raison de cette absurde course contre le temps.

Minutes effectives, minutes prestées. Dans un match de football, certaines statistiques font parfois état de ce hiatus. Il vaudra la peine, au terme de cette coupe du monde en Russie, de calculer le ratio minutes actives/minutes passives, heures de mouvement/heures d'attente. Un mouvement de balancier a priori inégal, face auquel nous ne sommes que peu de choses.

Allez promis, demain je parlerai un peu plus de foot. Mais, patience...

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