Carnet de russe : "Donnez-moi la petite soeur"

Manuel Jous : "Donnez-moi la petite soeur"
Manuel Jous : "Donnez-moi la petite soeur" - © Belga et RTBF.be

C'est un peu comme devoir réserver sa table à la brasserie parce que la maison mère est complète, s'y asseoir puis commander le second vin d'un grand cru médocain parce que le premier est trop cher.

La petite finale, c'est la version "cheap" de la grande. Un match sans enjeu, mais qui n'est pas amical. Un match pour l'honneur mais pas pour du beurre. Bref, quelque chose qu'on n'arrive pas à trop classifier. Un truc hybride, un peu "fellainien" dans le texte...

Et le pire ici, c'est que n'ayant pas trouvé de nouvelle conquête à séduire, on est obligé de rappeler une ex- pour un repas qui sonne déjà un peu "réchauffé"...

Présenté de la sorte, cela ne donne pas spécialement envie. Et pourtant, les Diables Rouges semblent encore avoir un peu faim.

Ayant écumé les mixed zone par centaines tout au long de mes (plus de) 20 années de journalisme sportif, je ne m'attends plus vraiment à être surpris par des déclarations d'après-match. 

Entre les "on a tout donné", "à ce niveau-là, la moindre erreur se paie cash", "c'est un détail qui a fait la différence", "on est tombé sur un bloc très solide en face", je pourrais presque tendre mon micro à un volontaire boutonneux de la FIFA que j'obtiendrais la même chose (quoique d'accord, tous les volontaires de la FIFA ne soient pas boutonneux et qu'il arrive même parfois que les volontaires soient en fait des volontaires (on le voit, le féminin ?) et que celles-ci arrivent à vous désarmer d'un simple sourire, mais je m'égare...).

Bref, dans la microscopique mixed zone du Stade de Saint-Pétersbourg (Vladimir, à 1 milliard d'euros la soucoupe volante, tu aurais pu faire un petit effort...), je fus positivement surpris par la maturité de nos Diables !

Du remarquable Thibaut Courtois (une valeur sûre à l'interview) au lunatique Kevin De Bruyne (qui venait, en l'espèce, d'éconduire un duo de journalistes anglais quelque peu à l'ouest et "n'ayant pas vu le même match"), tous sont venus nous tenir des propos étonnamment ambitieux pour l'heure de leur énoncé : la petite finale de samedi, ILS VEULENT LA GAGNER !

Légitimement, on aurait pu croire que le dégoût de l'élimination, l'amertume de la défaite, allaient les projeter vers un désir immédiat de retour au pays. Que nenni, quitte à arpenter les couloirs du Moscow Country Club et les vestiaires préfabriqués de Dedovsk depuis un mois, autant que ce ne soit pas pour finir sur deux échecs consécutifs.

Certains observateurs estiment que finir 3è ou 4è, c'est kif kif bourricot. Je ne suis absolument pas d'accord. Et les joueurs non plus, visiblement. On l'a compris : ils veulent que Mexico 86 soit enfin rangé au placard, qu'on foute la paix à Jean-Marie Pfaff et Léo Van der Elst pour de bon. Bref, que la Belgique finisse 3è et fasse mieux que les glorieux anciens de Guy Thijs !

On a envie de les rassurer en leur expliquant que c'est déjà le cas. En 86, les Diables n'avaient pas gagné 5 matchs comme aujourd'hui (loin de là, même, puisque une seule victoire avait été conquise endéans les 90 minutes...l'Irak !), et ils n'avaient surtout pas sorti le Brésil.

Dans le contenu, il n'y a donc déjà pas photo mais, l'histoire ne retenant que les chiffres, pour que "Russia 2018" devienne plus mythique encore que "Mexico 86", il faut finir 3è. Point barre.

Pour la 6è fois de l'histoire de la coupe du monde, deux équipes vont s'affronter...deux fois dans la même épreuve. Un événement inédit pour une petite finale. Après un duel d'équipes B à Kaliningrad, on rêve maintenant d'un duel d'équipes A à Saint-Pétersbourg.

Pour conclure en apothéose cette si bien nommée "épopée russe" !

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK