Xavier Mercier : "Je suis peut-être un footballeur du passé, mais ça me va…"

Xavier Mercier passe sur le gril d'Erik Libois
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Xavier Mercier passe sur le gril d'Erik Libois - © RTBF

Du haut de son petit mètre septante-trois, mais doté de ses petons magiques, il fait valser OHL qu’il a propulsé dans le top 6. Il évoque sa préférence pour les assists, Riquelme, ses deux passages au chômage, Marc Brys, l’amour des autres et Kamal Sowah. Mais aussi l’argent qui gâche tout, Deco, sa manie des caleçons, un selfie avec Zizou, Samuel Gigot et les huis clos du Covid. Sans oublier… Harry Kane. Xavier Mercier passe " Sur Le Gril ".

C’est la pause de midi, entre deux entraînements, au Complexe d’Entraînement d’Heverlee. Des éclats de rire fusent du vestiaire ; Joachim Mununga, consultant pour Complètement Foot et membre du staff louvaniste, passe la tête pour un check spécial Covid. Pour les mêmes raisons, l’interview a lieu en tribune : la buvette transformée en salle de déjeuner pour les joueurs, avec distanciation sociale, est interdite d’accès.

C’est un période très bizarre " commence Xavier Mercier en s’installant sur un baquet. " On joue à huis clos et l’énergie des supporters nous manque, surtout pour les fins de matches difficiles comme contre Bruges. C’est clair que cela influe sur le classement, car des équipes comme Bruges, Anderlecht et le Standard ont besoin de leur public pour mettre la pression sur des équipes fermant tout. Les clubs souffrent financièrement, même si, ici, la direction nous a directement rassurés : on a toujours été payés dans les temps et on ne nous a pas demandé de raboter nos salaires. OHL est un club du top, et avec le soutien de Leicester, on veut… et on va grandir. En fin de saison, on vaut le Top 8… mais si on peut s’installer plus haut et embêter les autres, on ne va pas cracher dessus ! " (rire)

" J’étais un peu forte tête… "

Cet été, crise du Covid et arrêt du championnat obligent, OHL ne savait pas dans quel série il jouerait, ni avec quel effectif... 3 mois plus tard, les Louvanistes squattent le haut du classement et sont invaincus face aux formations du G5. L’autre promu, le Beerschot, est aussi à la fête.

Le jeu en D1B est plus physique et plus défensif ; en D1A, il y a plus d’espace et on ne vous colle pas un joueur à la culotte… ce que je déteste " reprend le régisseur louvaniste. " Marc Brys souhaite nous faire évoluer vers un jeu plus dominant, je suis mieux profilé pour un jeu de possession où je touche beaucoup de ballons. Mais j’aime aussi le jeu de reconversion et gérer un match en underdog. J’ai plus de volume que par le passé, car je ne travaillais pas suffisamment et je n’écoutais pas les conseils : j’étais une forte tête (rires). J’aimais bien sortir, mais j’ai aussi eu un développement plus tardif, mentalement et physiquement. J’ai été longtemps le plus petit de l’équipe et j’ai dû aussi apprendre à me faire mal. Mais je n’ai pas de regrets. J’ai appris de mes galères. Et clairement, je vis actuellement la forme de ma vie. "

" Je marche à l’affectif "

Natif d’Alès comme Laurent Blanc, passé par le Centre de Formation de Montpellier, club champion de France en 2012 (" C’était la génération qui suivait la mienne, ils nous écrasaient ! "), Xavier Mercier a écumé les séries inférieures de l’Hexagone (Guingamp, Beauvais, Boulogne), avant d’éclore en Belgique à Courtrai, au Cercle Bruges et aujourd’hui à OHL.

Je n’ai pas connu la Ligue 1, mais clairement, on bosse plus dur en Belgique qu’en France. Je marche à l’affectif, j’ai besoin d’un entraîneur qui m’aime pour performer. J’ai fort apprécié Frank Vercauteren au Cercle, grâce auquel j’ai été champion de D2 et élu meilleur joueur de la série. Marc Brys a aussi compris comment je fonctionnais : c’est un coach très pointu tactiquement, mais aussi très chaleureux et qui sait entraîner une équipe derrière lui. Il parle beaucoup aux réservistes, car il sait bien qu’un titre se gagne plus avec le 18e joueur ou le 2e gardien, ceux qui vont pousser les autres, qu’avec la star de l’équipe ! Brys est tout bon, il mérite de coacher un club du G5 ! Moi, j’ai besoin de ressentir de la confiance pour jouer libéré : si vous jouez avec le couteau sur la gorge, car vous savez qu’au premier match moyen, vous volez sur le banc, c’est compliqué... J’en ai connu, des coaches qui me faisaient bosser en semaine…mais qui me laissaient sur le côté le week-end. Plein de fois, j’ai pensé arrêter le foot, je me suis même retrouvé deux fois au chômage, alors… Je raconte ça aux jeunes, certains écoutent, d’autres pas… Vous savez, l’argent gâche tout, surtout quand des jeunes en gagnent trop vite… "

" Une prime pour mes assists ? Ils n’ont pas voulu… "

Appelez ça une résurrection. Avec 3 buts et surtout 8 assists, Xavier Mercier affiche, à 31 ans, des stats de niveau européen : il est avec Harry Kane… le meilleur donneur d’assists d’Europe.

Ah d’accord, je l’ignorais… " réagit-il, tout étonné. " Mais bon, Kane c’est encore un autre  niveau: lui, il marque ! (rires). Moi, je préfère les assists : le foot est un sport d’équipe, et j’ai un caractère généreux. Après, marquer reste un sentiment particulier : vous êtes le point final d’une action et vous faites exploser le public… même si avec les huis clos, c’est moins le cas ! (clin d’œil) Je m’étais fixé 10 assists pour cette saison, là j’ai presque le compte… donc on va dire que je vise 15 en fin de saison ? Une prime pour les assists ? Non, je n’en ai pas… on a essayé de négocier ça, mais les dirigeants n’ont pas voulu ! (rires) On a d’ailleurs gardé nos contrats de D1B, avec juste un petit ajustement. Mais ce n’est pas grave… "

" Mercier, il est bon, mais… "

Gert Verheyen dit de lui qu’il voit le jeu plus vite que les autres. Pour Marc Brys, sa vista est l’une des meilleures de Pro-League. Décisif une fois tous les deux matches (auteur de 47 buts et 48 assists en 215 caps chez les pros), auteur en moyenne de 4 passes de finition par match cette saison, Xavier Mercier avoue un goût pour les joueurs chaloupés.

Quel pied ça doit être de pouvoir faire des assists à un attaquant comme Ronaldo ! Moi j’ai toujours apprécie des médians comme Deco et Riquelme. J’ai souvent entendu ‘Mercier, il est bon, mais…’ Y avait toujours un ‘mais’ derrière... Après, je comprends : j’ai pigé les choses fort tard et je n’ai pas toujours fait les efforts. Mais j’aime aussi me dire que je suis une sorte de footballeur comme on n’en fait plus, un ‘numéro dix à l’ancienne’ comme ils disent. Je suis peut-être un footballeur du passé… mais on n’est pas obligé de tout faire comme les jeunes ! " (rires)

 " Un transfert ? Jamais eu la chance de pouvoir choisir… "

Parmi les pépites d’OHL, il y a ce Kamal Sowah qui crève les écrans de Pro-League, au point d’être déjà sollicité…

"Kamal est un tout grand talent : le Ghanéen n’a que 20 ans et il ne va pas tarder à prendre sa place à Leicester en Premier League (NDLA : Leicester est le club-tutelle d’OHL), car sa marge de progression est énorme. On se faisait déjà plaisir ensemble, l’an passé en D1B, et je crois fort en ces connexions entre joueurs. On se trouve les yeux fermés, ça a tout de suite cliqué entre nous : il sait exactement où et quand faire sa course, car il sait que je vais poser le ballon là… Avec Thomas Henry, c’est la même chose : on se connaît depuis longtemps, on a des affinités hors du terrain, et ça aide. Avec Samuel Gigot aussi, on a de vrais liens : on a joué ensemble à Courtrai et même si c’est un pur défenseur, c’est le meilleur joueur avec qui j’ai pu jouer. Il s’épanouit aujourd’hui en Russie. Moi, si je pourrais signer là-bas, juste pour un beau contrat ? Je ne sais pas, je crois que je vais toujours privilégier l’aspect familial. Mais il faut toujours discuter, hein ! (clin d’œil) J’ai 31 ans, mais je sais que je peux encore progresser. Si un grand club vient ? Pourquoi pas ? Je ne me donne pas de limites. Et ça me changerait : jamais dans ma carrière, je n’ai eu la chance de pouvoir choisir, car je n’ai toujours eu qu’une offre à la fois… "

" Zizou grâce à ma femme… "

Admirateur du Real et de Zidane (" J’ai un selfie pris avec lui dans la rue à Milan…mais c’est ma femme qui m’a poussé, moi je n’osais pas lui demander "), superstitieux à ses périodes (" Je m’habille toujours pareil quand le match précédent était bon… oui oui pour le caleçon aussi, ça me met en confiance "), Xavier Mercier touche sur le tard à une certaine réussite.  Sans que cela ne change son regard sur le monde du cuir.

Le milieu du foot reste un milieu très spécial... Moi, j’espère que mes enfants ne prendront… pas ce chemin-là ! Ils feront évidemment ce qu’ils veulent… mais c’est tout de même galère de voir tout ce qu’on peut donner pour que finalement, ce soit un coach, par ses choix parfois très… personnels, qui décide de votre réussite. Car vous avez beau suer en semaine : si le week-end vous ne jouez pas, vous n’existez plus. Les gens l’oublient : ça reste un métier, vous êtes un simple employé, avec des patrons au-dessus qui décident ce qu’ils veulent... Malgré tout, le foot reste ma passion : je bouffe du foot tout le temps, je regarde tous les matches de D1A… et même de D1B ! Je resterais avec plaisir dans le foot après ma carrière, Marc Brys m’implique d’ailleurs dans son projet en me demandant souvent mon avis… Mais ce n’est pas moi qui fais la tactique, hein ! " (rires)

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