Wouter Vandenhaute (Anderlecht) : "Je veux être un Président discret et serein…"

Wouter Vandenhaute : "Je veux être un Président discret et serein…"
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Wouter Vandenhaute : "Je veux être un Président discret et serein…" - © KRISTOF VAN ACCOM - BELGAPLUS

Avec ou sans sucre ? " Éternelle chemise mauve cintrée – on est anderlechtois ou on ne l’est pas… – il sert lui-même le café dans son large bureau de sa boîte de prod TV, basée à Vilvorde. Trapu, amical… mais l’œil alerte sur les éventuelles questions-pièges, Wouter Vandenhaute reçoit pour sa première grande interview comme Président du Sporting d’Anderlecht. Habituellement, l’homme préfère l’ombre à la lumière… mais comme visage (depuis mai dernier) de l’institution la plus titrée du foot belge, il fallait bien qu’il cède un jour à un plan média. Celui-ci est suscité et encadré par le service presse mauve. Communiquer… tout en gardant le contrôle.

La presse a bien changé depuis mon époque, … " glisse cet ancien journaliste de l’actuelle VRT. " Tout est dominé par la concurrence, les médias sont à l’affût de la petite info qui fera le buzz. C’est un monde d’égos… et ce n’est pas mon style à moi. Je suis un homme de nature positive, je n’aime pas les polémiques : je suis attiré par les projets… et je ne ressasse jamais le passé. Ce qui est fait est fait. Il y a 3 ans, j’étais candidat au rachat du Sporting mais c’est Marc Coucke qui a été retenu… et je suis passé à autre chose. "

Sauf que, depuis, la roue a tourné : le milliardaire gantois a pris du recul… et passé la main.

Quand Marc m’a contacté l’automne dernier, c’était pour une mission de consultance. J’ai d’abord refusé… puis j’y suis allé. J’ai fait l’analyse du fonctionnement du club, j’ai constitué une équipe… puis je me suis retrouvé Président. C’est une charge à forte pression : on est l’image du club… mais je suis un Président actif. Je donne mon énergie au club, mais le Sporting m’en donne tout autant : je prends mes responsabilités car c’est un privilège de présider un club pareil. Et je gère sans souci mes émotions : je ne suis pas un type des extrêmes. Dans le sport, on gagne, on perd… mais après un match, je passe à autre chose. Je fais 10.000 km de vélo par an : quand je pars sur ma bécane, je ne pense plus au reste. Où je me situe aujourd’hui sur l’échelle du Bonheur de 1 à 10 ? On va dire entre 6 et 7 ? Je pourrais aussi dire 9… mais après, les supporters ne seront pas contents parce qu’on doit toujours faire mieux. Et ils ont raison... " (rires)

" Les finances ? Très mauvaises "

Car depuis deux ans, le Sporting traverse la crise la plus grave de son existence : sportive et surtout financière. La crise sanitaire n’a rien arrangé. On évoque un déficit cumulé de 100 millions d’euros dans les caisses mauves.

La situation financière du Sporting est très mauvaise, je ne vais pas le nier. Mais on a tout mis en place pour redresser tout cela. Notre plan de relance est sur les rails… et si on trouve un accord avec nos différents actionnaires, il n’y aura pas de problème. On bosse jour et nuit pour avancer mais en sport, il faut aller chercher le déclic au le bon moment. A Bruges aussi, ils ont mis des années pour revenir au sommet. La situation du Covid n’arrange rien. Quand aura-t-on un vaccin ? Va-t-on devoir rejouer à huis clos ? On ne contrôle rien de tout ça… Tous les clubs souffrent, mais ça peut changer très vite : un club comme Ajax a 100 millions en trésorerie, cela peut nous servir d’exemple. La télé, mon autre grande passion avec le sport, est aussi imprévisible : on ne sait jamais si une émission va réussir avant d'avoir les premiers chiffres d'audience. Il faut être créatif, et on l’est au Sporting : on a mené une campagne de transferts avec 4 millions d’euros ! On était obligés, on n’avait pas d’argent… "

Ce qui amène à des décisions sportives… comme le départ-surprise de Jérémy Doku vers Rennes.

Quelques jours plus tôt, on discutait encore d’une prolongation de contrat avec Jérémy… " rectifie Vandenhaute. " Mais son entourage nous a fait comprendre qu’il voulait partir et jouer la Champions League. Dans ce contexte, la proposition de Rennes était impossible à refuser. Mon cœur de supporter me disait de ne pas vendre Jérémie… mais je n’avais pas d’autre choix. Mais j’ai osé dire au Président de Rennes que le fait qu’ils jouent la Champions League et qu’on doive leur vendre Doku… n’était pas normal : c’était presque le monde à l’envers, c’est nous qui devrions être à leur place ! (Il grimace…) Vous m’auriez dit il y a quelques mois que je devrais vendre Doku, je vous aurai dit ‘Hein ? Pas question !’ On ne fait pas toujours ce qu’on veut… "
 

" Vincent apprend tous les jours "

En attendant, le projet mauve se poursuit avec à sa tête un entraîneur nommé Vincent Kompany… dont la reconversion comme coach n’était peut-être pas planifiée aussi vite. Alors question : Vincent Kompany est-il déjà un bon entraîneur… aujourd’hui ?

Vincent renvoie peut-être vers l’extérieur une image de distance et d’assurance… mais il est très humble et surtout soucieux d’apprendre. D’ailleurs, il apprend très vite ! Il accepte les critiques et c’est un vrai bosseur. On le soutient chaque jour et je n’ai pas de doute sur sa réussite. D’ailleurs, si vous envisagez l’échec, ça ne peut pas marcher : quand je choisis une voie, j’y vais à fond et je n’envisage rien d’autre. Avoir un plan B n’est juste pas possible… Poursuivre avec le duo Vercauteren-Kompany ? Si cela avait été possible, je l’aurais fait... Car j’ai une longue relation de 25 ans avec Frankie… et lui dire que c’était fini ne fut pas le meilleur jour de ma vie. Mais il faut le reconnaître: ça ne collait plus entre les deux hommes, et il fallait trancher. "

Trust The Process : une formule souvent employée depuis le début du projet Kompany. À tort et à travers. Et jusqu’à l’excès…

Personnellement, je n’ai jamais utilisé cette formule… " reprend l’homme fort mauve. " Mais au final, ce ne sont que des mots : ce qui m’intéresse moi, c’est le concret. Je constate que notre équipe a du potentiel et montre de belles choses. Il nous manque juste les 4 points perdus en fin de match contre Eupen et Mouscron… sans cela, notre classement parlerait pour nous et les commentaires seraient bien différents. Et je répète : notre ambition est de terminer dans le top 4 et d’intégrer les Play-Offs 1. Et on a aussi des joueurs avec de la folie en eux, comme Tau, Bundu ou Verschaeren : Jari revient de loin, mais je me réjouis de retrouver bientôt le Verschaeren révélé par Hein Vanhaezebrouck... Alors, vous savez, football de rendement ou football-spectacle, ce sont des discussions de comptoir... C’est comme pour un coach : ce sont les résultats qui feront de moi un bon… ou un mauvais Président. " (Il sourit)

" Rêver ? Il faut surtout convaincre… "

Parallèlement à la crise anderlechtoise, Bruges a assis son leadership sur le foot belge. Au point que tous les grands projets semblent émaner de la Venise du Nord.

Bruges est le leader actuel en Belgique, c’est prouvé par les résultats et je ne vais pas le nier " concède Vandenhaute. " Mais à Anderlecht, on bosse… et on reviendra. Comme Bruges, Anderlecht soutient le projet d’une Beneleague… mais je ne partage pas le volontarisme de Bart Verhaeghe : je vois bien, lors de nos réunions aux Pays-Bas, que les clubs hollandais sont bien plus réticents que nous, les Belges… Le football belge est plein d’autres ressources… mais ce n’est pas le lieu pour parler de cela ici et maintenant. Moi, chaque jour, j’ai plein de rêves… mais à quoi sert de rêver si je ne convaincs pas les autres ?

En cette saison particulière, marquées par tant de données fluctuantes, les 4 places en Play-Offs 1 seront chères… Mais ce format très particulier ouvre aussi tous les scénarios. Même celui d’un Anderlecht sacré champion ?

Un titre dès cette année ? Ce serait la… meilleure chose pour le Sporting, car succès sportif et financier vont toujours de pair. Et comptez sur moi pour garder les pieds sur terre : un succès sportif ne va pas nous aveugler, car nous savons le chemin encore à accomplir. Je crois fort en la dynamique de groupe : j’ai toujours fonctionné sur le collectif. Dans mes projets télé, j’ai composé mes équipes, j’ai installé de la confiance… et ça a toujours marché. Le sport, c’est la même chose : c’est de l’humain, c’est de l’émotion. Le monde du foot est un monde où règne beaucoup de méfiance : moi, je pense au contraire que la confiance paie toujours. On dit que le foot a changé, mais les joueurs fonctionnaient pareil il y a 30 ans : avec de la stabilité, une méthode et des valeurs, vous pouvez souder des gens autour d’un projet. Vous savez, à 48 ans, on m’a proposé de racheter le club de Nice, une ville que nous adorons, ma femme et moi. Mais je ne le sentais pas... Aujourd’hui, à 58 ans, je préside le club de mon cœur. Je veux transmettre mon fluide : je veux être un Président discret et serein. "

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