Witsel-Wasyl, il y a 10 ans déjà

Le Standard se déplace à Anderlecht ce dimanche, dans le cadre de la 6e journée du championnat de Belgique. La Pro League a de manière étonnante décidé de placer ce Clasico à une date lourde de sens. En effet, difficile de ne pas revenir sur ce qu’il s’est passé il y a 10 ans, le 30 août 2009: Marcin Wasilewski était victime d’un tacle d’Axel Witsel aux conséquences effroyables. Un traumatisme qui marquera de manière durable le football belge et les confrontations entre les deux équipes.

Ce dimanche d’août 2009, le Standard affronte Anderlecht dans une ambiance électrique. Le club liégeois est double champion en titre. Il a obtenu les palmes nationales quelques mois plus tôt suite à un test-match entre les deux formations. L’hégémonie anderlechtoise sur le championnat est mise à mal et la balance penche pour l’instant du côté de Sclessin.
Depuis plusieurs mois, les deux clubs gonflent leurs muscles dans leur communication. Tout est réuni pour vivre un Clasico hors normes.
D’autant plus qu’Anderlecht, invaincu, caracole en tête avec 4 victoires en 4 matches. Le Standard a loupé son entame de saison en partageant à 3 reprises pour une seule victoire. La défaite est donc déjà interdite pour les Liégeois.
"C’était une période où les matches entre le Standard et Anderlecht étaient des guerres, des matches où les joueurs étaient transfigurés, comme transportés dans un autre univers" expliquait Igor De Camargo à Sport Magazine en novembre 2018.

Dès le début de la rencontre, l’engagement est total et les duels très virils. A la 9e minute, Jan Polak subit un contact d’Igor De Camargo. Le Tchèque sortira quelques minutes plus tard, souffrant d’une déchirure des ligaments croisés au genou. Il sera écarté des terrains plusieurs mois.
A la 26e minute, c’est le choc. Axel Witsel laisse traîner son pied et heurte la jambe de Marcin Wasilewski. Celle-ci se brise sous la violence de l’impact. Le Polonais se tord de douleur, il souffre d’une double fracture ouverte de 8 cm du tibia et du péroné. Les joueurs et médecins s’affairent autour du défenseur anderlechtois. Ils sont touchés psychologiquement par ce qu’ils voient.

Le joueur est évacué sur civière et le match continue. Au final, les deux équipes se quittent sur un partage. Les buts sont inscrits après la blessure de Marcin Wasilewski, par Dieumerci Mbokani et Guillaume Gillet. Mais le résultat du match reste anecdotique à la vue du choc causé dans l’opinion publique.

Le déchaînement médiatique est immense. La maison des Witsel est bombardée de pierres, les menaces de mort fleurissent sur les réseaux sociaux, les banderoles assassines se multiplient sur les ponts d’autoroutes, certains réclament des travaux d’intérêt général pour le Soulier d’Or. Tout le monde se lâche.
Le fossé entre les pro-Rouches et les pro-Mauves se creuse.
Du côté anderlechtois, on demande une sanction exemplaire, on va même jusqu’à envisager un recours au civil pour obtenir des réparations. Au Standard, on reconnaît le caractère dangereux du geste, le pied en avant, mais il est qualifié avec insistance d’involontaire.
La manière de jouer de Marcin Wasilewski enflamme aussi les débats. Le polonais est un habitué des coups de coude. La rugosité de son jeu en fait un défenseur intraitable.

Après le match, Axel Witsel reconnaît effectivement sa faute mais nie avoir voulu délibérément blesser l’Anderlechtois. Au siège de l’Union belge de football, il exprime sa compassion. "Je regrette énormément ce qui s’est passé, et je veux exprimer ma compassion à Marcin Wasilewski, sa femme, ses enfants et le reste de sa famille. […] Je ne monte pas sur un terrain de football pour blesser quelqu’un." Il écope d’une sanction de 11 matches de suspension. Elle sera réduite à 8 matches en appel. Il sera spectateur des matches de son équipe jusqu’au 1er novembre 2009.

Marcin Wasilewski est opéré à trois reprises en 10 jours. On lui place un clou dans le tibia. Un temps évoquée, sa fin de carrière ne sera pas pour tout de suite mais il commence un long voyage sur le chemin de la rééducation.
 


>>> Retrouvez ici les vidéos et articles des anciennes confrontations entre Anderlecht et le Standard


Premières tentatives d’apaisement

De leur côté, les dirigeants tentent d’apaiser les tensions quelques semaines plus tard. La 8 octobre, Roger Vanden Stock et Lucien D’Onofrio se rencontrent sur terrain neutre, à Hélécine. Echange de maillots, coupes de champagne, communication apaisée, poignée de main : les deux hommes forts veulent tourner la page et "réconcilier les supporters des deux clubs".

Le 8 mai 2010, alors qu’Anderlecht est déjà sacré champion, Marcin Wasilewski fait son retour. Il rentre pour le dernier 1/4 d’heure face à Saint-Trond.
Il est réopéré durant l’été et ne fait son retour à la compétition que le 27 novembre 2010. "Après six opérations et plus d’un an de revalidation, la douleur était enfin partie" affirme quelques jours plus tard Wasilewski, qui tourne enfin la page médicale de cette triste affaire.

Axel Witsel communique sa satisfaction de revoir le Polonais sur les terrains. "Je suis vraiment content pour lui, ça doit lui faire du bien. Je confirme que je serais heureux de le rencontrer s’il le souhaite". Il a effectivement exprimé sa volonté de le rencontrer pour lui parler, mais Wasilewski n’a pas souhaité donner suite à ces requêtes.

Un séisme profond et une longue rédemption

Le traumatisme créé par cette affaire est profond. Le spectre de ce choc terrible entre Wistel et Wasilewski resurgit dès le match retour entre les deux clubs, au Standard, alors que cette rencontre aurait dû être celle de la rédemption. Le 17 janvier 2010, Axel Witsel est de nouveau exclu pour un tacle sur Roland Juhasz. Le Liégeois n’est pas d’accord avec cette sanction mais l’image de la blessure de Marcin Wasilewski est toujours bien présente dans l’inconscient collectif.

La carte rouge aurait-elle été donnée si cela avait été un autre joueur ? Dans un autre match que le premier entre les deux équipes après la blessure du Polonais ? Les questions fusent après le match.

Durant l’été 2011, Axel Witsel quitte le Standard pour Benfica. Il rejoint un an plus tard le Zénith Saint-Pétersbourg. C’est là qu’il va croiser la route de Marcin Wasilewski. A l’automne 2012, Anderlecht croise la route du club russe en Champions League.

Si les blessures physiques sont guéries, les relations entre les deux hommes font encore les choux gras. Le Polonais n’a toujours pas pardonné au Belge. Quelques mois avant la rencontre entre les deux clubs, Marcin Wasilewski s’était confié à un journal polonais sans vouloir éteindre le feu qui couve toujours. "J’ai perdu les meilleures années d’un footballeur, entre 29 et 31 ans, à cause de lui. Mieux que ça, c’était même mon rêve absolu de joueur : je voulais évoluer en Angleterre, découvrir la ferveur de la Premier League. Avant ma longue absence, je sais que des clubs britanniques me suivaient. J’y croyais donc. Aujourd’hui, j’ai dû abandonner cet espoir" expliquait l’Anderlechtois à Magazynie Futbol en mai 2012.

Malgré ces déclarations, Wasilewski joue l’apaisement. Le 24 octobre, les deux hommes se serrent la main avant la rencontre Zenith-Anderlecht. Ils ne s’étaient plus croisés depuis la sinistre soirée d’août 2009. La page est enfin tournée. Cela met fin à une affaire qui aura duré près de trois ans.

Et contrairement à ce qu’il imaginait, Marcin Wasilewski jouera bien en Angleterre. Il participe activement à la victoire de Leicester en Championship en 2014. Il est même dans l’effectif qui sera champion d’Angleterre en 2016, même s’il ne recevra pas la médaille de champion, n’ayant disputé que 4 matches (il en faut 5 pour la recevoir la médaille).

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. La rivalité entre le Standard et Anderlecht existe toujours. Les dirigeants ont changé et l’animosité a baissé d’un cran.

Ce dimanche, les deux clubs vont se retrouver sur le même terrain, presque 10 ans jours pour jours après la blessure de Marcin Wasilewski, pour cette fois-ci, on l’espère, parler de football, de vrai football.

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