Wilfred Ndidi, itinéraire d'un surdoué de l'ombre, de Genk au sommet de la Premier League

Ndidi, joueur prépondérant dans l'entrejeu de Genk ou de Leicester.
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Ndidi, joueur prépondérant dans l'entrejeu de Genk ou de Leicester. - © YORICK JANSENS - BELGA

Malgré la sporadique reprise de quelques championnats européens, le football sommeille depuis plusieurs semaines. L’occasion pour nous, de retracer les carrières de footballeurs qui ont, à leur manière, marqué notre championnat ces dernières années. Si certains ont profité du tremplin belge pour s’envoler vers d’autres horizons, d’autres n’auront jamais su surfer sur la vague Pro League et se sont échoués dans l’anonymat de petits championnats. Pour ce troisième opus, on évoque Wilfred Ndidi, arrivé dans l’anonymat à Genk et aujourd’hui courtisé par le gratin européen. Récit.


Retrouvez ici nos deux premiers récits de la série :

1. Marvin Ogunjimi, du rêve éveillé chez les Diables à l’anonymat thaïlandais

2. Frank Acheampong, le "Messi ghanéen" devenu chouchou du Parc Astrid


Place au désormais traditionnel flash-back. Nous sommes alors en janvier 2015. Un Genk en mauvaise posture, oscillant irrémédiablement entre les play-offs 1 et le ventre mou de Pro League, se renforce en annonçant l’arrivée du très jeune Wilfred Ndidi, 18 ans, en provenance du Nath Boys FC, club nigérian. Encore frêle et timide, Ndidi est présenté comme un “défenseur central, dur sur l’homme.” Personne ne se doute alors que c’est un cran plus haut, au poste de médian défensif qu’il va exploser quelques mois plus tard.

Son premier match en Belgique c’est contre Charleroi qu’il le dispute. Ndidi joue 74 minutes dans un rôle inhabituel de back gauche. Il ne fait pas de vagues offensivement, aucune erreur défensivement. Une sorte de métronome qui sait déjà quel va être son rôle. Bien au chaud, à l’ombre des projecteurs. S’il ne participe plus à aucun match de régulière cette saison-là, il profite de la forme bancale de Genk pour trouver un terrain de jeu lors des play-offs 2. Une cour de récré censée sauver l’exercice mitigé des Flandriens. Ndidi se fraye un chemin dans l’équipe-type. Il ne la quittera plus par la suite.

Lors de l’exercice 2015/2016, Ndidi devient un titulaire indiscutable. Au fil des matches, l’abnégation et la hargne du Nigérian poussent le staff flandrien à le faire monter d’un cran. Pour endosser un rôle de médian récupérateur qui lui sied tant, sorte de chien de garde de luxe devant la défense. Enfin à sa place, Ndidi brille, colmate les brèches, court, récupère, tacle, se sacrifie et se dépense sans compter ses efforts.

Une attitude qui plaît à ses entraîneurs. Si Peter Maes succède à Alex McLeish aux commandes du navire limbourgeois à l’aube de la saison 2015-2016, il pérennise la confiance placée en Wilfred Ndidi. Sans être flashy pour un sou, le Nigérian, reste le chef d’orchestre régulier d’un Genk irrégulier.

Et après deux saisons et demi à s’époumoner sur les pelouses belges, la Pro League devient trop petite pour lui. Même s’il ne l’avouera qu’à demi-mot, Ndidi rêve grand. Et il attise logiquement les convoitises. Les scouts sont interloqués par ce bonhomme, pas forcément grand, pas forcément costaud, pas forcément rapide mais essentiel au bon fonctionnement d’une équipe.

En janvier 2017, Ndidi a à peine 20 ans et il traverse déjà la Manche pour poser ses valises à Leicester. Des Foxes, tout juste auréolés du premier titre de leur histoire, qui sont en pleine reconstruction. D’emblée, Ndidi se voit assigné d’une lourde tâche : remplacer N’Golo Kanté qui a cédé aux sirènes de Chelsea. Immédiatement intégré à cet entrejeu new look, Ndidi s’érige comme la V2 de Kanté. Tout aussi combatif, pugnace et précieux que le Français. Tout aussi régulier, humble et discret que l’international des Bleus. L’homme de l’ombre idéal pour succéder à un homme de l’ombre adulé.

Toujours aussi constant et sûr de ses qualités, Ndidi n’a pas besoin de temps d’intégration. 10 jours après sa signature, il est propulsé titulaire contre Chelsea. Lors des matches suivants, il fait toujours partie du onze de base. Ses partenaires de jeu varient, mais lui répond présent. Lors de sa première demi-saison, il dispute 17 matches sur 18. Lors de l’exercice suivant 33 matches sur 38. Et lors de la défunte saison, il ne ratera que 132 minutes. (38 matches sur 38 !).

Cette saison, et malgré quelques blessures et l’interlude coronesque, Ndidi reste l’un des fers de lance de la belle épopée de Leicester, inattendu 3e de Premier League. Son style de jeu correspond parfaitement à la philosophie, faite d’un pressing haut et d’une intensité défensive énorme, prônée par le coach Brendan Rodgers. A 23 ans à peine, le Nigérian est le leader de Premier League en terme d’interceptions et de tacles réussis. L’inamovible socle qui permet aux autres médians, Youri Tielemans en tête, de se propulser vers l’avant l’esprit tranquille, conscients que Ndidi veille au grain pour colmater les brèches.

Si ses coéquipiers le surnomment “Spider” (araignée) pour sa faculté à être partout sur un terrain, la toile médiatique, elle, s’embrase. Après Genk, c’est Leicester qui commence à être trop petit pour Ndidi. Et si le Real Madrid semblait tenir la corde il y quelques semaines, d’autres mastodontes sembleraient s’être réveillés. Chelsea pense à lui pour succéder à Kanté (tiens, tiens…), Manchester United l’aurait ajouté à sa short-list et le PSG garderait également un œil attentif. Reste à voir si Leicester acceptera de lâcher son régulateur. Rien n’est moins sûr, à moins de faire péter la tirelire. Le comble pour un joueur, insensible aux aveuglantes lumières des projecteurs, qui pourrait, pour la première fois, faire parler de lui… en dehors des terrains.

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