Vincent Kompany et ses cumuls: "Chacun sait qu'il œuvre pour le bien commun..."

L'ex-Président et le nouvel actionnaire...
L'ex-Président et le nouvel actionnaire... - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Les Anglo-Saxons parleraient de workaholic : en Français, " bourreau de travail ". Déjà joueur, coach (jusqu’à l’arrivée de Frank Vercauteren) et inspirateur du fameux " Projet " mauve, Vincent Kompany va donc s’ajouter la casquette d’actionnaire du Sporting d’Anderlecht.

Le cumul des tâches passe mal dans le football belge, il génère souvent des critiques sur les conflits d’intérêt. On le voit avec Mehdi Bayat chevauchant deux entités, son Sporting de Charleroi et la présidence de l’Union Belge. On le voit avec Michel Preud’homme qui, au Standard, embrasse les fonctions de coach et de vice-Président. Un double rôle qui rappelle les fonctions futures de Kompany à Saint-Guidon…

En Belgique, le terme ‘cumul’ a toujours une connotation négative " explique Jos Verschueren, Directeur du Sports Management à la VUB et fondateur de l’International Football Business Institute à Bruxelles. " Dans les entreprises traditionnelles, il est courant de former son Conseil d’Administration avec des gens cumulant des compétences acquises ailleurs. La question n’est pas de savoir quelles sont les casquettes coiffées par une seule et même personne, mais la manière dont elle les combine. Ce qui compte, c’est la personnalité, l’éthique et la transparence. "

Hélicoptère et sac d'argent...

En Suède, Zlatan Ibrahimovic a pris des parts du club d’Hammarby… mais il n’y joue pas. Il y a une vingtaine d’années, Enzo Scifo devait boucler sa carrière de joueur à Charleroi… dont il était aussi devenu le coach et le Président ! La formule a rapidement tourné à l’aigre. En coiffant une casquette supplémentaire, Vincent Kompany s'exposera d'autant plus aux critiques... si la mayonnaise ne prend pas.

Kompany a sa personnalité et son charisme pour lui " poursuit Jos Verschueren. " Vincent est ce qu’on appelle un ‘intouchable’, à la fois comme joueur, comme Diable Rouge, comme enfant d’Anderlecht et comme ket de Bruxelles. Il fait partie de la famille mauve depuis toujours, il joue avec son cœur, il est au-dessus de tout soupçon : on sait tous que tout ce qu’il fait est orienté vers le bien de son club. Ce n’est pas comme Marc Coucke qui est arrivé en hélicoptère avec un sac d’argent ! (sic) Il faudra voir, bien sûr, si Kompany investit bien son argent… Mais sa combinaison de joueur-actionnaire est plus facile, selon moi, qu’un cumul de joueur-entraîneur. Car, passez-moi l’expression, ce n’est pas parce qu’une facture n’est pas payée qu’il fera de moins bonnes passes ! (rires) Après tout, il investit pour son futur… comme Witsel et Fellaini le font au Standard. Mais c’est vrai qu’eux n’y jouent pas… "

Transparence et éthique

Si la notion de cumul est si mal perçue en sport, c’est aussi sans doute du fait de cette culture de l’arrangement et du copinage qui peut être engendrée par le marché. Sur un marché aussi réduit que la Belgique, il n’est pas anormal de rechercher des synergies qui permettent de mutualiser les gains.

Les deux mots-clés sont ‘transparence’ et ‘éthique’ " analyse Jos Verschueren. " Si tout est communiqué de manière claire et professionnelle, si tous les chiffres sont publiés dans des bilans annuels et publics, il n’y a aucun problème. C’est exactement ce que fait Wouter Vandenhaute en revendant ses parts dans Let’s Play, l’agence de management de joueurs qu’il a créée : il s’engage à 100% pour le Sporting… et il le dit publiquement. "

Amener aussi son réseau...

Le cumul est aussi analysé dans le contexte, très belgo-belge, du consensus. Mais il peut aussi être synonyme de cumul d’expériences, au bénéfice d’une structure faîtière.

Quand on parle de ‘compromis à la belge’, c’est souvent péjoratif " conclut Jos Verschueren. " Mais ce que conviennent aujourd’hui Coucke et Vandenhaute, c’est précisément un compromis : Coucke fait un pas de côté car il se rend compte que son image est négative... et il lance un homme neuf mais issu du sérail. Non pas un homme de show comme lui, mais un vrai homme de médias, doublé d’un entrepreneur chevronné, avec sa connaissance du foot. Quand vous intégrez une structure, vous n’amenez pas que votre petite personne : vous amenez aussi votre networking, votre réseau de contacts, votre carnets d’adresses. Vous créez des synergies et c’est une force en soi. Avec ceux que j’appelle ‘ses quatre mousquetaires’, Vandenhaute, Kompany, Van Eetvelt et Vercauteren, je crois que maintenant Anderlecht est paré… Car chacun est à sa bonne place. "

Et avec du sang mauve…