Vadis Odjidja : "Je n'avais pas les sous pour m'acheter un maillot"

Prodige de Neerpede, on le disait voué au destin de Vincent Kompany : pour son retour en Belgique dans son vrai club de cœur, il occupe déjà le rôle central sur l’échiquier buffalo. Le régisseur gantois évoque le Soulier d’Or, le nouveau rêve de titre d’Ivan De Witte, ses retrouvailles avec Anderlecht, Georges Leekens et la place de l’argent dans le foot. Mais aussi la psychologue gantoise, son non-destin de coach, Gunther Schepens, sa vision du collectif et son rôle de Papa. Et surtout un possible plongeon dans la Lys. Vadis Odjidja passe "Sur le Gril".

Revenu à Gand cet été après avoir testé la voie de garage en Grèce, Vadis Odjidja revit : fini les pépins physiques, fini les bizarreries athéniennes, l’ex-produit anderlechtois retrouve ce week-end l’académie mauve où il a fait toutes ses classes d’âge. "J’ai fait ma formation à Neerpede, mais c’est à La Gantoise que j’ai débuté tout petit " explique le Belgo-Ghanéen. " Je rêvais d’y jouer un jour en équipe première, et c’est le cas aujourd’hui. Le club a bien changé depuis cette époque : il y a ce nouveau stade, le titre de champion nous a fait passer un cap, je découvre un club qui a pris une nouvelle dimension. Je veux apporter ma pierre au processus et, pourquoi pas ?, concrétiser le vœu de mon président qui veut encore être champion avant de céder la barre. Avec les play-offs, tout est possible : qui dit que, si on se qualifie, on ne peut pas refaire le coup presque réussi par le Standard l’année passée ? Et si on est champion, ce sera au Président De Witte d’imiter ce que Michel Louwagie avait fait la dernière fois : plonger dans la Lys. S’il le fait, je plongerai peut-être avec lui…" (rires)

Avant cela, il faudra d’abord redresser une barre assez défaillante avant Noël, avec le limogeage de Vanderhaeghe et l’arrivée du Danois Thorup . "On a connu un bon flow juste avant la trêve, il ne manque pas grand-chose à l’équipe même si on sait que la lutte sera serrée. Mais on reste positif : c’est dans ma nature, toujours voir ce qui va au lieu de ressasser. Dimanche, face à Anderlecht, on jouera notre jeu : ça reste un match spécial pour moi, j’y ai découvert le professionnalisme même si on ne m’a pas donné de vraie chance. Aujourd’hui, je me dis que les jeunes ont un autre sort à Anderlecht. Si j’y aurais ma place actuellement ? Je ne sais pas… et je m’en fiche : ce sont des questions de journalistes, moi ce qui m’intéresse c’est ma propre équipe, rien d’autre."

Fan de Gunther et Nordin

Abonné depuis petit aux tribunes gantoises ("Les jeunes du club recevaient des tickets pour les matches, j’étais fan de Gunther Schepens et de Nordin Jbari…"), Vadis Odjidja trouvait tout naturel de revenir au bercail avant même la fin de sa carrière. " Après 4 ans passés à l’étranger, je ne trouve pas le championnat belge fort changé. Bien sûr les joueurs passent, mais le niveau reste comparable. Ici à Gand, j’ai retrouvé mes amis et tous ceux qui font que je me sens bien. Ça me rappelle mes jeunes années, où on jouait dans les quartiers. Le maillot que je portais ? On n’a manqué de rien mais on n’avait pas les sous pour se payer le maillot de notre idole… On vivait avec des petits moyens, et ça a peut-être joué dans ma volonté de réussir. Mais c’est surtout une question de caractère : vous avez des jeunes très doués qui ont aussi envie de réussir… mais ne bossent pas suffisamment. "

On lui parle du Soulier d’Or… et il le reconnaît humblement : ça ne le branche pas. "C’est le côté paillettes du foot qui ne m’intéresse pas… et donc je n’ai pas suivi. J’y suis allé une fois, l’année de ma 4e place (NDLA : 2011), mais j’ai tout de suite été mal à l’aise dans cette ambiance. Le Soulier d’Or, c’est pour permettre aux supporters de prendre des selfies avec leurs joueurs préférés ou aux femmes de ceux-ci de montrer leur décolleté (rires). Cela dit,  félicitations à Hans Vanaken ! D’ailleurs, on m’aurait demandé, j’aurais voté pour le même podium, avec Carcela et Pozuelo pour compléter. Au Legia Varsovie, j’ai été élu meilleur joueur du championnat mais ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Par contre, lever le trophée du champion avec mes équipiers quand on a gagné le titre était tout autre chose : seuls les prix collectifs ont de la valeur pour moi. Quand j’étais petit, mes Coupe de meilleur joueur d’un tournoi faisaient surtout plaisir à ma famille…"

Long Couteau

Cette saison, Roberto Martinez a appelé un Gantois en sélection… mais ce fut Birger Vestraete : le parcours en Diable d’Odjidja reste bloqué à 3 sélections. "J’ai un petit pincement au cœur quand je vois les Diables à la télé mais je ne saurai sans doute jamais si j’aurais pu figurer dans la génération actuelle. Il faut dire que le sélectionneur de l’époque m’avait dit que je devais m’expatrier pour hausser mon niveau et gagner ma place dans le noyau. Mais quand ce même entraîneur est devenu mon coach en club, il a bloqué mon transfert qui aurait pu faire décoller ma carrière et me permettre d’afficher une toute autre carte de visite. De quel entraîneur il s’agissait ? Je préfère ne pas répondre…"

C’était Georges Leekens à Bruges, et le transfert de Vadis vers Everton achoppa pour 4 petites minutes au-delà de la fameuse limite de minuit… "Mais c’est comme ça, je me dis que Dieu l’a voulu. Peut-être que si ce transfert avait eu lieu, mon destin aurait été pire. Mais je ne regrette rien : ma famille est d’origine ghanéenne, j’apprécie ce beau pays mais mes attaches sont ici en Belgique. Lé Fédération du Ghana m’avait approché à l’époque, mais mon choix était la Belgique."

Fausses promesses

Il le reconnaît, les interviews ne sont pas trop son truc ("Les journalistes nous interrogent toujours sur les à-côtés…") : il se fait donc rare dans les médias. Vadis Odjidja raffole pourtant de parler du jeu : "Ces dernières années, le foot est devenu très tactique, et c’est un registre que j’apprécie. Avec l’expérience, je lis mieux le jeu et c’est vrai, j’ai le sentiment de vivre mes meilleures années. Mais, pour autant, je ne me vois pas coach plus tard : c’est un métier où vous êtes sans cesse sous pression et où vous devez gérer des noyaux de 25 joueurs… en n’ayant pas forcément tout en main. Moi, je préfère être sur le terrain : là au moins, je joue avec mes pieds et je suis maître de mon destin…"

Lui qui se serait bien vu psychologue… s’il n’avait pas percé dans le foot, se méfie comme de la peste des leviers du monde du foot. "J’ai la passion du ballon, mais je me tiens à distance du milieu. On est trop souvent victime de guéguerres ou de fausses promesses, je l’ai encore vécu à l’Olympiakos où je me suis subitement retrouvé sur le côté. L’argent domine tout, mais pour moi il est une manière de mettre ma famille à l’abri. Si je signerais aussi en Chine ? C’est difficile de répondre comme ça : il faut peser le pour et le contre, le projet sportif et le contrat."

Appel vidéo

Avec une nouvelle donne fondamentale : désormais le curseur est centré sur la famille. "Moi, je me ressource avec les miens, je suis maintenant Papa de deux jeunes enfants qui m’aident à prendre de la distance. C’est nécessaire : j’ai toujours été très mauvais perdant, je m’énerve encore pour des choses ridicules. J’ai évoqué cela avec la psychologue du club, qui a dressé une fiche psychologique de chaque joueur. Quel est mon profil ? Demandez-lui ! (rires). Mais quand je rentre chez moi et que ma fille me saute au cou, j’oublie toutes ces défaites qui, auparavant, pouvaient me miner plusieurs jours. Avant chaque match, j’ai besoin de téléphoner à ma femme et de voir mes enfants en appel vidéo, c’est ma manière d’aborder calmement une rencontre."

Et de booster ses Buffalos, actuels 7es au classement et engagés dans une course-poursuite vers les play-offs après un début de campagne bien raté. "Je reste positif, on a les moyens de parvenir à nos objectifs… mais je le reconnais : je ne suis pas revenu ici pour rater le top 6 !"

Et si tout ça finissait en mai dans la Lys ?

 

"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce samedi soir à 22h10 et ce dimanche vers 16h30. Et ce lundi en télé dans La Tribune.

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