Un an de projet Kompany à Anderlecht : figue et raisin...

Vincent Kompany et Marc Coucke, l'eau et le feu, la figue et le raisin.
Vincent Kompany et Marc Coucke, l'eau et le feu, la figue et le raisin. - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

C’était le 19 mai 2019, c’était un dimanche, quelques heures avant un duel décisif entre Buffalos et Mauves pour un dernier ticket pour l’Europe. De ce duel, plus personne ne parlera car l’onde de choc avait eu lieu : à une reconversion à City ou une place dorée à Miami dans le club de David Beckham, Vincent Kompany préférait un retour à Saint-Guidon où il avait obtenu les clés du club, pour un projet sportif-pilote, centré sur la jeunesse et le jeu offensif.

Douze mois plus tard, le Sporting a connu une saison en dents de scie : le Covid-19 est venu briser les rêves d’Europe. Pour la 2e année de suite.

C’est la théorie du verre à moitié vide ou plein, cette saison tient à la fois de l’échec et de la réussite " analyse Alex Teklak, consultant  RTBF et Proximus. " Le démarrage fut très compliqué, avec beaucoup de balbutiements, une très mauvaise communication et un climat de confusion sur les rôles qui n’auront pas favorisé une stabilité interne. L’arrivée de Frankie Vercauteren a clarifié les choses et a permis à Vincent Kompany de prendre du recul, de se soigner et de se concentrer sur le terrain, où il fait le plus de bien. Il faut être conscient de la chance qu’on a, en Belgique, d’avoir un joueur de sa trempe ! Je pense que le match de Coupe de Belgique au Beerschot a été un moment-charnière : Vincent s’y est blessé et a pris conscience ce soir-là qu’il ne pouvait pas assumer tous les rôles. "

Montée en puissance

Le moment d’un changement de cap intégral, qui a débouché sur une 2e partie de saison autrement productive.

" Après des débuts en dents de scie, les jeunes se sont épanouis " poursuit Teklak. " Sur la fin de saison, Vlap est monté en puissance, Sambi Lokonga s’est affirmé et Doku a crevé l’écran. Avec ce dernier, l’avenir sportif et financier du Sporting est garanti : ce garçon va faire gagner Anderlecht… puis lui rapporter beaucoup d’argent ! Sans le coronavirus, le Sporting aurait pu jouer l’Europe jusqu’au bout et au final, ce qui était raté ne l’est pas tant que ça. En revanche, carton rouge pour la com qui, jusqu’au bout, aura été défaillante, tant sur le contenu que sur le timing. Et quand les résultats sont absents, logique que le public et les médias vous tombent dessus… "

Trust The Process. Cette phrase, tenue telle une rengaine dès le début du projet, s’est progressivement dissipée alors que, paradoxalement, le projet prenait corps. Mais le projet Kompany, sur les moyen et long termes, est-il forcément destiné à réussir ?

L’arrêt du championnat et le confinement ont sûrement permis aux dirigeants mauves de réfléchir et de préparer des ajustements " poursuit Teklak. " L’arrivée de Peter Verbeke comme Directeur Sportif est un signe clair : plus que jamais, le Sporting veut travailler avec ses propres réseaux de scouting et de formation et diminuer les rôles des agents, trop invasifs depuis des années. Compter sur ses propres forces est présenté comme exceptionnel… alors que cela me semble juste normal, vu la qualité de l’Académie de Neerpede. Après, cela demande du temps… et on sait qu’en football, à fortiori dans un club de pointe comme Anderlecht, le temps est très relatif vu la nécessité de résultats. C’est cela qu’il faut sans cesse expliquer au monde extérieur et au supporter lambda : aligner des jeunes implique un manque de régularité et impose un accompagnement spécifique. La meilleure garantie du maintien de la ligne s’appelle d’ailleurs Kompany lui-même car, avec son nom et le fait qu’il soit l’auteur du projet, rien de fâcheux ne peut lui arriver. Et la présence de Vercauteren est son meilleur gilet pare-balles… "

Le bide Nasri

Au-delà du sportif, le Sporting devra tout de même résoudre ses soucis structurels et de trésorerie…

Ce n’est pas la faute de Kompany, mais la question de la masse salariale reste un énorme boulet. La crise du coronavirus a accru le problème, on l’a vu avec l’épisode  des efforts financiers demandés aux joueurs qui n’a pas été très bien géré. Le Sporting doit se réinventer au niveau salarial et ne plus commettre des erreurs comme l’engagement à prix d’or d’un joueur comme Nasri. A fortiori sans résultat probant. "

Reste l’avenir. Avec cette rumeur persistante, lancée par… Roger Vanden Stock lui-même, d’un scénario de revente du club à terme : le Président-propriétaire Marc Coucke passerait la main à... Vincent Kompany, l'ex-joueur-entraîneur devenant ainsi joueur-dirigeant.

Kompany Président ? Peut-être. Mais propriétaire, j’ai mes doutes… " conclut Teklak. " Vincent a évidemment très bien rentabilisé sa carrière, mais de là à avoir les reins aussi solides... Marc Coucke a bâti une fortune considérable, mais se permettre de racheter un tel paquebot à un prix fort demeure une sinécure... Enfin, dans son trajet personnel, je pense que Kompany a surtout envie de d’abord passer par la case de coach-manager à 100 %. Ensuite, oui, je le vois bien devenir un excellent dirigeant… "