Théo Bongonda: "Je préfère la reconnaissance de Zizou à celle de la Belgique entière…"

Théo Bongonda: "Je préfère la reconnaissance de Zizou à celle de la Belgique entière…"
Théo Bongonda: "Je préfère la reconnaissance de Zizou à celle de la Belgique entière…" - © Tous droits réservés

À croire que la saison de son Racing épouse sa propre courbe de forme : après des mois de blessure et de doutes, le flanc gauche de Genk sort la tête de l’eau et mise sur les Play-Offs 1. Il s’exprime sur sa pancarte à 7 millions, Vincent Kompany, le génocide au Congo, Robbie Rensenbrink et les Diables Rouges. Mais aussi Dieu, le Football-Gate, sa présumée arrogance, l’Anglais de Mazzù et Kara Mbodj. Sans oublier Call Of Duty. Et surtout Eden. Théo Bongonda passe " Sur le Gril ".

Dreadlocks en bataille, t-shirt souple découvrant ses avant-bras tatoués jusqu’à l’os, il se présente un peu en retard au rendez-vous. Mais il a ses bonnes raisons : la matinée a été chargée, avec l’entraînement, le repas collectif… et surtout la prière.

Je prie cinq fois par jour depuis mes 14 ans, je suis musulman " explique Théo Bongonda.Je ne vous dirai pas sur quoi je prie, ça ne regarde que moi et Dieu : chacun y trouve ses motivations, je le fais car je dois le faire et je le fais pour moi-même mais cela me permet de mettre les choses à leur juste place. Et non, je ne prie pas pour savoir si Genk sera en Play-Offs 1 ! (rires) J’aimerais bien le savoir, mais ce n’est pas moi qui décide. Même si sur le terrain, c’est vrai, j’ai mon petit rôle à jouer. Mais là, on entre dans un autre débat… " (rires)

" Le terrain qui parle "

Un débat très chaud qui bat son plein, car la concurrence est vive, et les pronostics sont ouverts… sans forcément pencher côté limbourgeois. Car le calendrier de Genk est impitoyable : après Zulte et Gand depuis la reprise, le Racing va quasi enchaîner Charleroi, l’Antwerp, le Standard, Bruges et Malines !

C’est clair que j’aurais préféré autre calendrier, mais je le vois comme un bon challenge pour situer la progression équipe. J’ai un bon feeling, on va vivre des matches intéressants : jusqu’ici nos stats ne sont pas bonnes face au top 6, mais un match n’est pas l’autre et tout peut arriver. On se prépare avec l’esprit adéquat, et pour le reste c’est le terrain qui parle. Qu’on mérite ou pas ces Play-Offs 1, je m’en fous : du moment qu’on y est. Mais c’est vrai qu’avec ce mercato qui nous a fait perdre Samatta et surtout Berge, un joueur fantastique, ça ne s’annonce pas facile. "

" Avec la tête que j’ai, je savais qu’on ne me raterait pas… "

Placardé depuis l’été dernier, avec ses 7 millions d’euros, " transfert le plus cher de l’histoire entre clubs belges ", Bongonda ne veut pas se cacher derrière cette étiquette pour expliquer son retard à l’allumage.

J’ai été blessé et j’ai eu des soucis privés jusqu’en novembre : depuis qu’ils sont réglés, je joue plus libéré et ça se voit. C’est normal qu’avec un tel montant sur ta tête, on t’attende au tournant. Mais avec la tête que j’ai (sic), mon look, mon caractère entier et mon style qui n’est pas des plus simples (re-sic), je savais qu’on n’allait pas me rater. Je dois toujours faire deux fois plus que les autres pour être jugé à ma juste valeur, mais c’est comme ça : les critiques me motivent. J’ai tellement bossé durant ma jeunesse pour être là, j’ai tellement traversé des trucs que plus rien ne peut me déstabiliser. Les critiques me font rigoler, car je sais que je vaux. Si Genk a sorti le chéquier pour moi, c’est qu’il estimait que je le valais. En Belgique, je sais que je ne suis pas le type de joueur qui plaît le plus, mais je me fiche de la reconnaissance extérieure : je suis là pour prester et le seul regard qui compte est celui de ma famille. Arrogant, moi ? Pas du tout : je crois en moi, car ceux qui ne croient pas en eux n’y arrivent pas. Et si je disais le contraire, vous me diriez que je n’ai pas d’ambition... "

" Robby ? Connaîs pas… "

Après sa saison folle à Zulte Waregem (" C’est mon vrai club de cœur, c’est là que j’ai tout connu et que je me suis relancé "), marqué par 14 buts et 14 assists, l’ailier-dribbleur a été courtisé par les 3 grands clubs belges et est souvent associé à l’ADN anderlechtois : technique, spectacle, victoire.

Rensenbrink ? C’est qui, Rensenbrink ? Désolé, je ne connais pas, jamais entendu ce nom-là… " s’étonne-t-il quand on le confronte à celui qui faisait chavirer le foot belge durant les années 70. " Vous me dites que j’ai un profil semblable, un joueur d’affiches, capable de faire se lever un stade et de gagner un match à lui seul ? Je ne sais pas, j’essaie juste de faire ce que je sais. J’ai un style différent des autres, alors j’essaie simplement de l’exprimer. Pour le reste, je suis dans mon monde et je trace ma route. J’ai progressé physiquement à Genk, j’ai plus de volume de course, parce c’est vrai qu’avant, j’avais tendance à me reposer sur ma technique. Là, je ne suis pas encore au max, mais le meilleur est à venir et je sais que ça va le faire. Vu les circonstances la Champions League, cette année, me laisse forcément sur ma faim… mais je compte bien la rejouer, inch’Allah ! Je veux repartir un jour à l’étranger, et le foot espagnol me fait toujours rêver. Mais avant de rêver, il faut prester ! "

" Mon maillot préféré, c’est… le mien "

Car notre oiseau a déjà connu 3 saisons la Liga : de quoi remplir son carnet d’adresses et son armoire à souvenirs.

Avec le Celta Vigo sous Eduardo Berizzo, le meilleur coach de ma carrière, on a battu Barcelone et le Real Madrid. Je ne sais plus si j’ai réussi à dribbler Lionel Messi (rires). Mais ce dont je me rappelle, c’est d’avoir vu l’Argentin éliminer un de mes  équipiers sur une simple feinte de corps… avant même d’avoir reçu le ballon. J’étais à deux mètres de lui, je n’en revenais pas. Ce soir-là, on a perdu 6-1… J’ai causé avec des joueurs comme Benzema, Griezmann et Marcelo, j’ai aimé jouer contre eux et, un jour peut-être, je jouerai… avec eux ! (sourire). J’ai leurs maillots dans une armoire chez moi… mais mon maillot préféré, c’est le mien ! Quand j’étais gamin, je tentais d’imiter Cristiano Ronaldo… mais aujourd’hui, je joue comme moi je veux ! Même si je me réincarnerais bien en Neymar ! Moi, j’aime bien les fous, et lui est trop fort. Je vois le joueur, pas l’homme : sa vie, je m’en fous. Le pognon, le côté star, le bling-bling, ça ne m’intéresse pas ! C’est comme la mort de Kobe Bryant : je ne connais rien en basket, ce drame est terrible… mais des gens meurent chaque jour. Et je n’ai pas vu autant de réactions pour le génocide au Congo… "

" Zidane a baissé sa vitre et m’a félicité… "

À Santiago Bernabeu, Théo Bongonda a croisé un autre phénomène : un certain ZZ. Comme Zinedine Zidane.

Pendant un arrêt de jeu, j’attendais sur mon flanc, devant son petit rectangle. Je me suis retourné vers lui et je lui ai dit : ‘Zizou, t’es un grand’. Après le match, j’attendais un taxi, une voiture s’est arrêtée, la vitre s’est baissée, c’était… Zidane. Il m’a dit ‘tu es un bon joueur, continue comme ça’. Je n’en revenais pas ! C’est un grand Monsieur : je préfère recevoir la reconnaissance d’un Zizou que de toute la Belgique ! "

A Genk, Bongonda évolue sous les ordres d’un autre coach de renom… par procuration. Entraîneur des jeunes à Dortmund, Hannes Wolf y avait pour mentor un certain Jürgen Klopp.

Il nous en parle parfois… mais pas trop : Wolf a ses propres accents et il veut tracer sa route. C’est dommage que Felice Mazzù ait échoué ici : ça collait très bien entre lui et moi, et ça aurait pu le faire pour lui ici. Mais il y avait trop d’attentes après le titre de champion et reprendre le flambeau était difficile pour lui. La langue a sans doute été un handicap : avec tout le respect que j’ai pour Felice, il aurait sans doute dû plus se préparer à l’usage de l’Anglais. À Charleroi, on ne parle que le Français, je suis bien placé pour le savoir… " (NDLA : Bongonda est originaire du Pays Noir)

" Plus rien à apprendre au niveau technique… "

Revenu en Belgique pour se relancer après son échec de Trabzonspor (" En Turquie, le foot c’est de la politique, on m’y a écarté sans explication après 3 matches… mais chaque jour, je reçois encore des messages de supporters me demandant de revenir un jour, ce matin encore des Turcs de Genk m’en ont parlé au magasin, je ne sais pas ce que je leur ai fait " rigole-t-il), Bongonda avait retrouvé ses marques dans l’écrin waregemois qui l’avait fait éclore. Tout jeune, en test avec son pote Jason Denayer, il avait même refusé de signer… à Manchester City.

" C’était pour jouer dans l’équipe B… et moi je voulais jouer en équipe première ! Après les 6 années passées à l’Académie Jean-Marc Guillou, à jongler pieds nus, 6 jours sur 7, même en hiver, je n’avais plus rien à apprendre niveau technique. Avant d’entrer chez Guillou, j’avais une technique dégueulasse, même pas capable de faire une passe du droit ! Je ne dis pas que je suis le meilleur ! Je dis juste que les ballons difficiles ne me font plus peur. En Belgique, je ne connais pas tous les joueurs, mais le défenseur le plus casse-couilles, c’était Kara Mbodj : qu’est-ce qu’il était dur ! Vincent Kompany m’a aussi impressionné cette année… mais je l’ai dribblé quelque fois. " (sourire)

" ‘Vieux’ Eden, s’il me dit de fermer ma gueule, je la ferme… "

Les deux hommes se recroiseront-ils un jour chez les Diables ? Multi-capé chez les Diablotins, Bongonda n’élude pas le sujet. D’autant que sur " son " flanc gauche évolue un certain Eden Hazard

Bien sûr que je pense aux Diables, mais c'est Roberto Martinez qui décide, pas moi... J’entre sans doute dans le bon âge, mais je dois le montrer sur le terrain. Et puis, vu la concurrence, je devrai faire mon trou petit à petit. ‘Vieux Eden’ (il fait un clin d’œil), je ne vais pas dire que je cirerais le banc avec plaisir derrière lui, mais il me fait saliver : même s’il enchaîne 10 mauvais matches, je lui pardonne tout, tellement il est fort. Si lui me dit de fermer ma gueule, eh bien je la ferme ! Mais c’est le seul. " (rires)

" Content de ne pas être né le cul dans le beurre "

Déjà objet de 5 transferts à seulement 24 ans, Bongonda a toujours eu la bougeotte. Mais pas à n’importe quel prix.

Je déménage beaucoup, c’est vrai, mais j’aurai l’occasion de me reposer après ma carrière. (rires) L’argent n’est pas mon moteur : j’aurai pu aller en Egypte gagner des fortunes, mais je regarde d’abord le bien-être de ma famille. J’ai grandi dans un milieu avec des valeurs, je n’ai jamais eu le cul dans le beurre… et tant mieux : je sais ce qu’est vivre avec peu et je ne veux pas gâcher ma vie pour quelques milliers ou même millions d’euros. Les perquisitions de cette semaine montrent encore le moche côté du foot : je joue mes matches mais pour le reste, je ne fréquente pas ce milieu. Et si tu te prends la tête avec tout ce qui se passe, tu meurs d’un AVC (sic). Ce que j’ai, je suis allé le chercher moi-même et je ne dois rien à personne. Moi, le soir, je rentre chez moi, je regarde mes enfants et je m’amuse à Call Of Duty. J’y suis très bon d’ailleurs. " (rires).

Ne lui reste qu’à marquer des points pour placer Genk aux Play-Offs. Puis en engranger pour être happé chez les Diables. En attendant, il cote l’interview : "  C’était sympa, toi t’es pas chiant comme les autres ! " (rires)

On l’a pris pour un compliment.

 

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

 

 

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