Sur le Gril - Gianni Bruno : "Je ne sais pas moi-même ce qui m'arrive…"

A Waregem, on peut facile le surnommer Monsieur 48 % : avec ses 16 buts et 5 assists, il a un pied dans quasi la moitié des pions flandriens… et son club lui doit une bonne part de sa remontée-éclair. Il évoque le but crasse pointe, Salomon Kalou, les Play-Offs 1, Simon Mignolet, ses galères, Rudi Garcia et Belgique-Italie à l’Euro. Mais aussi le dialecte ouest-flandrien, Olivier Deschacht, son côté inquiet, Charles De Ketelaere, la Covid sans les câlins, Bate Borisov et son poto Eden Hazard. Et forcément… Gianni Bugno. Gianni Bruno passe " Sur Le Gril ".

Comment s’appelle le meilleur buteur belge des 3 derniers championnats ? Hans Vanaken ? Petit Pelé Mboyo ? Théo Bogonda ? Ne cherchez plus, il crèche chez ceux qui se surnomment eux-mêmes les Boeren : Gianni Bruno affiche 33 pions sur 2 saisons et demi (série en cours), dont 16 rien que pour cet exercice. Le buteur " qui ne marquait pas ", comme certains l’appelaient en France, s’est métamorphosé.

Je ne sais pas moi-même ce qui m’arrive " commence Gianni Bruno, 29 ans, sourire sympa et voix douce. " Je profite, je savoure… car je sais moi-même que ça ne rigolera pas toujours comme ça. Encore hier, je le disais à ma femme : ‘C’est trop beau, il y a un truc qui va me tomber dessus…’ J’ai un caractère introspectif et perfectionniste qui fait que, si je marque deux buts dans un match… mais que j’en rate un troisième, je vais focaliser sur ce que j’ai mal fait. Maintenant, ma réussite actuelle ne tombe pas du Ciel non plus : je récolte le fruit de mon travail depuis des années, car même dans mes galères, j’ai toujours bossé sans jamais perdre espoir… J’ai grandi dans un milieu où la valeur travail est centrale. Je ne sais pas si le monde du foot te récompense toujours… mais je sais que le travail rapporte tôt ou tard. Il y a les joueurs pourris de talent qui n’ont pas besoin de bosser pour réussir, comme mon ami Eden Hazard… Et puis tous ceux qui doivent trimer. Après, il faut aussi de la chance… mais si tu ne travailles pas, tu ne t’en donnes pas, des chances de réussir ! "

Connexions naturelles

Avec son fond d’accent chantant, on le croirait venu d’outre-Quiévrain. C’est que l’essentiel de sa carrière l’a mené à Lille, Evian, Bastia et Lorient. Mais entre les mots se glissent quelques notes… liégeoises qui rappellent qu’il est né à Rocourt.

J’ai appris le Flamand à l’école… mais j’ai tout oublié ! Alors, vous imaginez, ici, quand ils commencent à parler dans leur dialecte, je suis perdu… J’ai quelques termes ‘Alleï’, ‘Komaan’, ‘Hier’… mais les connexions sur le terrain se font par-delà des mots. Il y a des joueurs avec qui ça a matché direct. Par exemple Omar Govea et Damien Marcq : pas besoin de se parler, un seul regard… et le ballon arrive juste où il faut. Après, je gueule beaucoup sur le terrain : je me fais entendre, j’ai besoin de recevoir des ballons… et les autres me disent parfois de la fermer ! (Il s’esclaffe) C’est mon côté égoïste d’attaquant : je suis un type généreux dans la vie… mais en match, c’est vrai que j’en veux pour moi ! (clin d’œil) De mémoire, j’ai toujours joué devant. Je ne pourrais pas jouer défenseur, car de caractère, je déteste le conflit… et donc je fuis les duels. C’est un coach chez les jeunes qui m’a appris ça : il m’a dit, ‘prends des mètres, décale-toi, utilise les intervalles’. Après, les défenseurs doivent courir pour m’attraper ! (rire) Je me frotte souvent avec Kristof D’Haene, de Courtrai : à chaque match, c’est tendu. Moi, en match, je suis très chaud : j’insulte… mais en Italien, comme ça personne ne comprend ! " (rire)

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Gianni Bruno : "Je ne sais pas moi-même ce qui m'arrive…" © KURT DESPLENTER - BELGA

Boulet sauce lapin

Formé au départ au Standard, Gianni Bruno a très vite rejoint le LOSC, où il a fait ses classes avec un certain Eden Hazard.

On reste en contact… mais je ne veux pas le déranger : je lui envoie juste un petit mot aux anniversaires ou à Noël. On a le même genre d’humour, ça a directement collé entre nous. On partageait la chambre aux mises au vert ou chez les Diablotins : on a fait quelques conneries ensemble… mais je ne m’en souviens plus ! (clin d’œil) Et la nuit, il en faisait du bruit, Eden, en dormant ! Mais le Hazard qui ronfle le plus, c’est Kylian, que j’ai connu au Cercle Bruges…  J’ai aussi fait venir Eden chez moi à Liège : il ne connaissait pas les boulets sauce lapin… et ma mère en a préparés. Une découverte pour lui ! Le cheeseburger des Diables et la polémique qui a suivi ? Tout le monde sait qu’Eden aime les burgers et qu’il s’en fout de ce qu’il mange… Mais il assure quand même sur le terrain, non ? " (sourire)

Volée de loin

Aimanté par le but : Gianni Bruno est le joueur de Pro-League qui tente le plus de frappes. Avec toujours ce plaisir renouvelé de la mettre au fond.

C’est difficile à expliquer, mais quand vous voyez les filets se tendre bien droit, c’est un feeling incroyable… Et c’est pareil pour une crasse pointe ou un but d’anthologie ! Maintenant, si le but est joli, tant mieux. Mon plus beau, c’est un goal avec Bastia : Romaric me fait une longue diagonale et je reprends en pleine course, en volée, sans que le ballon ne touche le sol. J’ai marqué un but semblable à Mouscron, l’année passée. Mon but de Charleroi (NDLA : double crochet dans le rectangle et frappe immédiate, pied franc et explosif), un but à la Hazard ? (Il éclate de rire) Vous êtes gentil, mais Eden est moi, on n’a vraiment rien à voir : moi je suis un pur finisseur… et lui, il sait tout faire ! "

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Gianni Bruno : "Je ne sais pas moi-même ce qui m'arrive…" © DAVID PINTENS - BELGA

Primes de but

Grand bourlingueur, Bruno n’a pas hésité à s’expatrier… en Russie, quand sa carrière tourna court en Ligue 1. Avant de revenir, avec Franky Vercauteren (qui l’avait attiré à Samara), au Cercle Bruges… en D1B !

En Russie, j’avais dans mon contrat un barème de primes pour chaque but marqué, chaque assist ou chaque penalty provoqué ! Et après une série, ça doublait ! C’était un peu bizarre… mais c’était forcément très motivant ! (clin d’œil) Après, ça incite peut-être un peu à jouer pour soi… En Belgique et en France, on ne pratique pas ce genre de primes. Et malgré mes 16 buts, je ne vais pas demander à Zulte de revoir mon contrat ! (rire) C’est mon métier… mais je ne joue pas d’abord pour l’argent. Le but dont je rêve ? Un but en finale de Ligue des Champions avec la Juventus ! Toute ma famille est italienne : je suis né à Liège mais toute ma culture et mes racines sont de là-bas. Et sincèrement, si on a Belgique-Italie en finale du prochain Euro, désolé, je supporterai… l’Italie. Mais je suis Liégeois aussi : entre la pasta carbonara et le boulet sauce lapin, je prends… le boulet ! " (rires)

" On s’est dit les choses… "

Ce n’est plus du foot, ce sont des montagnes russes : le championnat en cours est garant de suspense, avec des équipes qui multiplient les cycles de victoires… ou de défaites. En début de saison, Zulte Waregem s’est retrouvé avant-dernier… et ambitionne aujourd’hui les Play-Offs 1 !

On n’en parle pas au vestiaire, mais on a ces Play-Offs 1 dans un coin de notre tête : on n’est pas inférieur aux autres. Mais après notre lourde défaite 0-6 contre Bruges, on avait besoin de se dire les choses. Je suis d’un naturel timide, mais j’ai pris la parole au vestiaire ce jour-là. On a resserré le collectif, et on s’est redressé. Mais aujourd’hui, je ne vois pas plus loin : on préfère prendre ‘match par match’. C’est un cliché de footballeur, je sais, mais en se projetant trop, on risque de louper la prochaine marche… et de tomber de l’escalier ! Là, on prépare la prochaine rencontre (NDLA : le derby du coin, samedi à Courtrai) et à la vidéo, on est focalisé sur l’adversaire du week-end. C’est pour ça que tout le monde dit ‘match par match’ : c’est la réalité de notre travail quotidien. "

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Gianni Bruno, lillois et chevelu, en 2012 © Christophe Ketels / ImageGlobe - BELGAIMAGE

Charles, le meilleur

Un championnat marqué par la réalité Covid-19… et qui, pour le coup, marche un peu sur la tête.

Le championnat belge est souvent critiqué, mais il progresse chaque année. Les équipes sont bonnes, des talents se révèlent : la D1 est d’un très bon niveau ! Regardez Charles De Ketelaere : il a, pour moi, le plus gros potentiel. Et Simon Mignolet ! Il est au-dessus du lot comme gardien. Il y a bien sûr ces huis clos qui bouleversent la hiérarchie… même si nous, Zulte, ça nous convient plutôt bien. On gagne plus de matches depuis que les stades sont vides… et moi, je marque plus de buts ! Après, c’est vrai que marquer… et ne pas pouvoir célébrer, même avec les équipiers (NDLA : il fait allusion aux amendes de la Pro-League), ça laisse un goût de trop peu. Surtout qu’à l’étranger, je vois tout le monde s’embrasser : il n’y a qu’en Belgique qu’on interdit ça ! Mais je fais très attention : ma femme est enceinte (NDLA : l’accouchement est programmé dans les prochaines semaines) et je ne veux prendre aucun risque. J’ai profité du premier confinement pour bien bosser, et on a la chance, nous footballeurs, de pouvoir poursuivre notre métier. Mais je serai content quand les restos rouvriront ! " (sourire)

Bien morfler…

Auteur fin 2012, et dès sa première titularisation, d’un but en Champions League avec le LOSC à Bate Borisov (" C’est un magnifique souvenir, là tu crois que ta carrière va s’envoler… "), Gianni Bruno a aussi connu un parcours en montagnes russes.

Mon seul regret est d’avoir signé, trop vite, à Evian : ça ne collait pas avec le coach. À Lille, j’ai connu celui que je considère comme le meilleur coach de ma carrière : Rudi Garcia est tactiquement très pointu, il m’a lancé… et il m’a puni quand je le méritais. Je n’ai pas serré la main d’un partenaire lors d’un remplacement, tellement j’étais énervé, et il me l’a fait payer. Il m’a dit, ‘tu as commis une faute grave, maintenant tu vas morfler et tu ne rejoueras que quand je le déciderai’. Il m’a bien rendu service, ce jour-là… Dans le foot, des jeunes décollent trop vite. Mais tout va très vite aussi dans les deux sens… Au LOSC, j’ai aussi partagé le vestiaire avec Salomon Kalou : un super joueur et une crème d’homme. Mais ses abdos… De la pierre ! Je n’ai jamais vu un type gainé comme lui… "

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Avec Damien Marcq au sein du public... absent ! © KURT DESPLENTER - BELGA

Dans un autre genre : au Stade Arc-en-Ciel, Bruno partage le kot avec… Olivier Deschacht, le quadra frais émoulu.

" Il est incroyable, Oli : la motivation qu’il a de tout jouer, de se soigner, de bosser chaque jour ! Il est comme un gamin : avant le match, dans le tunnel, il gueule, il tape contre les portes, il est chaud comme au premier jour ! Moi, je ne pense pas qu’à 40 ans, je serai encore là. Je serai usé par tous les efforts… "

Et au moment de se saluer, de quasi commettre… le lapsus auquel il a si souvent été confronté.

" Gianni Bugno ? (NDLA : le champion cycliste italien notamment champion du monde, vainqueur du Giro et du Tour des Flandres dans les années 90) Au début de ma carrière en France, tout le monde se trompait et m’appelait comme ça. Puis mon père m’a expliqué que c’était le plus grand champion de l’époque. Forcément, il était italien (il rigole) Souvent, on me demande aussi si je suis de la famille de Massimo Bruno. Mais je confirme : nous n’avons aucun lien de parenté. "

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