Standard-Anderlecht (2/6) : Jean Jadot force 5, les Clasicos de 1951 à 1956

Standard-Anderlecht (2/6) : Jean Jadot force 5, les Clasicos de 1951 à 1956
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Standard-Anderlecht (2/6) : Jean Jadot force 5, les Clasicos de 1951 à 1956 - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Dimanche, le Clasico mugira dans un Sclessin quasi vide : ce sera le 100e de l’Histoire des deux clubs en D1. La banderole anti-Defour de 2015, le 0-6 smashé de 1999 ou le test-match de 2008 pour le retour du titre à Liège après 25 ans de railleries : du mâché et remâché. D’autres Clasico de légende se sont égarés sous la poussière : ce sont ceux-là qu’on vous narre, jour après jour, jusque samedi, veille du duel 2021.


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02 septembre 1951 : Standard-Anderlecht 2-3

Le jargon sportif aime référer au fameux " signe indien ", d’autres parlent de " bête noire ". Pour les Mauves de Bruxelles, dans les années 50, la vilaine bestiole rouche se nomme Jean Jadot. Petit gars râblé de Vottem revenu à 20 ans à Sclessin après y avoir tâté ses tout premiers cuirs, le jeune ailier gauche ouvre le score… cinq saisons de suite face aux Anderlechtois ! En 224 matches avec le maillot rouche, Jadot frappera 81 fois et fut de l’équipe des deux premiers trophées du club, la Coupe en 1954 et le championnat quatre ans plus tard.

Mais sa première ne fut… pas la bonne : Jadot ouvre son compteur spécial Clasico pour la 1e journée de la saison 51-52, mais le Standard perdra ce match après avoir mené de deux buts. Anderlecht reste sur 3 titres consécutifs : le compte rendu évoque un Sporting " entré au terrain avec un manteau de grand seigneur, aux franges d’or et aux étoiles d’argent ". On savait écrire à l’époque… Dit plus sobrement, les Bruxellois se la pètent : " Dans leurs manœuvres habiles et franches, les joueurs de la capitale pratiquent par passes précises et subtiles, mais ne se soucient pas de marquer des goals " ajoute le chroniqueur. L’arrogance, toujours l’arrogance…

Mais au terme d’une première mi-temps " régal d’ingéniosité, de jeu, de tactique, d’ardeur et de science " (sic), c’est le Standard qui mène au score. Jadot a sorti " un shoot-éclair " et la capitaine Joseph Marnette a buté " tel un bélier ". " Oubliant ses arabesques " (re-sic), Anderlecht renversera le score grâce notamment à deux buts du Bombardier Jef Mermans. Le Standard perd la tête haute : le journal souligne les prestations de " ce pédaleur de Marnette " et gratifie le gardien Boogaerts d’un " mirobolant " (re-re-sic).

Seulement sixième final, Anderlecht cèdera sa couronne au FC Liégeois, sacré 53 ans après son troisième titre.   C’est une saison poussive pour les Rouches : première victoire après seulement 10 journées de championnat et descente évitée de justesse… au prix d’un partage très bienvenu contre Charleroi qui, par ce point, sauve aussi sa tête. Depuis, les amabilités entre Liégeois et Carolos ont bien changé…

15 mars 1953 : Standard-Anderlecht 5-1

8 minutes seulement, et JJ remet le couvert !  Pour son 2e Clasico à Sclessin, Jean Jadot lance sa série de 4 succès consécutifs. Pourtant leader du championnat, Anderlecht est mangé : Jadot ouvre d’entrée le score " d’une échappée intelligente " (dixit le journal Les Sports du lendemain), mais le vrai héros du jour s’appelle… Guy Thys. Le futur sélectionneur des Diables, éternel cigare aux lèvres, dispute la 3e de ses 4 saisons sous le maillot rouche (104 matches, 46 buts) et bute… 3 fois ce samedi-là ! Attaquant " au style étourdissant " (sic), Thys finira 5e buteur de la saison avec 20 roses, 13 pions derrière le Soulier d’Or Rik Coppens.

Les Rouches ont la bave aux lèvres en ce 15 mars : à l’aller, les Mauves leur ont passé un 6-1 bien tassé, mettant fin à 16 matches liégeois sans revers. Les Bruxellois se présentent sans plusieurs blessés, dont leur buteur Mermans, et leur défense… jouera " aveuglée par le soleil " (sic). L’excuse du terrain n’existait sans doute pas encore, place donc au soleil… Les Mauves perdront aussi en cours de match un autre joueur, Pieter Jeng Van den Bosch, insuffisamment retapé " malgré un massage à la cocaïne " précise le compte rendu !

Dans les tribunes de Sclessin, même des supporters rouge et bleu du rival local, le FC Liège, sont venus soutenir le Standard : " Vos deux points valent autant pour nous que pour vous " lâche l’un d’eux. De fait, Liège sera sacré champion… un point devant les Mauves, alors que le Standard (5e) amorce son redressement.

11 octobre 1953 : Standard-Anderlecht 3-2

Octobre 1954 : l’INR (future RTBF) produit ses premières émissions télé depuis Flagey… et Jean Jadot voit cette fois double ! Habituel premier buteur du Clasico, il place ses couleurs à 2-0 à la mi-temps, une période qui voit les Rouches " distiller un football doré sur tranches, à la fois incisif et transcendant " s’enflamme le chroniqueur des Sports. Après le retour au score mauve, le Standard s’impose finalement grâce à un but de Jean Mathonet (3-2) et Jadot finira la rencontre blessé… mais la finira. C’est l’esquisse de l’attaque mémorable des Rouches des Fifties avec aussi Denis Houf, Joseph Givard et Popeye Pieters.

 

Un match superbe au point de vue de la technique, de l’élégance et du style " conclut l’article, plutôt dithyrambique. Sous le papier, une publicité de bière, plutôt goguenarde mais très opportuniste : " Anderlechtmen, consolez-vous en buvant un double Hasselt-Janssens " ! Mais en fin d’exercice, ce sont les Mauves qui reprendront leur titre, les 4 premiers (avec aussi Malines, Gand et le Beerschot) se tenant en 2 petits points : une situation qui rappelle le championnat en cours…
 

06 février 1955 : Standard-Anderlecht 2-0

Et de quatre ! Pour la quatrième saison de suite, Jean Jadot allume le Clasico : un sommet assez médiocre, sur un terrain rendu marécageux par 24 heures de pluies incessantes, et où les Mauves, à l’équipe fort rajeunie, ne feront pas le poids. Jacques Lecoq, grande plume des Sports de l’époque, raconte même que les Bruxellois sont partis en retraite dès la veille à Esneux : le calme du bord de l’Ourthe était censé " développer le degré de camaraderie entre Mauves et faire sentir aux jeunes qu’ils sont de la famille " (sic).

Après une demi-heure de mélasse généralisée, Jadot ouvre la marque d’une volée lobée surmontant le portier Henri Meert. Ce sera la saison la plus productive de Jadot : il empile 15 pions et finira 8e buteur, loin derrière l’inévitable Rik Coppens (36). 4 mois plus tard, Jadot grattera la première de ses 5 caps de Diable face à la Tchécoslovaquie. Pour le retour face au même adversaire, il sera le premier joueur convoqué refusant la sélection : son employeur la SMAP (l’actuel Ethias) avait refusé de le libérer...

En vue de la fin, Mathonet fixera le score de ce Clasico (2-0) : côté Mauve, Pierre Hanon et Jef Jurion faisaient un concours à qui garderait le plus longtemps la balle " juge sévèrement Lecoq. Mais c’est pour André Popeye Piters que le journaliste sort la plume la plus acide : Lecoq dit du petit avant local qu’il est desservi par ses manies de dribbleur, il joue un football ridicule en monopolisant la balle et cela ne lui rendra pas sa place en Equipe Nationale "


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Piters avait hérité de son surnom Popeye de son Président Léon Rassart : invité à payer la tournée à ses équipiers suite à un but inscrit d’une jolie bicyclette, il demande quelques sous à prêter à son patron, qui refusa : Ecoute, mon gars, tu as eu ton dû, je ne te dois rien, alors va manger tes épinards, Popeye. " De fait, il y avait des épinards au menu ce soir-là…

En fin de saison, Anderlecht grattera son 6e titre en 9 saisons, le Standard terminera troisième. A la 7e place figure un club-débutant de D1 qui refera parler de lui dans l’histoire rouche : un certain Waterschei Thor…

 

01 janvier 1956 : Standard-Anderlecht 1-0

L’Année Nouvelle débute par des grognements à Anderlecht : le coach Bill Gormlie a décrété une Saint-Sylvestre… au vert pour préparer le Clasico, mais Jef Mermans refuse d’y participer – il est le seul Mauve dans le cas. Le calvaire bruxellois se poursuit le Jour de l’An : un Clasico parmi les pires de l’Histoire, grevé de nombreuses fautes et chargé d’une électricité telle que Luc Varenne, chroniqueur d’un jour pour Les Sports, écrira même que " ce sommet aurait pu alimenter en courant tout le pays ". La faconde du P’tit Luc ne concernait pas qu’Eddy Merckx…

Le journaliste Jacques Lecoq parle même d’une " invraisemblable corrida aux instincts belliqueux ", déclenchée après le seul but du match planté par l’inévitable Jean Jadot, d’une frappe des 25 mètres qui surprend le portier visiteur Félix Week. Le même Jadot subira un mauvais geste-réflexe de l’arrière mauve Henri Matthys : carte rouge directe. Puis un autre Liégeois, De Lunardo, sortira l’arcade en sang.

Le Standard méritera sa victoire : tactiquement, il avait fait le bon choix en optant " pour un jeu direct logiquement ouvert vers les ailes vu le sol fangeux " observe l’expert (?) journalistique. Pour une fois en 5 saisons, le but de Jadot vaut à lui seul trois points dans un Clasico, mais il ne suffira pas à enrayer la chute libre : le Standard prend la tête pour l’An Neuf… mais finira 8e en fin de saison, alors que le Sporting griffera son 2e triplé et son 7e titre en 10 ans.

Deux ans et demi plus tard, Jadot sera le tout premier buteur rouche en Coupe d’Europe, face aux Ecossais de Heart of Midlothian (5-1). Il marquera 4 buts en Coupe des Champions cette saison avant de prendre, plus tard, sa retraite au club de… Jambes. Assez logique pour un footeux.

Ce soir de Clasico 1956, Luc Varenne était reparti très déçu de sa visite à Sclessin : " La prochaine fois, nous irons planter des choux le jour de l’An. " Sage devise.

 

(Série à suivre : mercredi, 1986 quand Freddy Luyckx surgit dans la neige)

 

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