Standard-Anderlecht (1/6) : le temps des pionniers, les Clasicos 1919, 1922 et 1929

Série Standard-Anderlecht (1/6) : le temps des pionniers
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Série Standard-Anderlecht (1/6) : le temps des pionniers - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Dimanche, le Clasico mugira dans un Sclessin quasi vide : ce sera le 100e de l’Histoire des deux clubs en D1. Le sprint final est lancé, les places au banquet final des Play-Offs 1 seront chères. Après avoir conté, à l’automne, la petite histoire des Clasico joués à Bruxelles, place à ceux égrenés à Sclessin.

La banderole anti-Defour de 2015, le 0-6 smashé de 1999 ou le test-match de 2008 pour le retour du titre à Liège après 25 ans de railleries : du mâché et remâché. D’autres Clasico de légende se sont égarés sous la poussière : ce sont ceux-là qu’on vous narre, jour après jour, jusque samedi, veille du duel 2021.


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19 octobre 1919 : le tout premier Clasico de l’Histoire (2-2)

La Grande Guerre de 14-18 (la der des der…) est passée par là : les championnats ont été arrêtés durant cinq ans, le conflit a privé moult clubs de leurs joueurs et dirigeants. Rien que le Standard perdit 20 joueurs dans les tranchées…

1.500 spectateurs assistent à cette aimable joute… sans savoir qu’elle deviendra l’un des incontournables du foot belge. En 1919, Jules Bordet offre à la Belgique le Prix Nobel de Médecine et de Physique, le suffrage universel… masculin est instauré, Firmin Lambot gagne le Tour de France et feu Paul Vanden Boeynants voit le jour.

Le Standard évolue déjà à Sclessin, en bord de Meuse, après avoir récupéré… pour 300 francs un premier terrain occupé précédemment par l’autre ennemi juré, le FC Liégeois ! Les archives de l’époque décrivent " une des magnifiques pelouses du Château de Sclessin, propriété de Monsieur et Madame de Sauvage, à l’emplacement du tir au pigeon et face au charbonnage du Perron " ! Sclessin était alors un petit village champêtre et viticole, où les familles riches achetaient leur seconde résidence.


 

Frères-footballeurs…

Le duel émarge à la Promotion, la 2e division de l’époque. Le chroniqueur-journaliste décrit un match dominé par le Standard, trahi pourtant par " un trio d’attaque très faible " (sic). Anderlecht mènera deux fois au score, et loupera même un pénalty par l’un de ses buteurs Maurice Versé. Déjà la malédiction mauve du péno ?

C’est l’époque des frères-footballeurs. La phalange mauve aligne les frangins André et Maurice Versé… alors qu’Emile Versé est le premier Président mauve et donne son nom au stade bruxellois. Le Standard, lui, comptera… six frères Petit (dont Roger, patron des années glorieuses). C’est l’ainé de tous, Hadelin alias Linlin Petit, qui fixera, sur coup de coin, le score final de ce Clasico premier du genre (2-2).

Tactiquement, pas encore de prises de tête sur des 4-4-2 souples ou des 3-5-2 avec pistons repiquant vers l’axe : c’est l’ère du 2-3-5, avec des backs, des halfs et des forwards… et pas de remplacements – même en cas de blessure.

En fin de saison, le Standard finira dauphin du premier, Tilleur… et devant Anderlecht, troisième. Mais personne ne montera : les promotions et dégradations étaient gelées pour permettre aux clubs de se reconstruire en cette première saison d’après-guerre.
 

5 mars 1922 : le tout premier Clasico en D1 ! (0-0)

C’est comme si l’ADN du Clasico était déjà inoculé aux acteurs de ce duel de fin d’hiver 1922 : un match haché, scandé par le jeu dur et de nombreux blessés ! Un bon vieux 0-0 des familles… un peu comme 99 ans plus tard, la parodie de match du 29 novembre dernier. Ce devait pourtant être fête au village : comme le FC Malines, Rouches et Mauves célèbrent cette saison-là leur accession à l’élite… que les Liégeois ne quitteront plus jamais (seul club dans ce cas !) et dont ils célébreront dans quelques mois leur 100e cap.

Le correspondant de La Vie Sportive fait feu de tout bois : " Ce match fut de nature à déprécier le football belge et à en désintéresser ses plus fervents adeptes " On se croirait déjà à la glorieuse époque des Play-Offs 3… Le compte rendu est implacable : " Un match d’une monotonie accablante, des joueurs d’une apathie inexplicable, toute la gamme des imperfections techniques s’égrène devant nos yeux " Non, il n’y avait pas, dans les clubs de l’époque, des attachés de presse réclamant rectification…

L’hypnotiseur Caudron…

Le Standard, pourtant " favorisé par le vent " (sic), ne fait rien de bon et son attaquant Maurice Gillis, auteur de tirs trop enlevés, est moqué pour " sa prédilection pour les nuages " (re-sic) ! Le public réclame un penalty que l’arbitre n’accordera pas : " Seul Dieu voit tout " précise le journaliste… Élu héros du match, le portier mauve Jean Caudron (surnommé l’hypnotiseur car il devinait soi-disant le côté où les avants frappaient…) fera le reste : portier du type extraverti, Caudron posait parfois en plein match pour les photographes… Pour sa première édition au sein de l’élite, le Clasico a la bluesette : sept semaines plus tard, Toots Thielemans voir le jour.

En fin de saison, le Standard terminera 5e alors qu’Anderlecht (12e sur 14) ne sauvera sa tête de la bascule… que pour un minuscule point. Sacré champion après un test-match contre l’Union, le Beerschot offrira au foot anversois le premier titre de son Histoire.

15 décembre 1929 : l’hommage unique de Sclessin aux Mauves (2-4)

Si le crash boursier d’octobre a plié l’économie mondiale six semaines plus tôt, c’est un crash footeux que subit Sclessin, mi-décembre 1929. Le promu anderlechtois, habitué de l’élastique permanent entre élite et antichambre, fait figure de révélation et clôturera l’exercice à la 5e place, loin derrière… le Cercle Bruges champion.

Cette équipe anderlechtoise forme un tout, sans le moindre trou " relate la presse du lendemain : " Elle aligne de nombreux jeunes talents, pratique un jeu élaboré de passes à terre et est, pour sûr, un futur ténor du football belge. " Sors de ce corps, Process Kompany, 92 années plus tôt ?

Sous la direction du fameux arbitre John Langenus (qui dirigera six mois plus tard la finale du premier Mondial), le Standard mène de deux buts et s’appuie sur Jean Capelle. A seulement 16 ans, leur jeune attaquant a fait ses débuts rouches trois semaines plus tôt : pour son premier Clasico, le journaliste lui garantit " une brillante carrière ". Bien vu : Capelle butera 238 fois avec le maillot rouche et deviendra plus tard l’avocat… de Roger Claessen.

Ovation debout

Mais après la pause, les Mauves enfournent quatre fois et grattent le tout premier succès de leur Histoire à Sclessin. Et devant la toute grande foule, plus de 20.000 spectateurs : un peu plus tôt, le Standard a acquis le terrain sur lequel se dresse son futur Enfer. 573 souscripteurs ont acquis des parts… à 100 francs chacune.

Inimaginable aujourd’hui : au coup de sifflet final, le public liégeois se lève comme un seul homme pour offrir une ovation unique aux Bruxellois, emmenés par leur buteur Ferdinand Cassis Adams. Un attaquant fier et plutôt sûr de lui… au point de répéter : " Sans moi, le club perd les pédales. " L’arrogance mauve était déjà une réalité.

Mauve de cœur depuis toujours, Adams se glissait à l’âge de 8 ans parmi les joueurs anderlechtois, à l’arrivée du bus, et portait les sacs pour ne pas devoir payer l’entrée au stade, fixée à… 10 centimes. Au sommet de sa gloire, en plein amateurisme, il fut convoité par un club de Paris avec, à la clé, une villa et… un poste de commercial pour la marque de soda Bitter-Cassis créée par son propre père !

 

 

(Série à suivre : mardi, les scores-fleuves du Clasico)

 

 

 

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