"Sans Marc Coucke et Khalilou Fadiga, je n'aurais jamais retrouvé mon fils"

Mathieu Cornet
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Mathieu Cornet - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Bio express :

Mathieu Cornet, né à Namur le 8 août 1990.

Poste : avant-centre.

Signes distinctifs : organise les petits déjeuners.

Particularités : On le surnomme "El Toros".

24ème épisode de "Trajectoires", la série consacrée à ces personnalités du football au parcours atypique.

Pascal Scimè retrace la carrière de Mathieu Cornet. L’attaquant de Roulers (actuel leader du championnat de D1B) est un personnage attachant, doublé d’un joueur au mental d’acier et à juste titre... Formé au Standard, le joueur a vu sa carrière stoppée par une vie sentimentale tourmentée avant de vivre l’enfer lors de la disparition de son fils. Un fils qu’il a retrouvé à des milliers de kilomètres de la Belgique grâce à l’aide de Marc Coucke et Khalilou Fadiga... Mathieu Cornet se livre avec pudeur mais sans concession. Une trajectoire avec un happy end.

Où as-tu débuté le football ?

A Mormont, près de Durbuy. Mon grand-frère jouait au foot et j’ai voulu l’imiter. J’avais sept ans et j’étais plutôt grand et costaud. On m’a donc rapidement surclassé dans les catégories supérieures.

Ensuite vers l’âge de treize ans, comme je marquais avec une certaine facilité, je suis allé jouer à un niveau supérieur à Sprimont.

Enfant, avais-tu un club de cœur ?  

Oui, le Standard comme beaucoup de Luxembourgeois d’ailleurs. 

Après deux saisons passées à Sprimont, je décide de me tester et d’effectuer un essai au Standard. Je joue deux matches face à La Gantoise et l’équipe nationale du Québec et je marque à quatre reprises. Christophe Dessy, qui était le responsable du centre de formation, m’a fait signer. Je venais juste d’avoir quinze ans.

Quels joueurs côtoies-tu dans ta promotion chez les Rouches ?

Mehdi Carcela, Anthony Moris et Francesco D’Onofrio pour ne citer qu’eux.

Je débute en U17 avant de signer mon 1er contrat semi-professionnel en U19. Ça se passe assez bien puisque chaque saison, je tourne autour des vingt buts.

Parallèlement, je suis sélectionné en équipe nationale des moins de 17 d’abord, des moins de 18 ensuite... Je me suis même entraîné avec les Diablotins.

A 19 ans, tu quittes le Standard... Pourquoi ?

Mon contrat semi-pro arrivait à échéance et le club ne voulait pas m’offrir de vrai contrat professionnel. La direction voulait juste prolonger mon contrat semi-pro d’une saison et voir par la suite.

Tu te retrouves au Beerschot ?

Oui, le Cercle de Bruges et le Sporting d’Anderlecht étaient aussi intéressés mais j’ai fait le choix du Beerschot car je croyais que j’allais pouvoir évoluer en Division 1.

Ce qui n’est pas le cas...

Non, au bout d’une saison je casse mon contrat de trois ans.

Pourquoi ?

J’ai connu une fille plus âgée... Elle avait dix ans de plus que moi. Et elle n’aimait pas trop le football et son milieu. Disons qu’elle me mettait une certaine pression (sic)... Et à cause d’elle, j’ai bien failli arrêter de jouer.

C’est-à-dire ?

Pendant quatre ans, elle m’a fait vivre un enfer !

Un enfer ? Explique-toi ?

Elle ne me laissait pas partir aux entraînements...  A cette époque, j’habitais à Anvers et elle à Durbuy. Elle voulait que je rentre chaque soir pour la retrouver. Après quatre mois, elle me dit qu’elle est enceinte et qu’elle veut garder l’enfant.

Comment réagis-tu ?

Je lui explique que je n’ai que 18 ans et que je ne suis pas prêt... que ma carrière ne fait que commencer. Elle me répond qu’elle gardera l’enfant à tout prix !

Tu te sens piégé ?

Complètement. Et puis les choses s’enveniment... Elle fait tout pour me mettre des bâtons dans les roues et pour que je n’aille pas à l’entraînement. Elle crève les pneus de ma voiture. Elle découpe mes chaussures de football. Un jour, elle a même embouti volontairement mon véhicule pour éviter que j’aille à l’entraînement.

Vu le contexte, penses-tu encore pouvoir faire carrière à ce moment-là ?

Pas tout de suite... mais il est vrai que les allers-retours incessants me pesaient... On parle de 320 km et 3h30 de trajet.

Vu les nombreux couacs, en accord avec le club, je décide de casser mon contrat. Je pense que le Beerschot n’est peut-être pas le club idéal pour moi.

Et puis avec l’entraîneur adjoint Eric Viscaal, ça ne collait pas du tout. Quand tu es wallon, ça passe ou ça casse et avec moi, ça ne passait pas. C’était un détail par rapport aux problèmes que j’avais avec ma copine.

Du coup, tu décides de te rapprocher de Durbuy en signant en Division 3 à Tongres !

J’y reste une saison. Mais pour elle, c’était encore trop loin et pourtant j’étais à moins d’une heure de la maison.

Tu es déjà papa ?

Oui, j’ai eu mon petit garçon à Tongres.

Que fais-tu ?

Je décide de quitter le club et je signe à Givry en Promotion.

Quel choix surprenant...

Je me rends compte que je suis responsable de ce petit garçon... que je suis père de famille. Je ne veux pas me séparer et donc j’estime que je dois faire des efforts et être plus présent. Mais rien ne change.

Sérieusement ?

Oui. Tu veux un autre exemple ? A cette époque, on ne dormait même plus dans la même chambre... La nuit, elle venait me réveiller pour que je sois épuisé afin que je ne puisse pas aller à l’entraînement le lendemain.

Elle cachait mes affaires... Elle téléphonait au club à mon insu pour dire que je ne voulais pas y aller. Je vivais un enfer !

Dans ces conditions, jouer au football devient une contrainte ou c’est plutôt une libération ?

Malgré tout, j’effectue une bonne saison à Givry en plantant dix-sept ou dix-huit buts. J’étais heureux de quitter la maison... Heureux de me défouler sur le terrain. Je m’y sentais libre.

Au bout d’une saison, tu signes à Huy en Division 3...

Et là, rebelote... Un jour, elle a même déposé mon fils sur le terrain en plein match. A partir de là, je décide de me séparer d’elle.

Mais tes ennuis continuent ?

Oui et les exemples sont nombreux. Elle est venue démolir ma voiture. Elle a vidé notre compte en commun. Elle a essayé de me détruire. Je pense que c’est une personne dangereuse pour la société. Une personne qui fait du mal autour d’elle. Malgré tout, j’inscris dix-sept buts avec Huy et j’arrive à signer à Virton.

Virton c’est un nouveau départ dans ta vie ?

Oui. C’est d’ailleurs là-bas que je rencontre mon épouse actuelle. C’est un véritable soulagement. Mais parallèlement à ça, je ne voyais plus mon petit garçon.

Sérieusement ?

A partir du moment où je l’ai quittée, elle ne m’a plus laissé voir mon fils.

Pourtant, il y avait un jugement en ma faveur mais elle ne le respectait pas. J’avais le droit de voir mon fils du vendredi soir au lundi matin mais quand j’allais le chercher à l’école, il n’y était pas. Pendant un an et demi, je n’ai pas vu mon fils.

La direction de Virton, le staff, tes coéquipiers sont au courant de ta situation familiale ?

Oui. Frank Defays, l’entraineur m’a beaucoup soutenu. Je me confiais à lui et il essayait de me rassurer et de mettre à l’aise. Tout le club, supporters compris, a été formidable. Mais malgré ce soutien, cette situation me faisait souffrir. La tristesse était une compagne quotidienne.

Tu arrives à te focaliser à 100 % sur ton métier ?

Non. Même si j’arrive à faire la part des choses et que mes prestations sont bonnes, il y a toujours dans ma tête une pensée pour mon fils.

Chaque fois que j’essaye de le voir, mon ex me cause des problèmes.

Elle a jeté des pierres sur mon véhicule, elle a agressé ma mère et ma femme. Elle est même allée jusqu’à pirater mon téléphone pour effacer les mails de mon avocat. Ça a vraiment été loin !

Après deux saisons à Virton, tu retrouves l’élite en signant à Ostende.

J’y ai été superbement accueilli et encadré. L’entraîneur Yves Vanderhaeghe et la direction étaient au courant de mes déboires et m’ont soutenu. Surtout qu’à ce moment-là, j’ai appris que mon ex avait quitté la Belgique !

Sans t’en aviser ?

Oui. Vu mes plaintes respectives pour non-respect de mes droits, la Justice l’a condamnée à un an de prison. Le jour du jugement, elle ne se présente pas au Tribunal... J’ai rapidement trouvé cela louche et j’ai alors décidé de mener mon enquête. Je constate que sa maison est vide et j’apprends qu’elle est allée à la Commune pour se faire délivrer des passeports pour ses enfants... Elle a aussi une fille plus âgée, issue d’une première union. Je suis stupéfait parce qu’en théorie, il faut mon accord pour délivrer un passeport à mon fils. Personne ne savait où elle était partie ! J’ai activé toutes les pistes et suis même allé consulter un voyant !

Un voyant ? Sérieux ?

Oui et je l’assume complètement. Tu sais à un moment, je n’avais plus d’espoir. La police avait eu beau bloquer les aéroports et lancer des avis de recherche... Elle était déjà partie. J’en ai consulté plusieurs. Jusqu’au jour où un ami à mon beau-père, un médium m’a dit qu’elle était au Sénégal ! Il ne savait pas exactement le lieu mais il était sûr du pays.

Tu décides d’en parler à Marc Coucke, le truculent et richissime président d’Ostende...

Je sais qu’il a des relations et je lui demande de l’aide. Il me met en relation avec l’ex footballeur sénégalais Khalilou Fadiga. Lui et son associé gèrent une société dans le domaine de la sécurité.

A partir de là, tout s’enchaine... Je publie un avis de recherche sur les réseaux sociaux mais sans préciser où elle se trouve de peur qu’elle ne s’enfuie.

Ça marche ?

Oui. Un jour, une personne me contacte et m’explique qu’elle croit savoir où sont les enfants. Cet homme m’envoie une vidéo où l’on voit mon fils dans une piscine au Sénégal. L’homme en question se trouvait dans le même hôtel. Un coup de chance.

Que fais-tu ?

Je vais voir la police qui m’explique qu’elle ne peut rien faire... Parce qu’il n’existe aucun traité d’extradition entre la Belgique et le Sénégal. C’est là que Khalilou Fadiga entre en scène... Son amitié avec le Président sénégalais nous a facilité les choses, et l’on a réussi à retrouver la piste des enfants.

Je ne peux partir au Sénégal mais mon père, mon beau-père, le père de la petite et son grand-père vont sur place pour rechercher les enfants qui se trouvaient dans un bidonville de Dakar.

Mon ex compagne a ensuite été arrêtée et est restée huit mois en prison au Sénégal.

A présent, elle se trouve en Belgique ?

Oui depuis quelques mois. Elle est libre mais doit porter un bracelet électronique.

Comment vis-tu le fait de la savoir en Belgique ?

Tout est dans les mains de la justice. Elle va entreprendre ses démarches et moi les miennes afin de faire respecter mes droits. Il faut que la justice tranche car j’ai cru que je n’allais jamais revoir mon fils !

Tu as envie de t’investir ? D’aider les autres papas dans le même cas que toi ? De mettre ta notoriété au profit de cette cause ?

Oui, j’ai envie de créer une association mais une fois qu’il y aura un point final à mon affaire. Le rapt parental est quelque chose de sérieux et très grave. Et tout le monde n’a pas la chance de bénéficier de l’aide de Marc Coucke, Khalilou (Fadiga) et Sam (son associé).

Si tu n’avais pas signé à Ostende... Si tu n’avais pas connu Marc Coucke, penses-tu que tu aurais revu ton fils ?

Non. Et je le dis clairement. Si Marc, Khalilou et Sam n’avaient pas été là, je serais toujours en train de chercher mon fils.

Si tu n’avais pas connu tout cela… Penses-tu que sportivement, ta carrière aurait connu une autre trajectoire ?

Oui. J’en suis sûr. J’ai côtoyé Christian Benteke et Romelu Lukaku en équipe nationale chez les jeunes... Et je crois qu’à cause de ça, je suis peut-être passé à côté d’une carrière un peu similaire à la leur.

En même temps, tu es encore jeune et puis mentalement tu es blindé...

Je pense que mentalement, je suis au top. Il n’y a pas beaucoup de choses qui peuvent m’atteindre ou me déstabiliser. Je suis persuadé qu’il n’est pas trop tard. Ici à Roulers, je me sens bien et je suis aussi bien entouré par mes agents.

Tu as un rêve dans le foot ou une idole ?

J’aimerais un jour évoluer en Angleterre. Mon modèle, c’est Diego Costa. C’est un joueur en qui je me retrouve. Il a un peu les mêmes caractéristiques que moi. J’adore Zlatan aussi. Au niveau des légendes du foot, le Brésilien Ronaldo était d’un calibre supérieur. Un monstre de technique, de puissance et de vitesse.

Tu nourris des regrets ?

Quand je regarde derrière moi, il est clair que je ressens un petit regret.

(Songeur) Quand je vois certains qui ont eu la chance de pouvoir se focaliser uniquement sur le foot... (Il hésite) Mais bon... Quand je vois ma situation ici à Roulers et notre parcours, je me dis qu’il y a peut-être quelque chose de beau qui m’attend derrière.

A présent, je peux me concentrer à 300 % sur le foot car je suis avec mon petit garçon.

Qu’as-tu pensé quand tu l’as revu pour la première fois après le rapt ?

Quand les portes de l’aéroport se sont ouvertes, il a sauté dans mes bras. C’était le plus beau jour de ma vie. Honnêtement, je ne pensais pas le retrouver. Ça a été une période difficile pendant laquelle ma famille a été affectée par le décès de deux de mes proches. Je pense que le retour du "petit" a sauvé notre famille.

Il aime le foot ?

Oui, il accroche. Il regarde mes matches à la télé et je pense que je vais devoir bientôt l’inscrire dans un club. Il veut être attaquant et marquer des buts comme son papa.

A présent, tout va bien pour toi...

Oui, je me suis marié l’été dernier et sportivement, tout se passe aussi très bien avec Roulers. Nous sommes en tête du championnat et j’espère vraiment monter en Division 1A en fin de saison. J’adore ce club où je suis bien entouré. Je me sens bien et j’espère encore passer un palier pour pouvoir enfin montrer ma vraie valeur.

On te surnomme "El Toros". D’où vient ce surnom ?

Je suis quelqu’un d’assez physique et donc je pense que mes coéquipiers à Ostende m’ont surnommé comme ça naturellement. A Virton, on m’appelait "El Pistolero" parce que je marquais beaucoup.

J’aimerais que tu me parles de Pascal Cygan (ex défenseur d’Arsenal de 2002 à 2006, ndlr) qui est l’un des adjoints à Roulers... Une immense carrière. Ça te fait quoi de côtoyer un tel personnage ? Qu’apporte-t-il à l’équipe ?

Cette connaissance du monde professionnel, sa faculté de donner de bons conseils et cette expérience de haut niveau par rapport au jeu. Pour les défenseurs, il est un atout précieux, un véritable régal. De plus, c’est un mec simple et sympa. Il a fait une carrière de fou et j’aimerais beaucoup qu’il reste à Roulers.  Il suffit de penser qu’il a joué à Arsenal pour qu’on le respecte plus qu’un simple adjoint (rêveur)... Même si je tiens à dire que je respecte tous les membres du staff (il sourit). D’ailleurs, nous avons de la chance d’avoir un staff de qualité au club... Cela va de mon coach Arnauld Mercier qui a joué en Série A et Série B en passant par le T2 ou l’entraîneur des gardiens.

Justement vous occupez la tête du classement de Division  1 B, quel est le secret ?

La qualité technique du groupe mais surtout sa mentalité. Nous sommes soudés. On se bat l’un pour l’autre à chaque moment.

Pourtant vous aviez commencé la compétition avec 2 points sur 12 avant d’enchainer avec un 28 sur 30.

Oui mais on a su se remettre en question et l’entraîneur a su trouver l’équilibre dans l’équipe. Dans ce championnat difficile où tout le monde peut battre tout le monde. Si on continue comme ça avec cette mentalité, je crois en la montée.

Il parait que les joueurs organisent les petits déjeuners ?

C’est vrai et ça se fait naturellement. Le plus gros est fait en interne mais on se répartit les tâches à tout de rôle pour les choses comme le pain, le lait...

As-tu une devise ?

Ce qui ne tue pas, te rend plus fort. Je pense qu’avec ce que j’ai vécu, ça me correspond assez (sourire)...

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