Rétro PO1: 3 avril 2011, Le Standard B mouche Anderlecht et amorce sa folle remontée

Le 82e clasico de l’histoire, le 3 avril 2011, ne restera pas comme un sommet du genre, mais bien comme un repère marquant dans l’histoire des Play-Offs, à de multiples égards. Le coup de poker gagnant de Dominique D’Onofrio, la victoire du turn-over, l’amorce d’une remontada d’anthologie, il y a plusieurs façons d’envisager ce match marquant, que les Rouches ne sont pas prêts d’oublier.

Sur papier, c’est le genre de match où tout semble écrit d’avance et où, pourtant, rien ne se passe comme prévu.

Nous sommes au début des deuxième Play-Offs belges de l’histoire. Fort d’une première expérience fructueuse (PO entamés en tête, et achevés à la même place, avec 17 points d’avance sur le deuxième, à l’issue d’un impressionnant 24/30 !), Anderlecht aborde la rencontre avec confiance, malgré la division des points par deux, qui pénalise plus le chassé que le chasseur. Le Sporting vient, cette fois encore, de sortir 1er de la phase classique. Un point d'avance sur Genk, la marge est étroite, mais Anderlecht compte bien sur la venue du Standard (6e avec 25 points) pour soigner son départ.

Le Standard, justement, a arraché in extremis son ticket pour les Play-Offs. Il part de loin. Et surtout, il a d’autres objectifs en tête. 3 jours plus tard, en effet, il doit disputer sa demi-finale retour de Coupe de Belgique face à Gand (vainqueur 1-0 à l’aller).

Interrogé deux jours avant le match sur la possibilité de faire tourner son effectif, Dominique D’Onofrio, l’entraîneur liégeois, entrouvre la porte : " Faire tourner ? Ce n’est pas impossible. Je dois prendre en compte l’état de forme des joueurs et l’importance de ces deux rencontres. J’ai déjà constaté qu’il était parfois compliqué pour certains d’enchaîner les matchs de haut niveau à trois ou quatre jours d’intervalle. "


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Le soir du match, les spectateurs du Stade Constant Vanden Stock écarquillent les yeux à la lecture de la composition du Standard. Ce n’est pas une ou deux retouches qui sont opérées, mais bien un complet ravalement de façade. Aux côtés du gardien réserviste Blazic, ce sont 6 authentiques titulaires qui composent le banc : Mangala, Defour, Witsel, Carcela, Tchité et Leye, excusez du peu ! Un banc en or massif estimé à… 40 millions d’euros. L’or plaqué, a priori, recouvre plutôt le onze de base. DDO choisit de relancer Réginal Goreux, d’offrir sa chance au malchanceux Koen Daerden, de titulariser le tout jeune Pape Camara (19 ans à l’époque et aujourd’hui actif dans le championnat… arménien) et enfin, de composer une ligne d’attaque inattendue : Aloys Nong et Luigi Pieroni. Soit les deux anciens partenaires d’attaque du FC Liège en 2002 et qui, cette saison-là, sont loin de constituer le premier choix au Standard. Après ses expériences françaises à Auxerre, Nantes, Lens et Valenciennes, Pieroni est revenu en Belgique sans réussir à s’imposer réellement ni à Anderlecht, ni à Gand. Avant ce 3 avril, la saison de Pieroni au Standard se résume à 17 matchs de championnat (dont seulement 4 comme titulaire) et 2 buts inscrits. Quant à Nong, il avait entamé la saison comme titulaire (avec 2 buts lors des 2 premiers matchs) avant de progressivement perdre sa place et de n’avoir quasiment plus voix au chapitre…

Interrogé une heure avant le match, Dominique D’Onofrio s’explique : " On a eu des difficultés pour se qualifier pour ces PO1. Mais nous y sommes. On va essayer de se faire plaisir. Mais on va essayer aussi de recoller au ventre mou de ces PO et de se fixer un objectif : la 4e, 3e place serait déjà qqch de bien pour nous. Par rapport à l’équipe alignée, je rappelle que mercredi on joue l’équivalent d’une finale contre Gand… Mais on ne va certainement pas bâcler le match d’aujourd’hui ! Tous les joueurs qui sont alignés ce soir ont minimum entre 30 et 50 matchs de D1 derrière eux. Ce n’est certainement pas une équipe B. Je dispose d’un noyau, il faut le gérer et c’est ce que je fais. "

En face, malgré la première place du Sporting, tout n’est pas rose pour Ariel Jacobs et ses troupes. Le défenseur Mazuch n’est pas à 100% et n’est pas apte à débuter, Biglia est suspendu et, surtout, Anderlecht doit apprendre à vivre sans son stratège Mbark Boussoufa, cédé quelques jours plus tôt à Anji Makhatchkala, contre roubles sonnantes et trébuchantes…

Contre toute attente, le match prend rapidement une orientation… favorable pour le Standard. Peu avant la demi-heure, le défenseur brésilien Felipe adresse une longue ouverture vers le flanc gauche où Daerden est démarqué. L’ancien plus gros transfert belgo-belge du championnat accélère puis centre en retrait. Démarqué au premier poteau, Pieroni dévie vers Nong qui frappe sur le poteau. Le ballon revient dans les pieds de Pieroni qui touche à son tour sur le montant. Le ballon ricoche à nouveau dans les pieds de Nong qui, à bout portant, ne loupe pas l’aubaine : 0-1 !

La mi-temps est proche. Ariel Jacobs a déjà son discours en tête, Dominique D’Onofrio aussi, quand survient cette phase : long dégagement de Bolat, interception de Nong qui file vers le but mais est accroché dans le grand rectangle par Ablaye Seck (remplaçant de Mazuch). Résultat : penalty et carton jaune (pour le même prix, M.Nzolo aurait pu/dû brandir le rouge…). La frappe de Pieroni est repoussée par Proto mais, pressé par Goreux, Roland Juhasz trompe son propre gardien !

0-2 juste avant le retour aux vestiaires, le public mauve est consterné, les supporters rouches aux anges…

En deuxième mi-temps, Ariel Jacobs tente le tout pour le tout en remplaçant Wasilewski par Suarez mais ce poids offensif supplémentaire aux côtés de De Sutter et… Lukaku ne permet pas à Anderlecht de revenir dans le match.

Au contraire, 6 minutes après la reprise, le Standard prend le large. Une nouvelle longue ouverture de Felipe (excellent, ce soir-là) voit le malheureux Seck cafouiller son interception. A l’affût, Nong profite de l’apathie de la défense anderlechtoise et va tranquillement contourner Proto. Sanction : 0-3 !

Sur le premier tir cadré (!) du Sporting, peu avant l’heure de jeu, Guillaume Gillet sauve l’honneur mais le mal est fait. Anderlecht cale au démarrage (et ne prendra d’ailleurs que 11/30 dans ces Play-Offs).

Le Standard, à l’inverse, réussit son pari. Son équipe "B" a gagné à Anderlecht, les titulaires ont été préservés pour la demi-finale retour de coupe (remportée 4-2 contre Gand, avant une victoire 2-0 face à Westerlo dans l’apothéose au Stade Roi Baudouin), et le Standard, sans le savoir, entame son improbable remontada (26/30, record toujours à battre) qui allait le mener, de la 6e à la 2e place, vers le fameux "match du titre" à Genk…

Les équipes

Anderlecht : Proto ; Wasilewski (46è Suarez), Juhasz, Seck, Lecjaks ; Gillet, Kouyaté, Marecek, Legear ; De Sutter, Lukaku (73è Veselinovic)

Standard : Bolat ; Ciman, Felipe, Kanu, Pocognoli ; Goreux, Camara, Van Damme (72è Leye), Daerden ; Nong, Pieroni (46è Tchité)

Les buts : 29è Nong (0-1), 45è+1 Juhasz csc (0-2), 51è Nong (0-3), 57è Gillet (1-3)

Arbitre : M.Efong Nzolo