Rétro PO1 : 18 mai 2017, le réveil de Teodorczyk pour le dernier titre en date des Mauves

C'est à ce jour le 34è et dernier titre conquis par le Sporting d'Anderlecht. Le 18 mai 2017, les Bruxellois se déplacent à Charleroi pour leur... 5è affrontement direct de la saison. Muet depuis le début des Play-Offs, le prolifique Lukasz Teodorczyk retrouve enfin sa verve et offre le trophée aux hommes de l'énigmatique René Weiler.

Certains voyaient la chose pliée d'avance. Il est vrai que depuis le fameux duel des sportings en 2000 (ndlr : Charleroi avait besoin d'un point pour se maintenir au moment d'accueillir Anderlecht, déjà champion. Le score final de 1-1 avait permis aux Zèbres d'atteindre leur objectif, malgré le superbe (et involontaire ?) 0-1 d'Alin Stoica, accueilli avec un certain malaise), et l'"arrangement" ou, du moins, l'"entente" supposé(e) entre le club du joueur-président carolo Enzo Scifo et celui de Roger Vanden Stock, le spectre du grand complot ressurgit à chaque affrontement décisif entre deux clubs présumés "amis"...


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4 leaders différents

Cette saison 2016-2017 s'est avérée plutôt haletante. Zulte-Waregem d'abord, Anderlecht, Charleroi (au soir de la 5è journée) et le FC Bruges ensuite. 4 leaders différents se sont succédé, avant que le sporting ne reprenne la tête sur le fil de la phase classique, pour ne plus la lâcher ensuite.

Cette saison 2016-2017 est aussi la première de René Weiler, le coach suisse-allemand débarqué dans l'anonymat durant l'été, après l'érosion puis l'épuisement du crédit de Besnik Hasi. Son but n'est pas de faire dans la dentelle. Ni avec les joueurs (Stefano Okaka prié de faire ses valises, Sébastien De Maio renvoyé à l'expéditeur quelques semaines après son arrivée), ni en terme de communication ("on ne peut pas toujours tout gagner", "on ne gagne pas des titres avec l'Histoire"). Les débuts de Weiler se passent dans un certain chaos, notamment lors de l'élimination prématurée en préliminaire de Ligue des Champions, des œuvres de Rostov...

Mais le sporting, très efficace à défaut d'être très séduisant, se ressaisit par la suite et Weiler parvient progressivement à faire prendre la mayonnaise, avec de nombreux nouveaux joueurs qui, lentement mais sûrement, commencent à s'intégrer (Hanni, Stanciu, Chipciu, Appiah, Teodorczyk, Kiese Thelin, Trebel (en janvier),...).

Au printemps, Anderlecht atteint véritablement son rythme de croisière, tant en championnat qu'en Europa League. Après avoir sorti le puissant Zenit en 1/8è de finales, le sporting fait vaciller le Manchester United de José Mourinho en 1/4. 1-1 au Stade Constant Vanden Stock, 2-1 après prolongation à Old Trafford… C'est l'heure de gloire des jeunes pousses, désormais prêtes à voler de leurs propres ailes, Youri Tielemans et Leander Dendoncker (qui, avec son but de la tête à l'aller, valide son ticket pour la Premier League).

Le réveil de Teodorczyk

Ce jeudi 18 mai, les deux sportings s'affrontent pour la...5è fois de la saison. Outre les deux affrontements de phase classique et le match aller des Play-Offs, il y a en effet eu un 1/8è de finale de Coupe de Belgique, au début du mois de décembre. Un match fatal à Anderlecht, éliminé aux...tirs au but, par une frappe décisive de Gaëtan Hendrickx, encore méconnu du grand public mais soudainement révélé au grand jour. 

Ce jeudi 18 mai n'est pas encore décisif pour Anderlecht, mais il peut l'être. C'est, en quelque sorte, une première balle de match, avant la venue d'Ostende lors de la dernière journée. Mais l'occasion est trop belle, d'autant qu'il semble risqué de laisser le rival brugeois (où Anderlecht vient de partager) revenir à un point, voire deux, avant la joute décisive… La victoire est donc le moyen le plus rapide et le plus direct de sceller l'affaire. 

Le sporting décide donc d'ouvrir son stade à ceux qui n'ont pas eu la chance d'obtenir des tickets pour le stade du Pays de Charleroi. Histoire de vivre la possible fête à distance, avant la célébration "physique" trois jours plus tard...

Si Anderlecht est à la fête durant ces Play-Offs, Charleroi y figure correctement sans plus. Pour sa deuxième participation, le sporting zébré suit une courbe similaire. Parti de la 6è place au terme de la phase classique, il espère remonter jusqu'à la 4è. Mais pour cela, il doit performer lors de ses deux derniers matchs, contre Anderlecht et à Zulte-Waregem.

Comme en 2000, les choses ne démarrent pas comme prévu, mais cette fois, c'est dans l'autre sens que ça se passe. Après deux essais, signés Teodorczyk et Hanni, Charleroi fait mouche sur sa première occasion. La demi-heure approche, sur un long ballon aérien, Pollet remporte son duel de la tête et dévie dans son dos. Bedia se montre plus rapide que Spajic et … Boeckx auteur d’une sortie pour le moins hasardeuse... L’attaquant carolo se décale vers la gauche et redresse parfaitement la trajectoire du ballon pour le pousser au fond des buts vides.

Anderlecht est sonné et ne parvient plus à se montrer dangereux avant le repos.

En seconde période, les Bruxellois se montrent plus déterminés, mais le véritable tournant intervient peu avant l'heure de jeu. Weiler fait sortir Tielemans et donne le feu vert à la sortie de gare de Frank Acheampong, le TGV ghanéen. Le choix est payant : sur un centre d'Acheampong, Lukasz Teodorczyk profite d’un petit cafouillage de la défense zébrée dans la surface pour claquer une puissante demi-volée du gauche et égaliser. Le buteur polonais , aussi muet devant les buts adverses que face à un micro, retrouve subitement des sensations perdues. Ce premier but en Play-Offs trace la voie du titre. Celui est scellé 20 minutes plus tard...

Plein axe, Hanni aperçoit Teodorczyk complètement esseulé dans la défense carolo et le lance parfaitement. Le meilleur buteur du championnat (ex-aequo avec le...futur Anderlechtois Henry Onyekuru) fait preuve de sang-froid et ne loupe pas son face-à-face avec Penneteau.

Le plus dur est fait. Dans les derniers instants, Massimo Bruno, enfonce encore le clou et clôt les débats sur un nouveau caviar de Hanni, sacré meilleur passeur de la compétition. Les Mauves ont définitivement leur 34ème titre en poche.

Les Zèbres, de leur côté, disent adieu à leur rêve européen.

La fête contre Ostende

Trois jours plus tard, Anderlecht parachève le travail avec un succès 3-2 contre Ostende. Le sporting célèbre son 34è titre avec ses supporters, fort d'un 21/30 en Play-Offs qui constitue son troisième meilleur total, après le 24/30 de la première édition (2009-2010) et le 22/30 (en 2013-2014, l'année de son dernier titre).

Sur la pelouse, René Weiler profite du moment avec un demi-sourire qui n'est pas sans rappeler celui d'un autre René (Vandereycken) : "C'était le but, de gagner le titre. Mais il y avait beaucoup d'autres candidats, avec beaucoup de potentiel. On na rien gagné les deux dernières saisons, et là l'objectif est rencontré. C'est la confirmation de notre bon travail. Mon rapport avec le public ? Moi, j'ai toujours fait mon job, mais les médias cherchent toujours le conflit, les histoires. De temps en temps, on a sorti des histoires que je n'ai pas comprises. Pour le reste, je me sens bien ici. Le niveau est bon. Le championnat est bon."

En filigrane, on décèle bien les contours de ce 34è titre clivant : pour une partie des supporters, conquis avec une manière ultra-réaliste qui ne correspond pas au "style maison", pour d'autres obtenus par la grâce d'un football peu chatoyant, mais réaliste et moderne.

Weiler divise. Tant l'homme que son style. Quelques mois plus tard, la fronde deviendra trop forte pour lui. Depuis lors, Anderlecht n'a plus réussi à tenir son rythme de "champion un an sur deux". Mais c'est une autre histoire…

Les équipes

Charleroi : Penneteau; Willems (20ème Marinos), Dessoleil (64ème Tainmont), Martos; Mata, Diandy, Marcq, Saglik (80ème Hendrickx), Nganga; Bedia, Pollet

Anderlecht : Boeckx; Appiah, Spajic, Kara, Obradovic; Dendoncker, Trebel, Tielemans (58ème Acheampong); Chipciu (77ème Bruno), Teodorczyk (86ème Kiese Thelin), Hanni

Les buts : 27ème Bedia (1-0), 59ème Teodorczyk (1-1), 81ème Teodorczyk (1-2), 87ème Bruno (1-3)

Arbitre : S. Gumienny