Pro League : Paul Onuachu, le "Peter Crouch nigérian" qui chatouille Lewandowski

Il a la carrure d’un déménageur et la vista d’un véritable finisseur : Paul Onuachu, 25 ans et qui culmine à 2m01 sous la toise, avait débarqué à Genk sans forcément susciter l’émoi médiatique en 2019. 18 mois plus tard, il baigne toujours dans un confortable anonymat mais s’érige (et de loin) comme le meilleur artificier d’une Pro League qui se cherchait un goleador.

Présentation de ce nouveau gentleman-buteur, de son Nigéria natal à la Belgique en transitant par le fructueux tremplin du championnat danois.


Nous sommes en 2012, Paul Onuachu a 18 ans à peine. Comme beaucoup de jeunes avant lui, il veut tenter le grand saut vers le continent européen, cet eldorado qui fait miroiter tant de joueurs africains.

Il quitte donc les côtes méridionales du Nigéria, direction le Danemark et le FC Midtjylland. Un changement radical, une enjambée vers l’inconnu pour tenter de donner un élan professionnel à sa carrière.

Il était très jeune quand il est arrivé ici” nous confie Gisle Thorsen, journaliste danois au Esktra Bladet. “Le FC Midtjylland a un lien avec les clubs du Nigéria, ils ont transféré pas mal de très jeunes joueurs qui venaient de là-bas. A son arrivée, Onuachu jouait très peu, il devait se contenter d’un rôle de remplaçant” renchérit Thorsen.

Le bambi qui sert

Les débuts sont effectivement difficiles. Le longiligne Onuachu qui ne montre encore que des prémisses du monstre physique qu’il va devenir, a du talent brut plein les pieds mais se montre encore trop fruste, trop maladroit, trop peu fiable. “Il était très différent des joueurs qu’on voit habituellement dans le championnat danois. Il me faisait penser à Peter Crouch, ce géant très mince qu’on fait rentrer en fin de match quand on a besoin de taille" explique le journaliste.

Dans ces conditions-là, difficile de se frayer une place au soleil. Les semaines défilent mais le frustrant scénario n’évolue pas. A l’aube de l’hiver 2015, Onuachu décide donc de mettre son ego de côté pour redescendre d’un échelon et trouver refuge en prêt au Vejle Boldklub, modeste écurie qui court désespérément après son passé glorieux (5x champion entre 1958 et 1984).

Après une phase d’adaptation chez les Røde, symbolisée par ces sempiternelles montées au jeu, Onuachu s’improvise titulaire un soir d’avril. Il marquera un but et délivrera une passe décisive. Au total, il inscrira 5 buts lors de ses 13 matches à Vejle. Un baptême du feu probant qui illustre le potentiel de ce timide gamin que certains surnomment affectueusement Bambi tant il est frêle et hésitant.

United désuni face au colosse

Après six mois passés à camper dans le rectangle de Vejle, Onuachu rentre donc au bercail pour enfin tenter de se frayer une place dans l’équipe-type de Midtjylland. C’est le bon moment, se dit-il, avec de l’ambition plein les yeux. Et même s’il alterne le chaud et le très froid, il a semble-t-il changé de statut aux yeux du coach.

Il n’incarne plus seulement cette longue tige immobile qu’on abreuve de longs ballons en fin de match. Non, il goûte, occasionnellement aux joies d’une titularisation. Et le déclic mental survient finalement un soir de février 2016.

Ce jour-là, Midtjylland accueille le grand Manchester United en Europa League. Onuachu commence sur le banc. Comme souvent, il monte au jeu à la 61e minute pour dynamiter l’équipe. A la 77e, il récupère le ballon à l’entrée de la surface. Son premier contrôle n’est pas bon mais il garde le monopole du cuir.

Un petit crochet, puis deux, pour se mettre sur son pied droit et enfin une frappe croisée, à la Eder en 2016, qui ne laisse aucune chance à Romero. 2-1, le petit poucet danois terrasse les Anglais grâce à son Peter Crouch maison, belle ironie du sort. "Il est monté au jeu et pendant une demi-heure, la défense mancunienne n’est pas parvenue à l’arrêter. Il était trop puissant. Ce jour-là, ici au Danemark, on a commencé à se dire qu’il pouvait devenir un vrai joueur de foot" se souvient Thorsen.

Un diamant brut à la Crystal Arena

Désormais ciblé par certaines défenses, Onuachu peaufine son jeu, travaille ses qualités athlétiques et joue davantage dos au but. En 4 saisons au club et 181 matches (dont 112 en tant que titulaire), il inscrit 74 buts et délivre 24 assists, s’érigeant comme l’une des valeurs sûres du championnat danois. De quoi s’attirer les louanges d’une ancienne connaissance du championnat belge, le Danois Alexander Scholz : "Il y a des années, quand il était chez nous, c’était déjà le meilleur attaquant de notre championnat. C’est impossible de le battre tellement il est grand. C’est un travailleur, il a toujours beaucoup bossé. Il a dû attendre sa chance mais je suis content pour lui" expliquait-il à Complètement Foot il y a quelques semaines.

Le temps est donc venu pour le géant nigérian de changer d’air, de quitter le Nord-Ouest du Danemark pour descendre d’un cran et poser ses valises chez nous, en Pro League, à Genk. Des Limbourgeois qui n’hésitent pas à débourser 6 millions pour le grand Nigérian. Un risque calculé selon Dimitri De Condé, le directeur sportif des Limbourgeois : "Celui qui marque plus de 70 buts au Danemark peut le faire en Belgique aussi. Cela faisait 5 ou 6 ans qu’on avait coché son nom. On essaie d’attirer des joueurs qui ont des qualités spécifiques, on ne veut pas de joueurs qui sont à 80% partout. Et Onuachu est un tueur devant le but…" confie-t-il à HLN.

Dans le sillage du grand Robert

Un tueur, certes, mais un tueur silencieux, armé de son calme, de sa placidité et de son sens du travail et du collectif. "C’est une machine à buts" confirme Thorsen. "Où qu’il soit, il va marquer. Ce n’est pas le genre de gars qui va faire la une des journaux, il fait juste ce qu’on lui demande."

Impliqué dans la construction, décisif dans les duels aériens du haut de son double mètre, incisif dans le rectangle pour pousser le ballon au fond façon voleur de buts, Onuachu a la panoplie du joueur complet et martyrise les défenses de notre royaume. Avec 22 buts en 24 matches, il se surprend même à marcher dans les traces de Wesley Sonck ou Luigi Pieroni.

Décisif toutes les 81 minutes depuis le début de la saison, membre du trio le plus prolifique de Belgique (Onuachu, Bongonda et Ito sont impliqués sur 41 des… 49 buts de Genk), le colosse est en pleine bourre. La preuve, même si comparaison n’est évidemment pas raison, Onuachu est, à l’heure actuelle, le 2e meilleur buteur d’Europe toutes compétitions confondues… juste derrière le phénomène Robert Lewandowski.

Après de longues saisons à peaufiner son jeu en silence, à prendre du muscle et de l’assurance, Paul Onuachu est donc au sommet de la Pro League. Où s’arrêtera-t-il ?

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