Perquisitions à Mouscron et à l'Union belge dans le cadre des Football Leaks

Sept perquisitions sont en cours ou ont eu lieu ce matin notamment au club de football de Mouscron, chez des dirigeants du club, à l'Union belge, à la Cour belge d'arbitrage pour le sport (CBAS) et à Celles. Ces perquisitions, menées par la police judiciaire fédérale de Mons-Tournai et confirmées par le parquet fédéral, concernent notamment le dossier d'obtention de la licence du club de Mouscron ces dernières années. Le dossier judiciaire a été ouvert en avril dernier pour faux, usage de faux, escroquerie et blanchiment d'argent. Le club du KV Malines, intéressé par ce dossier dans le cadre d'obtention frauduleuse ou non d'une licence par Mouscron, s'est constitué partie civile dans ce dossier en juin dernier.

Des licences obtenues irrégulièrement ? 

Dans l’œil des enquêteurs, les licences obtenues par Mouscron lui permettant de participer aux compétitions professionnelles belges. Pour accorder cette licence, l'Union belge contrôle plusieurs éléments dont la provenance des fonds détenus par un club de football. Ainsi, depuis décembre 2015, un règlement de la fédération belge tiré d'un règlement de la FIFA indique qu'un club ne peut pas être détenu par un agent de joueurs. Or, en juin 2015, Mouscron a été racheté par un fonds d'investissements maltais derrière lequel se cachent deux agents : Pini Zahavi et Fali Ramadani.

Mais le club hurlu aurait réussi à présenter à la Fédération des documents permettant de camoufler le rôle de Zahavi à Mouscron, autrement dit, de contourner le règlement. Selon Le Soir, qui a enquêté sur le sujet à travers les Football Leaks, 90% des parts du club de Mouscron aurait été revendues en janvier 2016, soit un mois après l'entrée en vigueur du règlement, pour seulement... 10 euros à un autre fonds d'investissements maltais, Latimer Limited.

Le but de cette manœuvre ? Faire croire à la commission des licences de la Fédération belge de football et à la Cour belge d'arbitrage pour le sport que les deux agents de joueurs ne possèdent plus le club de Mouscron. Lorsque Mouscron s'est vu refuser sa licence dans un premier temps, le club a donc présenté à la CBAS des documents dont la justice suspecte qu'ils soit faux.

"Il y a encore une perquisition en cours au Futuro (centre d’entraînement de l’Excel, ndlr). C'est normal car c’est là que nous avons notre correspondant qualifié. Les enquêteurs sont partis là-bas avec le juge et Edward Van Daele (avocat du club et ex-président, ndlr) les a accompagnés. Une perquisition, ça ne veut rien dire, a déclaré Patrick Declerck, président du club, avant de donner des précisions sur le fonctionnement de l'Excel. Je suis président du Conseil d’Administration donc je suis le seul responsable de ce club et celui qui a la responsabilité finale. Pour le reste, il y a des actionnaires, comme partout. Maintenant, je ne peux pas me défaire de l’idée que du côté flamand - et je le dis d’autant plus facilement que je suis moi-même flamand d’origine -, on tape toujours sur le même clou."

Est-ce que Pierre François est un con ? Non.

Et cela a marché lors des obtentions des licences en mai 2016 (malgré les plaintes de Westero, OHL et Saint-Trond), en 2017 (malgré une plainte au pénal et au civil de Westerlo, finalement retirée) et en 2018 (malgré une plainte de Malines). A chaque fois, Mouscron obtient sa licence, et les appels intentés par les clubs concurrents sont déboutés par la Cour belge d'arbitrage pour le sport (CBAS).

Toujours selon un mail dont Le Soir a pu prendre connaissance, Pierre François, CEO de la Pro League, serait au courant de ce "tour de passe-passe pourtant peu crédible" depuis septembre 2016.

L'homme confirme d'ailleurs au quotidien sa connaissance du montage. "Est-ce que Pierre François est un con et ignorait que dans la constellation autour de Mouscron se trouvait Pini Zahavi ? Non, Pierre François n'est pas con et ne l'ignorait pas. Ce serait un reproche supplémentaire à formuler à la Commission des licences et à la CBAS que de dire que même le CEO de la Pro League n'était pas convaincu du montage. Où est le problème pour moi ? Vous étiez convaincu du montage, vous ?" A cette nuance près que les licences sont accordées par la Fédération et non par la Pro League.

Du blanchiment d'argent dans le viseur des enquêteurs

Un deuxième volet de ces perquisitions concernent des soupçons de blanchiment d'argent. "Le club de Mouscron est suspecté d'être soutenu par un financement illicite de plusieurs millions d'euros émanant de sociétés offshore", confirme le parquet fédéral.

Trois personnes ont été emmenées pour audition. Il s'agirait de dirigeants du club de Mouscron mais pas de Pini Zahavi actuellement à l'étranger. Un juge d'instruction devra décider dans les 48 heures de les placer ou non sous mandat d'arrêt. 

Cette affaire et ses deux volets sont complètement distincts du dossier de corruption et de blanchiment d'argent appelé Footgate.