Perbet : "Le système ou le profil : les coaches cherchent toujours des prétextes…"

Son contact avec la Flandre est chahuté jusqu’ici : après ses désillusions de Gand et  Bruges, Jérémy Perbet se relance à Courtrai. Buteur-né, il évoque la chaleur latine, ses primes à la signature et les coaches "fans de système". Il n’a oublié ni les attentats d’Istanbul, ni sa rencontre avec Pepe. Mais les maillots de Messi et CR7, il s’en fiche. Jérémy Perbet passe "Sur le Gril".

À la veille du match contre Anderlecht, Jérémy Perbet est toujours calé à 0 minute à Courtrai. Transfert tardif du mercato, il ne fait plus de plan sur la comète. "Je mentirais en disant que je rêvais de Courtrai, j’ai appris à ne pas voir plus loin que les 6 prochains mois, j’espère juste réactiver mon instinct de buteur, ça ne se perd jamais. Je connais le foot et ses pratiques : si j’avais vécu plus jeune ce que Bruges m’a infligé, j’aurais accusé le coup. Ici, je devais suppléer Wesley et Diaby : Leko m’a répété que j’étais son premier choix. Mais une fois éliminés de l’Europe, on était 5 ou 6 attaquants pour 2 places, Vossen était prioritaire, ils m’ont fait comprendre qu’il valait mieux que je parte."

Avec déjà cette certitude : loué, Perbet ne pourra pas disputer le prochain Bruges-Courtrai. Ce sont les fameuses clauses brugeoises qui veulent ça : 700.000 euros pour Coopman à Waregem, 400.000 pour le Mouscronnois Rotariu... "J’ignore à combien s’élève la mienne, mais j’ai cru comprendre que c’est un montant trop élevé pour un club comme Courtrai. Ça m’échappe : si tu prêtes un de tes joueurs, c’est que tu n’as pas confiance en lui. Tu ne dois donc pas le craindre. Moi, en tout cas, je ne me poserais aucune question : quand je porte un maillot, je me donne à fond pour mon employeur, je ne vois pas plus loin que les 90 minutes. Et j’aurais bien aimé montrer aux dirigeants brugeois qu’ils se sont trompés sur mon compte."

Trop court pour le top ?

Sauf qu’en cette semaine marquée par l’affaire Weiler-Kums, Perbet a, le premier, dû endurer le fameux "diktat du système" : à Gand avec Vanhaezebrouck il ne combinait pas assez, à Bruges il ne s’imbriquait pas dans le mécano Leko. "Le profil, le système, ce sont toujours les excuses des entraîneurs pour justifier leurs choix. Je ne veux pas savoir : à Bruges j’ai tout donné pour mériter ma place, à Gand avec 16 buts marqués en 20 matches, mes stats parlent pour moi. Je dois peut-être me faire une raison : peut-être suis-je trop court pour un grand club. Mais apprendre par un simple mail que j’étais relégué dans le noyau B de Gand était assez limite…"

La collaboration avec Vanhaezebrouck lui reste manifestement sur l’estomac. "J’ai déjà évoqué le sujet, je ne veux pas l’approfondir : c’est un grand coach, je ne le conteste pas et je le respecte, mais moi j’ai pour habitude de dire les choses directement aux gens concernés plutôt que dans les journaux. Il est comme il est, mais personne ne pourra me reprocher une mauvaise mentalité : je n’ai pas loupé un seul entraînement de la saison, chaque fois que je suis monté au jeu je me suis donné au mieux."

Jouer partout

Lui le "mort de faim" (sic) qui, depuis tout petit, ne pense qu’à buter, n’a donc jamais joué ailleurs que devant. Et si Anastasiou, son coach actuel, lui faisait le coup de Kums… en le faisant jouer stopper ? "Je suis prêt à l’accepter si c’est la condition pour être titulaire. En Turquie, j’ai même cru jouer au poste 6 car on jouait tellement bas que tout le monde devait s’arracher et tacler. Ce n’était pas une partie de plaisir… Refuser ou s’opposer au choix d’un coach est un jeu dangereux, car leur sens du dialogue est variable : j’ai connu des entraîneurs avec qui on pouvait se confier sur tout, j’en ai connu d’autres qui entretenaient une relation très distante et avec qui parler était impossible. Le meilleur d’entre tous reste Marcelino, à Villareal : tant tactiquement qu’humainement, il était top."

À Courtrai, il fréquente comme entraîneur un ex-numéro 9, comme lui. "Avec Anastasiou, on n’a pas encore eu le temps d’évoquer nos carrières d’avant-centres, mais mon expérience avec Papin à Strasbourg me laisse un bon souvenir : il participait chaque jour à nos ateliers d’attaquants et nous abreuvait de conseils." De là à copier les gestes de JPP ? "J’imitais les patates, mais pas les papinades : avec ma souplesse légendaire, je me serais cassé la dos (rires). JPP était mon idole étant petit, je dévorais ses cassettes. Pauleta aussi me plaisait au PSG… même si j’ai toujours été fan de l’OM : il ne sautait pas haut, il n’était pas puissant, il n’était pas technique… mais il mettait ses 25 buts par saison. Un peu moi, quoi… (rires)"

Primes de signature

Sur son CV sont inscrits… 13 changements de clubs en 14 ans de professionnalisme ! Appelez-cela la bougeotte. "À force j’en ai marre de déménager, j’aimerais me stabiliser, je pensais d’ailleurs le faire en signant 3 ans à Gand. En même temps, si des clubs viennent me chercher chaque année, c’est aussi la preuve que je suis un joueur de qualité… Je ne regrette aucun choix : tous mes choix étaient réfléchis et j’ai toujours essayé de parler avec le coach en place avant de signer pour éviter de mauvaises surprises. Mais l’expérience de Bruges prouve que ce n’est pas pour autant une garantie. "

Au point d’additionner les… primes à la signature ? "Je ne me plains de ma situation financière, le rôle de l’argent est important car j’ai une famille à nourrir. Mais l’argent n’a jamais été le motif pour signer n’importe où, n’importe comment. Mon seul regret est d’avoir quitté Villareal car notre qualité de vie y était magnifique. Mais l’offre du club turc Basaksehir était impossible à refuser. Si j’étais arrivé plus jeune à Villareal, j’y serais resté plus longtemps, j’aurais pu me mettre à l’abri plus tard."

Pepe le boucher

18 mois en Liga lui permettent de jouter les plus jolis crampons. "Giovanni Dos Santos est le meilleur joueur que j’ai côtoyé. Avec une meilleure hygiène de vie et moins de blessures, il aurait fait une plus belle carrière. J’ai croisé aussi Messi et Ronaldo sur les terrains, mais je ne suis pas collectionneur de maillots, ce sont mes frères qui le sont ! Moi sur un terrain, je ne m’occupe pas, je fais mon match, je ne suis pas impressionné par les noms : ce n’est qu’une fois dans mon canapé, devant la télé, que je prends conscience de leurs tours de magie."

Ces chevilles se souviennent en revanche de ses duels avec Pepe. "Sur un terrain, tu n’as pas droit d’avoir peur de ton adversaire. Mais quand tu connais ses antécédents, tu y repenses inévitablement. Et de fait, tous les moyens lui étaient bons pour t’intimider, physiquement et verbalement. C’est un tueur."

Futur entraîneur ("D’abord chez les jeunes, je tâcherai de soigner le dialogue en l’adaptant à chacun, tout passe par le relationnel") et dès ce week-end consultant télé sur PSG-Lyon ("Je dirai toujours tout ce que je pense sans ménager personne… mais je suis stressé, j’ai davantage la pression que pour un match !"), Perbet cueille le jour du mieux qu’il peut. "La veille des attentats d’Istanbul à l’aéroport Attatürk (NDLR : le 28 juin 2016), j’ai signé à Gand. Si le transfert avait capoté, je rejoignais mon club turc et je me retrouvais peut-être parmi les victimes. Ça fait réfléchir même si, après, la vie continue…"

Physique et magie noire

À Courtrai, il vit son 3e club flamand consécutif. "Au Nord, la mentalité est différente, c’est indéniable : c’est plus sérieux qu’en Wallonie, où on rigole plus, où ça respire plus la joie de vivre… Je dois m’adapter, c’est comme ça. Mais attention : on bosse aussi dur au Sud qu’au Nord."

De là à viser haut en fin de saison ? "Quand on voit le classement actuel de certains, je me dis que tout est possible. Mais ne parlons pas des play-offs 1 : c’est un cliché, mais on voit vraiment match par match. Contre Anderlecht samedi, il y a un coup à jouer : ils ne sont pas au mieux, leur jeu n’est pas à la hauteur du talent de leurs joueurs, on va leur mettre le défi physique. C’est un stade compliqué avec un terrain plein de surprises, moi non plus je n’aimais pas venir ici, pour une fois je suis du bon côté !"

Et quand on sait que le DT malaisien du club fait brûler de l’encens dans chaque but avant chaque match à domicile, on se dit qu’avec ce coup de pouce du destin, Perbet pourrait redevenir Perbut.

"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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